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14 décembre 2012 5 14 /12 /décembre /2012 10:38

TOUTES les sectes juives - chrétiennes professaient quelque partie de la philosophie platonicienne ; c'est ce qui fit qu'Origène, t. i, ch. VI, contre Celse, reprocha au Fils de Marie d'avoir emprunté plusieurs dogmes de Platon, et voilà pourquoi St Augustin avoue, dans sesConfessions, lib. VII, ch. 9, 10, 20, que le commencement de l'Evangile de St Jean était dans les doctrines de Platon. La notion du Verbe ou de la PAROLE DIEU est venue du dogme chrétien de Platon. Ce fut après avoir mis ce mot à la torture de mille manières, qu'il s'éleva chez les Juifs une autre société dite de la Cabale, profanée de nos jours, quoique jadis de profonds Sages militassent sous ses drapeaux.

C'est à Simon Ben-Jochaï, qui vivait quelques années avant la ruine de Jérusalem, qu'on attribue l'institution de cette secte : il a laissé un écrit qui porte pour titre le Sockar, ou de la Splendeur; ce livre est tout rempli d'allégories et de métaphores. Avec de tels moyens, la Divinité est susceptible de plusieurs interprétations et modifications ; il faudrait bien du temps et du bon sens pour interpréter et comprendre plausiblement cette production: il faut dire néanmoins à sa gloire que ses allégories sont plus claires que celles de l'Apocalypse. Ce qu'il y a de curieux, c'est que ces deux écrits servirent au système maçonnique (115).

Ben - Jochaï peint Dieu sous l'emblème d'un grand visage de vieillard : « Sa tête est cachée dans un lieu supérieur, on ne la voit pas. Il porte sur sa tête mille millions de milliers ; sept mille cinq cents boucles de cheveux blancs de laine ; à chaque boucle il y a quatre cent dix cheveux, ce qui répond au nombre que donne la parole Kadosch. Toutes les parties du visage renferment des choses extraordinaires, admirables. Cette barbe est au-dessus de toute louange, elle est blanche comme la neige, elle descend jusqu'au nombril; c'est l'ornement des ornemens, la vérité des vérités. Il y a dans cette barbe treize parties qui renferment toutes de grands mystères ; mais il n'y a que les initiés qui les comprennent. »

Simon eut une infinité de Sectateurs. L'opinion favorable sur la Bible s'affaiblissait tous les jours, et celle des Cabalistes augmentait. Ces sectaires soutenaient, comme les Esséniens, que dans la Bible les mots étaient autant d'images des choses cachées, et qu'il fallait changer les livres sacrés et les préceptes de la sagesse juive en allégories; car la Bible, prise à la lettre, ne pouvait produire que des schismes.

La philosophie de la Cabale se propagea extraordinairement en Syrie, en Palestine et en Egypte, mais plus particulièrement dans cette dernière région où le système des allégories était en usage et où la Cabale même était pratiquée par les prêtres. Les emblèmes avaient une conformité étonnante avec ceux des Juifs dont nous avons déjà eu occasion de parler. La philosophie de la Cabale se conserva en Egypte jusqu'au temps des Croisés, et nous la verrons encore dans le 13e siècle, figurer dans le procès des Templiers, et postérieurement être en pleine vigueur à la moitié du 17e siècle. Par ce qui nous reste, les Cabalistes croyaient à un seul Dieu; ils enseignaient le dogme de son unité. Pour entrer dans leur confrérie, il fallait des épreuves avant l'initiation.

Le vulgaire a soupçonné les Cabalistes d'idolâtrie, parce qu'ils avaient cette image allégorique qui leur servait pour se donner une idée quelconque relative aux œuvres et à l'existence de Dieu. Les Cabalistes voulurent se représenter par cette image, que la création est éternellement continuée. Cette image leur servait aussi pour démontrer la perfection des choses divines qui tombent sous les sens. Comme les Cabalistes suivaient dans le fait les lois juives, et qu'ils ne devaient pas se créer des images, ils en ont imaginé une, telle que la raison leur assurait que le temps, que tout corrompt, ne s'aviserait pas de faire adorer le simulacre par eux adopté.

Il y a eu de tout temps des superstitieux et des prêtres qui, pour leur intérêt, entretenaient les hommes dans l'erreur : les idoles firent le tour du monde. Les Chrétiens de Rome, qui ont une confiance et une vénération aveugle dans de petites figures de bois ou de métal représentant des Saints, des Vierges, des Esprits, des Pères éternels avec barbe, ne sont ni les seuls, ni les premiers qui adoptèrent ces simulacres. Dans l'Antiquité, il y eut des sectaires et des peuples entiers qui portaient des Abraxas sur eux, auxquels ils attribuaient des propriétés miraculeuses. Ce qui arriva en fait de politique et de religion jadis, on le voit se succéder tous les jours : c'est la conséquence de l'instabilité et de la faiblesse humaines.

Avant les Gnosticiens, les Cabalistes, etc., etc., les prêtres égyptiens assuraient qu'ils avaient le pouvoir de communiquer aux statues quelque chose de la nature divine. Leveque, Excurs. sur le Schamanisme, trad. de Thucydide, in, p. 298.

Les Grecs et les Romains croyaient que les Dieux s'incorporaient aux statues par le moyen de la consécration, Van Dale, de Cong. in lib. de oracul. 477. Les défenseurs du Paganisme prétendirent que les Simulacres étaient pleins de la présence réelle des Dieux, Jamblic. apud Phot, bib. cod. 225. Arnob. adv. Gentes VI, 17.

Il y eut au 19.e siècle, à en croire certains journaux qui sont soudoyés par les apostoliques, des statues en bois, en pierre et autre matière qui firent des signes, pleurèrent et parlèrent.

Les Cabalistes sachant que nos idées nous viennent des sens , et admettant que Dieu n'était pas un être corporel, pensèrent qu'on ne pourrait jamais enseigner le dogme d'un Dieu sans en fixer l'idée par des signes plus ou moins imparfaits. Alors ils choisirent cette image spirituelle qu'on peut dire image de parole, afin de se donner l'idée la moins éloignée de la toute- puissance de l'Eternel. Outre les écrits de Ben-Jochaï, les Cabalistes en ont laissé d'énigmatiques dont l'interprétation a occupé plusieurs savans ; c'est une mine très-profonde et très-difficile à exploiter, et de laquelle on a tiré avec beaucoup de difficulté, au 16e siècle, quelque chose de bon; c'est d'elle qu'est sorti le rite dit de la Cabale. Leur doctrine était renfermée dans la Pl. n.° VI. Peut-être que si de sages critiques se saisissaient des rapports qu'ils peuvent avoir avec les mystères égyptiens, ils en trouveraient des notions utiles à l'érudition et à l'illustration de la Maçonnerie.

GNOSTICIENS.


Des Cabalistes sortirent les Gnosticiens, qui, lorsque le Christianisme se répandit en Europe, disparurent comme fondus dans les ténèbres de ces siècles ; néanmoins, par les annales de notre Europe, par une infinité d'ouvrages polémiques qui parurent jusqu'au temps des Croisés, on sait ce que leur théologie professait sur l'éternité des siècles et sur l'émanation des principes divins.

Ils disaient à leurs initiés : «Que celui qui adorait le Crucifié était l'être le plus bas dans l'échelle des êtres, et que celui, au contraire, qui, fourni de bon sens et assez éclairé pour être sûr que jamais un homme ne peut être le Dieu tout-puissant, qui n'a eu jamais de commencement, qui est éternel, que celui-là se trouvait déjà parvenu au point le plus élevé dans l'échelle des êtres, et enfin à l'état sublime d'homme, et qu'alors il avait acquis, en devenant Gnosticien, toute la science humaine. » Les Croisés apportèrent en Europe cette doctrine, et les Templiers furent accusés de la professer. Un Gnosticien a soutenu avec une repréhensible hardiesse que Jésus, adoré par ses Pontifes, n'était qu'un magicien.

Les Gnosticiens disaient que l'édifice emblématique de leur science était construit sur un carré dont les quatre angles avaient nom Sighé, Bathos, Nous, Alêteïa, qui sont expliqués par silence, profondeur, intelligence, vérité. Le Temple mystique de Salomon conserve ces attributs. On croira facilement que les Chrétiens grecs, du temps du Bas-Empire, qui ne connaissaient pas la doctrine des abstractions sublimes des Gnosticiens, toute en opposition à leur dogme, envisagèrent cette société secrète comme hérétique et payenne, et ne se contentant pas de l'accuser d'erreur, s'efforcérent de la taxer d'immoralité en renouvelant contre elle les calomnies inventées contre les Chrétiens, en Italie, du temps de Néron. Sacrifices humains, ablutions sanglantes, unions contre nature, il n'est point de crimes qu'on ne leur ait imputés dans leurs initiations et mystères. St Clément d'Alexandrie, leur rend plus de justice, quand il dit dans les Stromates, qu'il n'y a point de différence du vrai Gnostique au parfait Chrétien, quoiqu'il sût bien que la principale doctrine de cette société était la négation absolue de la divinité de Jésus : c'était la seule morale chrétienne que les Gnosticiens pratiquaient.

Les persécutions qu'où intenta à la suite de ces accusations aux croyans d'un seul Dieu, fit que les Gnosticiens se cachèrent de plus en plus ; ils rendirent leurs assemblées très-secrètes, couvrirent leur dogme d'allégories ; aussi leur doctrine ne passa-t-elle à la postérité qu'oralement. Le nom de Gnosticien vient du verbe grec connaître.

Gnôti seauton, « connais-toi toi-même » , est l'inscription du Temple du Soleil ; c'est d'après cette inscription et les emblèmes sacrés de cette société qu'on appela les Gnosticiens, Prêtres du Soleil.

Un des préceptes oraux qu'on conserve dans plusieurs rites maçonniques , est le nosce te ipsum qui nous est parvenu de ces Sages. Convenons, d'après un Maçon très-instruit , « que toutes les sciences ne sont que peu de chose vis-à-vis de celle qui, seule, peut nous faire deviner ce que nous sommes, d'où nous venons et où nous allons ; avec ce guide nous pouvons sans doute faillir encore et agir quelquefois contre nos intérêts; mais sans elle, il est impossible de faire dans tout le cours de la vie humaine une action de conséquence ».

La Gnose est la vraie science, et la lettre G qu'on trouve dans le compagnonnage et autres Ordres, paraît tirer son origine de la manifestation de la Gnose chez les Gnosticiens. C'est la première lettre de ce mot que nous conservons dans l'Etoile flamboyante.

L'Histoire Ecclésiastique dit que l'apparition de cette Société date de l'époque où le Christianisme commença à se propager ; elle la dit contemporaine de ce culte, comme si elle était la fleur, le fruit, le tronc du même arbre.

Lors de la destruction du Temple d'Eleusis par Alaric le Visigoth, l'an 896 de l'ère vulgaire, les prêtres qui purent échapper au glaive des barbares, se réfugièrent en Egypte et s'associèrent aux Gnosticiens avec les conservateurs des rites mosaïques chrétiens, ce qui augmenta leur nombre et leur science.

Il est dit dans Epiph. V, que les Gnosticiens se connaissaient entr'eux à leur manière de se prendre la main. Ces signes gnostiques sont arrivés jusqu'à nous ainsi que leurs allégories.

Ce voile, dont Achamot se couvrait, se trouve dans le voile du Temple maçonnique : les Gnosticiens en avaient fait une allégorie dans le récit d'Achomet. Le Baphomet des Gnosticiens devint en après celui des Templiers. On le voit, pour ainsi dire, enveloppé de la peau du Lion, que l'on sait être un des emblèmes du Soleil. La Nature était représentée par des symboles ainsi que l'Astronomie était rappelée par des figures : les Gnosticiens usèrent des signes du Soleil, des Etoiles et de ceux du Zodiaque; on les trouve dans les Abraxas; ils passèrent dans les emblèmes de la Maçonnerie comme l'Etoile flamboyante qui renferme le symbole de la Gnose. Ces emblèmes et doctrines passèrent en Occident, on en trouve une infinité dans les pierres sépulcrales de nos ancêtres, et plus particulièrement du temps de Domitien.

Les Ophites modelèrent leur système sur le dogme des Gnosticiens; ils ont existé aussi pendant les premiers siècles et à la naissance du Christianisme; à l'image barbue, ils avaient substitué pour emblème de la Divinité, comme une grande partie des initiés égyptiens, le Serpent de Sérapis; Tertullieu et les Saints-Pères s'imaginèrent qu'ils adoraient un Serpent matériel. Voilà assurément le comble de la déraison humaine.

Tertullien dit, de Prescrip. 47, que les Ophites avaient le Serpent en grand honneur, ils le regardaient comme leur Christ, leur Sauveur; ils le préféraient à Jésus, parce que , disaient-ils, il possédait « la science du bien et du mal ». Dans cette supposition, ils suivaient la Bible qui décrit le Serpent tentateur d'Eve, comme ayant en lui toute science, ou ils se référaient au Serpent de Moïse, qui guérissait de la peste et des maladies, tandis que, dans le fait, l'un et l'autre n'étaient que le Serpent égyptien Sérapis, que Moïse avait trouvé dans les emblèmes du culte du Soleil et qui dût être en vénération bien avant les Ptolomées.

Les Ophites confessaient un Dieu Père incréé : ils furent persécutés à outrance par les Chrétiens d'Orient ; ce qui les porta à maudire le Galiléen dans ses prêtres, persuadés que ses institutions les avaient rendus aussi intolérans. Un de leurs emblèmes était la Croix tronquée, le Phallus qui devint par la suite le maillet maçonnique, et qui représentait le bois de vie, et la clé de la science ; ils avaient aussi le Calice ou le vase cosmogonique, symbole commun aux Gnosticiens et qui se trouve dans le patére des Maçons. Ces emblèmes sont communs aussi aux croyans de Mithe ou Mythras , qui existent dans l'Indostan.

Les Ophites priaient devant la figure de Pentagone, qui était un des signes de leur institution, comme il était aussi celui des sept Sages de la Grèce.

Ces emblèmes passèrent en Europe avec leur doctrine, ils furent adoptés par les Croisés, par les Roses-Croix, par les Chevaliers Templiers, et parvinrent aux Maçons.

La plus grande partie des sectes qui se reproduisirent après les Esséniens, Gnosticiens, Cabalistes et autres, honoraient le Soleil comme la plus belle image de la puissance de l'Eternel. Toutes ses sectes admettaient l'Unité de Dieu, elles étaient par-là bien éloignées de croire à la divinité de Jésus-Christ, surtout les Gnosticiens qui se vantaient de l'avoir compté au nombre de leurs Frères.

Notes

(115) Bacon de Verulam était partisan du système de la Cabale; il établit dans son île de Bensalem les lois cabalistiques que Moïse avait données (pag. 54, édition de Louvain, 1648).

Les Basilidiens paraissent absolument sortir des Esséniens et être mélangés avec les Gnosticiens.

Basilide disait à ses adeptes : « Vous devez tout connaître, et personne ne vous connaîtra ».

Il nous reste de leur ancienneté, des monumens dans les Abraxas qui renferment des signes mystérieux et que nous rapporterons en son lieu. Le nom d'Abraxas, qui se trouve gravé sur une quantité de pierres des premier et second siècles de l'ère chrétienne, donne en lettres grecques la valeur de trois cent soixante-cinq , le même nombre des degrés du fameux cercle d'or du tombeau d'Orcmaudyas, toujours relatif au cours annuel du Soleil. La cuirasse de Pharaon-Amasi, consacrée à Minerve dans l'île de Rhodes, était remarquable par la trame, dont le fil était tordu en trois cent soixante-cinq autres, allusion à la durée de l'année ; preuve nouvelle que les religions anciennes doivent leur origine à l'Astronomie.

Les Basilidiens avaient deux images au lieu d'une seule, comme les Gnosticiens; l'une avait barbe, et l'autre sans barbe ; ces simulacres étaient allégoriquement honorés par eux.

St Irenée a cru que c'étaient les images de Jupiter et de Minerve, et s'en est prévalu pour les accuser d'idolâtrie. Basilide obligeait ses Disciples à se taire pendant cinq ans, comme jadis les Disciples de Pythagore. Il croyait ce temps nécessaire à la préparation de l'initiation et pour être à même de recevoir la Gnosin ou la science humaine. Un seul entre mille était admis au sanctuaire, à la connaissance de ce qui regarde la Divinité ; et sur dix mille initiés, deux seulement étaient agréés pour participer entièrement à la révélation entière de tous les secrets arrachés à la nature. Ces sectes étaient toutes des écoles de philosophie.

M. Ouvaroff croit que dans l'initiation supérieure, en parlant des mystères anciens, on devait se borner à démontrer l'unité de Dieu et l'immortalité de l'âme, par des argumens philosophiques ; ce qui paraît en opposition aux témoignages suivans.

Clément d'Alexandrie, Strom. V, 2, dit expressément, en parlant des grands mystères : « Ici finit tout enseignement, on voit la nature et les choses ».
Ce qu'on ne peut révoquer en doute, c'est que, lors de l'existence de ces premières sociétés, que nous appelerons toujours juives - chrétiennes , les notions de morale étaient très-répandues et connues du vulgaire; et si elles eussent fait l'essence des mystères, elles ne pouvaient aucunement mériter les magnifiques éloges des hommes, des savans de l'antiquité, qui ont cru que dans ces sociétés il existait la révélation des sublimes vérités, et que leur institution en était l'unique objet.

Après cette remarque, il est très-évident que ces sociétés et leurs mystères auraient cessé d'exister du moment où les vérités secrètes eussent été enseignées publiquement; et pour lors, Pindare, Platon, Cicéron, Epictète n'en auraient aucunement parlé avec tant d'admiration, si le Hiérophante s'était occupé de leur apprendre avec tant d'apprêts et avec tant de secret, ses opinions, ses doctrines et celles de son ordre et société, lorsqu'on eut pu trouver et apprendre tous ces enseignemens dans des livres et dans des écoles publiques. Observons qu'à ces époques , la morale et la philosophie avaient atteint un si haut degré d'élévation, qu'aucune notion sur la première ne pouvait rester inconnue et inaccessible; il paraît, pour lors, que, dans l'initiation de ces sociétés, on devait découvrir aux initiés de grandes vérités morales et philosophiques, cachées au vulgaire, conservées par des traditions orales qui remontaient au premier âge du monde. Ces connaissances, placées au milieu du polythéisme, formaient l'essence et la doctrine secrète des mystères.

Cette hypothèse concilie les contradictions apparentes du système religieux des Anciens sur la matière et sur l'âme, et s'accorde parfaitement avec les traditions orales des Croisés, et en particulier des Templiers, qu'on prétend être les instituteurs des Maçons. Il faut remarquer ici que plusieurs Sts-Pères de l'Eglise donnent des notions très-intéressantes sur les mystères, et en font tour-à-tour des éloges brillans ou des peintures odieuses.

St Clément d'Alexandrie, qui passait pour avoir été initié, et Eusèbe, Prepar. Evang. II, 2, tantôt leur prêtent le but le plus frivole et même le plus honteux, les transforment en école d'athéisme (cohort ad Gentes), tantôt ils prétendent que les vérités qu'on y enseignait avaient été dérobées par les philosophes à Moïse, à Salomon et aux Prophètes (Strom. V, page. 650); et même, selon ce dernier, ce sont les philosophes qui ont établi les mystères (Strom. V, page. 681). Tertullien, plus logicien, en attribue l'invention au Diable (de Preser, ad Hoeret. 40.) Arnobe, Athenagore et S. Justin en ont tous parlé de la même manière.

Leurs éloges et leurs blâmes peuvent être également vrais, sans en être moins désintéressés. Ici il faut distinguer deux époques. Il est certain que de grands abus s'étaient glissés dans les mystères. La corruption avait commencé à répandre quelques notions sur les cérémonies qui s'y pratiquaient, et l'indiscrétion des mystes avait divulgué des symboles ; tout tendait à profaner les mystères déjà déchus de leur dignité primitive. Mais si nous nous rapportons aux temps où les mystères fleurissaient, les témoignages en leur faveur sont unanimes; partout ils sont présentés comme l'origine des arts, des sciences, des lois. Il est bien naturel que ces mystères étant l'appui du polythéisme après la corruption sacerdotale, les Saints-Pères, qui suivaient une doctrine différente, les regardaient comme les foyers de l'erreur, et ne pouvaient dans leur intérêt mettre assez d'ardeur à les discréditer.

Après les divulgations et le discrédit par les ennemis de la science, il est facile d'en déduire que les emblèmes religieux égyptiens, grecs, juifs, chrétiens, gnosticiens, de la Cabale, romains et autres, n'étaient intelligibles qu'aux seuls initiés (En preuve que les emblèmes qui dérivaient de la religion égyptienne étaient mystérieux à tout autre qu'aux initiés, on lit dans Eusèbe , de Prep. Evang., lib. II, « qu'entre les prêtres égyptiens, il y avait une caste qui ne s'occupait, même au temps de Joseph l'historien, que de l'interprétation des hiéroglyphes. » Le Sacerdoce et l'initiation étant perdus, ont donné lieu à établir mille erreurs.) ; c'est ce qui amène le vulgaire à se former à cet égard des systèmes de théologie sur le polythéisme. Nous avons dit que les secrets des initiés étaient consignés oralement ; le temps, les révolutions, les guerres ont fait perdre une partie de ces doctrines ; il n'est resté dans les Temples que leurs enseignes. Le vulgaire, qui n'approfondit jamais rien, en établissant sa théologie, a cru voir dans ces emblèmes des signes d'idolâtrie, et en fit des religions monstrueuses. Il y a des critiques qui pensent que la religion de Rome n'en a pas été exempte.

Il résulte de ce qui précède, que des peuples entiers se sont formé un système à leur gré de la Divinité apparente ; ils établirent des légendes et des heureuses nouvelles, pour donner quelqu'ombre de raison à un culte qui n'était plus soutenu par la tradition orale des initiés anciens, qui se trouvait inconnu au vulgaire, et qui devint par-là absurde et monstrueux.

La généralité des Philosophes égyptiens, grecs, romains, comme aussi les Saints-Pères se firent un système à part, et les sentimens des uns détruisirent souvent ceux des autres.


DES MAGES


Une religion très-répandue dans l'Orient, et de laquelle plusieurs autres sont sorties, fut celle de Mythras dont les initiés s'appelaient Mages. Plusieurs savans ont même cru, peut-être trop légèrement, que la légende sacrée de Jésus n'était qu'une imitation de celle de Mythras, par la ressemblance des mystères de la naissance, des pérégrinations, des prédications, des travaux, de leur mort, de leur résurrection, et que ces deux religions n'étaient dans le fait que les divers aspects du Soleil relativement à notre terre. Suivant d'autres opinions, les mystères maçonniques en tiraient leur origine.

Les mystères de Mythras étaient représentés dans un antre sacré, l'époque en était fixée au vingt-cinq décembre, au moment où les prêtres voyaient paraître, à minuit, la constellation de la Vierge qui ouvrait à son déclin l'année en donnant la naissance au Soleil qui paraissait comme un enfant s'appuyant sur son sein maternel.

Plusieurs rites maçonniques ont conservé le grade de Mage, il figure pour l'avant-dernier échelon dans le système des Illuminés, et pour le dernier dans celui de la stricte obtervance, il se trouve dans différens autres systèmes en Allemagne plus qu'ailleurs; c'est ce qui a induit plusieurs écrivains à croire que la Maçonnerie n'était que la religion des Mages.

Le mot Mage dérive de Mog, qui, dans la langue ancienne des Persans, signifie adorateur ou prêtre consacré au Soleil.

L'objet apparent de cette religion était l'adoration de cet astre ; or, comme les religions conservent, malgré elles, leurs anciennes affinités et consanguinités, ainsi dans les Evangiles, ce sont des Mages qui arrivent à Bethléem adorer Jésus, ce qui fit croire à des critiques que Jésus ne pouvait être que l'allégorie du Soleil (L'allégorie du Soleil et son emblème, conservé dans tous Temples maçonniques, est conservé encore de nos jours par des corporations sacerdotales, comme par les Jésuites : la médaille (Planche II, n.° 15) frappée pour le Chapitre major de St Thomas-d'Acquin, en 1789, lors de l'exaltation au royaume d'Espagne de Charles IV, qui porte un Soleil rayonnant de lumière, emblème de son culte, est une preuve que le Sacerdoce chrétien ne l'a pas oublié.), car le culte de cet astre était aussi le seul apparent qui existât chez les Mages.

Le culte du Soleil, très-ancien en Orient, se perd dans l'antiquité, on ignore son origine et l'on doute même que Zoroastre en soit l'instituteur ou leréformateur; car ce nom même signifie l'ami du feu, de la lumière ; aussi des auteurs ont-ils cru que par l'explication de de ce même nom, on avait voulu désigner une société religieuse; ils pensent que Zoroastre n'a jamais existé, s'appuyant sur ce que son histoire est remplie de miracles, d'apparitions de la Divinité, d'Anges, de Démons; en second lieu, parce qu'elle est écrite en style tout-à- fait oriental ; ils prétendent encore que l'Histoire de la Création du Monde a quelques analogies avec celle de l'Israélite Moïse, de même que ses prières ressemblent un peu à celles du roi Psalmiste. Nous n'entrerons pas dans ces sublimes questions de suprématie qui partagent tant de savans, nous adopterons l'existence de cet homme, croyant qu'il peut avoir établi le culte du Soleil et même avoir écrit tout ce qu'on lui attribue.

Zoroastre néanmoins, comme Moïse, pour affermir son pouvoir par le culte, publia qu'il avait reçu son Code de Dieu en personne, ce que des faiseurs de religions imitèrent postérieurement.

Ce code, une fois reçu, fut enfermé dans le sanctuaire du Temple, la Bible, l'Alcoran le furent de même; le code de Zoroastre devenu sacré n'a pu plus être communiqué, ni aux profanes ni aux étrangers.

Ainsi que dans plusieurs cultes, les Mages devaient lire à toutes les fêtes quelque passage de cette Ecriture-Sainte aux fidèles, et Zoroastre l'écrivit avec les caractères de cette langue perse qui se perdit après Cyrus.

Ce code est connu sous le nom de Zend - Avesta ; il est divisé en deux parties , comme le Deutéronome et le Lévitique.

La première traite du devoir de tous les hommes en général, et en particulier des hommes religieux. La seconde traite de la liturgie et des cérémonies dans le culte.

Tous les écrits attribués à Zoroastre sont compris dans le Zend-Avesta. Jadis ils étaient au nombre de vingt-un, dont sept traitaient de la Création du Monde, sept de morale et de politique et sept de la physique et d'astronomie. Selon Bundari, les livres de Zoroastre remplissaient 12 000 peaux de bœuf. (Pastoret, Zor. Conf. Mahom.) Selon l'opinion la plus accréditée, son dogme et sa doctrine existaient en Assyrie et à Babylone longtemps avant la fondation de l'empire des Perses, ce qui prouve sa haute antiquité.

Les Mages, depuis que l'histoire en fait mention , firent une caste à part du peuple, comme les Lévites d'Israël : un Lévite, un Mage naquit toujours d'un Lévite et d'un Mage. Comme les anciens Patriarches juifs (D'après l'Hexaméron de St Eustache, Abraham avait épousé sa sœur. Les prêtres égyptiens épousaient même leur mère ; néanmoins la nature ne rétrograde qu'avec peine : l'on sait qu'à Athènes aussi on pouvait épouser sa sœur.), les Mages se mariaient avec leurs sœurs et leurs filles, les fils avec leurs mères, en cas de décès du père. Il n'y a donc pas lieu de s'étonner que le Patriarche Loth épouse ses deux filles à la fois. Il paraît que les privilèges de ces castes et leur religion n'ont eu qu'un même berceau ; car comment expliquer l'analogie frappante qui existe dans leurs coutumes?

La caste des Mages, à son origine, comme celle des Lévites, était peu nombreuse ; par la suite, elle se multiplia extraordinairement ; au commencement, elle ne possédait que des bourgs. Peu après, elle obtint des villes ; arrivée par-là à un haut degré de force physique, les Mages et les Lévites, se fiant sur leur nombre, cherchèrent des révolutions, intriguèrent contre les gouvernements et les Rois.

Sozamène II, pag. 73, dit que la caste des Mages était anciennement divisée en trois classes : 1° les Erbids, prêtres apprentis; 2.° les Mobids, professes-maitres; 5."les Destours-Mobids, prêtres accomplis (Maîtres Parfaits).

Aujourd'hui, aux Indes orientales, ces classes se subdivisent ainsi :

1° Les Erbides, qu'on initie par la purification de l'eau et du feu , professent les études relatives aux initiations, étudient les cérémonies, et les jours de fête lisent au public l'Izechne et le Vendidal, qui traitent des devoirs des hommes. Lorsque, par l'exercice de ces premières fonctions sacerdotales, par leur zèle, par leur étude, ils se trouvent instruits, ils deviennent
2.° Mobids. C'est cette classe qui s'occupe de l'interprétation des autres livres de Zend-Avesta, écrits dans l'ancienne langue. Si, après un certain temps, le Mobids n'arrive pas à expliquer et comprendre ces livres , il entre dans les
3.° Destours. Cette classe se borne à l'étude de la loi du Zenda et du Pehlvi, c'est une classe stationnaire; le Mobid qui a pu expliquer et entendre les autres ouvrages du Zend-Avesta devient
4.° Destours Mobids. Il est à la tête des Mobids : de cette quatrième classe, les plus savans et les plus anciens deviennent
5.° Destours de Destours qui équivalent aux Grands-Prêtres juifs et aux Evêques chrétiens, ils décident des points difficiles et de la loi divine, qui, comme dans toutes les religions, est écrite aussi obscurément que possible. Les sages législateurs des cultes ont toujours écrit de manière que partout il faut des interprètes. Les Destours des Destours décident les cas de conscience, et en vertu de cette grâce spéciale que Dieu leur a accordé en personne, les croyans leur paient la dîme. Il paraît que partout où il y a des interprètes de la loi divine, on ne dispense pas gratuitement les dons célestes.

Un Apôtre de Jésus en a fait un devoir à ses frères, qui ne se sont guère mis en peine d'observer, en leur disant : Date gratis quod gratis accepistis.

Les préceptes du Zend-Avesta sont simples, ils sont ceux de la loi juive et chrétienne ; c'est Dieu même qui parle :

« Il y a moi, seul Dieu. Il y a deux principes, un bon, l'autre mauvais ; lumière et ténèbres. Ne changez ni le culte ni les formes de prières; ne vous emparez du bien des autres ; ne dites pas de mensonges ; ne souhaitez pas des choses impures ni de vengeance ; oubliez les injures; purifiez-vous de toute faute par l'ablution; n'approchez pas votre femme lorsqu'elle est impure, ni lors des grandes fêtes; ayez confiance dans la bonté de Dieu ; attendez le jour de ma manifestation et soyez toujours préparé ».

La morale prêchée par les Erbides est la charité ; l'honnêteté, l'oubli des injures, le mépris des voluptés corporelles, du faste, l'obligation de fuir le mal, d'embrasser le bien, d'aimer, honorer et servir Dieu. Ils conseillaient la méditation, la crainte de Dieu, enjoignaient de consulter la Providence dans toutes les actions, défendaient le vol, etc. On voit, d'après la morale des Mages, que l'amour de la vérité était la fin de leur système religieux et philosophique, et que la pratique de la vertu est la fin de leur système législatif, but que tous les législateurs religieux se proposèrent. Peu importe, pourvu que vous adoriez Dieu et que vous aimiez votre prochain, que vous soyez instruit dans vos devoirs par un Mage, par un Hiérophante, par un Patriarche , par un Muphti, par un Prêtre ou par un vénérable Maître en chaire.

Voilà comme le Dieu de Zoroastre prescrit les devoirs aux Mages :

«Ne vous souillez pas ; instruisez les ignorants ; bénissez les mariages ; fréquentez vos Temples : méditez avec respect le Zend-Avesta qui doit seul être votre loi ; que ceux qui voudraient l'adultérer soient punis étemellement par le Ciel ».

Les préceptes des Archi-Mages sont les suivans :

« Ne soyez ni ambitieux ni vains; relevez la dîme des peuples; soyez miséricordieux, c'est le plus bel emploi des richesses que le Ciel vous accorde ; lavez-vous souvent; ayez votre habitation prés du Temple pour y entrer sans être aperçu ; surpassez les autres Mages en vertu et en connaissances de la vraie science; ne craignez que moi, Dieu ; reprenez les méchans. de quel rang qu'ils soient, sans indulgence ; portez la vérité devant les Souverains; souvenez—vous de moi, Dieu, jusqu'à la consommation des siècles qui sera faite par le feu ( Le dogme du Jugement et de la Fin du Monde a été enseigné chez les Chrétiens bien après celui des Mages.). Ainsi soit-il ».

Nous croyons inutile de faire sortir des comparaisons de ces préceptes, avec ceux transmis oralement aux initiations égyptienne, juive et chrétienne.

Le temps , qui altère et change tout, malgré la simplicité de ce dogme, amena des hérésies, comme nous le verrons à l'article de Mânes. Dès-lors les Mages se divisèrent, s'anathématisérent réciproquement. Le sujet de la question était sur la priorité dans l'existence des deux principes, bon et mauvais, et sur celle de savoir si les deux principes étaient co-éternels avec l'Etre premier, Dieu. La philosophie du Zend-Avesta passa dans l'Asie occidentale et en Grèce, chez les Persans, chez les Arabes, chez les Juifs ; pour ce dernier peuple, composé de pasteurs paresseux et ignorans, il fallut, après la captivité de Babylone, qu'on lui traçât un code religieux, qui, émanant des susdits principes, lui offrît une histoire et des fastes. Ce livre, qui date de cette époque incertaine, fut dicté par l'emphase orientale, et orné de systèmes obscurs qu'il est impossible à la raison humaine de débrouiller, et dont l'interprétation devait se refuser aux recherches les plus obstinées de ses interprètes.

La philosophie religieuse du Zend-Avesta existe dans la Bible : elle arriva en Judée et dans l'Arabie après la captivité des Juifs en Babylone ; mais avec elle les visions et les fables orientales dépouillées, par la nature de ce peuple, de toute science, et en particulier de l'astronomie, qui ne fut conservée que secrètement dans les mystères d'Hiram et dans la loi orale ; pour lors, ce livre sacré ne fut rempli que de Démons, d'Anges, de visions, de miracles ; ce qui a défiguré entièrement l'ancien culte des Mages.

La Divinité apparente des anciens Mages perses, était Mythras, auquel on avait adjoint Orosraade et Orimane, le bon et le mauvais principe ; Mythras était par-là un et triple : c'est de là que Platon emprunta sa Trinité, et d'où différentes religions tirèrent la leur, à en croire de hardis critiques. M. Anquetil du Peron séjourna exprès aux Indes pour connaître la religion des Parsis, chez lesquels la religion de Mythras s'est réfugiée.
Il a même traduit le Zend-Avesta et autres ouvrages attribués à Zoroastre.

 

Extrait de « La Maçonnerie considérée comme le résultat des religions Egyptienne, Juive et Chrétienne »

 

Source : http://graal.over-blog.com/article-7290959.html

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Published by Fr.°. Reghellini de Shio - dans Gnose
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