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9 décembre 2012 7 09 /12 /décembre /2012 10:29

LA PENSEE GNOSTIQUE

Ce mouvement religieux ésotérique, peut-être influencé par l’hermétisme hellénistique, se développa au cours des IIe et IIIe siècles après J.-C. et constitua un défi majeur pour le christianisme orthodoxe.
"La gnose (du grec gnosis : connaissance révélée) est une doctrine ésotérique, proposant à ses initiés une voie vers le salut par la connaissance de certaines vérités cachées sur Dieu, le monde et l'homme. Dans ces théories, l’homme est un être divin, qui par suite d'un événement tragique, est tombé sur terre d'où il peut se relever pour retourner à son état premier par la Révélation. Dès les temps apostoliques, l’Eglise s'opposa à la gnose pour les raisons suivantes : bien que reconnaissant le Christ comme porteur de la Révélation, elle en niait la réalité historique (docétisme) ; elle niait la création comme œuvre de Dieu lui-même et refusait l'Ancien Testament ; elle évacuait l'attente chrétienne de l'accomplissement eschatologique." 1
Le gnosticisme se caractérise principalement par la croyance que les hommes sont des âmes divines emprisonnées dans un monde matériel créé par un dieu mauvais (le démiurge).
A ses adeptes, le gnosticisme promettait une connaissance secrète du royaume divin. Des étincelles ou graines de l'Être divin (éons) tombaient de ce royaume transcendant dans l'univers matériel, qui est tout entier la proie du mal, et étaient emprisonnées dans les corps humains. Réveillé par la connaissance, l'élément divin de l'humanité peut retourner vers ce qui est sa place normale, le royaume céleste transcendant.
La mythologie gnostique pourrait tirer son origine de spéculations de sectes juives basées en Syrie et en Palestine à la fin du Ier siècle après J.-C., qui auraient elles-mêmes été influencées par des religions dualistes perses, notamment le
mazdéisme.
Les gnostiques expliquaient l'origine de l'univers matériel par la chute de l’esprit dans la matière. A partir du Dieu originel inconnaissable, une série de divinités inférieures fut générée par émanation. La dernière de ces divinités, Sophia (Sagesse), conçut le désir de connaître l'Être suprême inconnaissable. Ce désir illégitime donna le jour à un dieu mauvais et difforme, le démiurge, qui créa l'univers. Les étincelles divines qui habitent l'humanité tombèrent dans cet univers. Le Dieu suprême envoya un émissaire (
Christ-Jésus) révéler aux parcelles divines leur vraie nature et les aider à retrouver leur unité perdue pour qu’elles pussent s’extraire du monde corrupteur.
Les gnostiques assimilaient le dieu du Mal au Dieu de l'Ancien Testament qu'ils interprétaient comme le récit des efforts de ce dieu pour maintenir l'humanité dans l'ignorance et le monde matériel et pour punir leurs tentatives d'appropriation de la connaissance. C'est ainsi qu'ils comprenaient l'expulsion d'Adam et Eve hors du
paradis, le Déluge et la destruction de Sodome et de Gomorrhe.
Les gnostiques chrétiens refusaient d'identifier le Dieu du Nouveau Testament, père de Jésus, et le Dieu de l'Ancien Testament, et ils élaborèrent une interprétation non orthodoxe du ministère de Jésus.
Ils écrivirent des évangiles apocryphes (comme l'Evangile de Thomas, l'Evangile de Marie-Madeleine, l'Evangile de Vérité, l'Evangile de Philippe, l'Evangile de Judas) pour étayer leur thèse selon laquelle Jésus ressuscité révéla à ses disciples l'interprétation juste, gnostique, de ses enseignements : le Christ, esprit divin, habitait le corps de l'homme Jésus et ne mourut pas sur la croix mais retourna dans le royaume divin d'où il venait.
Les gnostiques rejetaient donc les souffrances et la mort expiatrices du Christ, ainsi que la résurrection du corps. Ils rejetaient aussi d'autres interprétations littérales et traditionnelles des Évangiles.
Des rites visaient à faciliter l'ascension de l'élément divin de l'âme humaine vers le royaume spirituel, le plérôme (pleroma), composé d'une succession d'éons (en grec « émanations ») procédant d'un être divin primordial.
Des hymnes et des formules magiques étaient récités pour tenter d'obtenir une vision de Dieu ; d'autres formules étaient récitées au moment de la mort pour chasser les démons, de crainte qu'ils ne capturent l'esprit pendant son ascension et ne l'emprisonnent à nouveau dans un corps.
La doctrine selon laquelle le corps et le monde matériel sont mauvais amena certaines sectes à renoncer au mariage et à la procréation. D'autres gnostiques prétendaient que du fait que leur âme était totalement aliénée à ce monde, peu importait ce qu'ils faisaient.
Les gnostiques rejetaient généralement les commandements moraux de l'Ancien Testament qu’ils considéraient comme faisant partie de la stratégie du mauvais dieu pour prendre l'humanité au piège.
Certaines sectes gnostiques refusaient tous les sacrements, tandis que d'autres observaient le
baptême et l'eucharistie, qu'elles interprétaient comme les signes de l'éveil de la gnose.
Les barboniens et les phibioniens (ou
phibionites), faisaient consister leur philosophie dans une débauche effrayante.
Les barbélognostiques, donnait une place importante à une figure mythique, Barbélo, la mère du mauvais Créateur de ce monde.
 

SIMON LE MAGICIEN

La littérature pseudo-clémentine, attribuée au pape
Clément I (fin du 1er siècle), résume la doctrine que Simon le mage prétendait démontrer par les Écritures : le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre ; il est inconnu et ineffable et il pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Irénée et
Hippolyte font de Simon le magicien ou Simon de Samarie le père du gnosticisme et le fondateur d’une secte gnostique, mais on peut se demander s’il s’agit du même personnage.
Simon le Mage ou le Magicien, né en Samarie, était contemporain de
Jésus. Son maître intellectuel était Philon d'Alexandrie, mais il ajouta à sa doctrine des pratiques de théurgie qui devaient exercer plus de prestige que des idées sur l'esprit grossier des Samaritains, auprès desquels il acquit une grande influence. Ils se faisaient appeler « la Vertu de Dieu » ou « la Grande Vertu ».
Cependant, le bruit des miracles accomplis par les apôtres intrigua le philosophe samaritain. Il se dit que ces gens devaient être plus habiles que lui et possédaient sans doute des secrets qu'ils pourraient lui transmettre. Converti par la prédication de Philippe, il reçut le baptême.
Les apôtres étant venus à Samarie, Simon se rendit auprès d'eux, et ne comprenant pas comment ils faisaient descendre le Saint-Esprit sur les convertis en leur imposant les mains, il leur offrit une somme d'argent pour le savoir.
Pierre lui lança : « Périsse ton argent et toi avec lui ! » ; puis, il lui demanda de se repentir (Actes 8, 9-24). Depuis, le terme « simonie » désigne l'achat de charges ecclésiastiques et le trafic de biens spirituels ou d’objets sacrés.
Simon, qui ne s'était fait chrétien que dans l'intérêt de son art, reprit son ancien état de magicien et se mit, comme les apôtres, à faire des prosélytes.
Il alla s'établir à Tyr, où il acheta, dit Tertullien, une courtisane avec le même argent qu'il avait voulu consacrer à l'achat du Saint-Esprit. Cette femme, instrument de ses désordres, continue Tertullien, était un apôtre sui generis, qui réussit à recruter un grand nombre de néophytes. Elle s'appelait Hélène et Simon la présentait comme une nouvelle incarnation de l'épouse de Ménélas, celle qui causa la ruine de Troie. Il la faisait aussi passer pour Minerve ou pour la mère du Saint-Esprit.
Selon Justin (1ère Apol., 26; 56), Simon se rendit à Rome, au temps de Claude (41), et il y obtint un succès inouï. Les plus grands personnages du temps furent éblouis par ses prestiges. S'il faut en croire plusieurs Pères de l'Église, on leur éleva, à lui et à sa courtisane Hélène, des statues dans l'île du Tibre.
On prétend que Simon mourut en l'an 64, d'une chute faite en voulant s'élever dans les airs sur un char de feu, afin de contrefaire l'ascension de Jésus-Christ. Arnobe dit seulement qu'il se cassa la jambe, mais que de honte il se tua en se jetant par la fenêtre de la maison qu'il habitait.
Les Actes de Pierre (apocryphe du IIe siècle) racontent qu’après le départ de Paul de Rome pour l’Espagne, Simon le Magicien arriva à Rome et troubla les chrétiens par ses miracles. À Jérusalem, le Christ apparut à Pierre et lui apprit que la communauté romaine avait succombé au charme de Simon. Pierre se rendit en toute hâte à Rome.
Il reconquit les fidèles par un grand concours de miracles où Simon et lui rivalisèrent d’originalité. La lutte suprême eut lieu sur le Forum d’où Simon s’envola vers le ciel ; mais il en retomba et mourut. Ce fut le triomphe pour Pierre : beaucoup de païens vinrent à lui. Ce fut aussi sa perte, car le préfet de Rome le fit mettre à mort.
Si, pour les Actes de Pierre et pour Épiphane, Simon mourut en tombant du haut des airs, à Rome (scène figurée sur l’un des plus beaux chapiteaux de la cathédrale d’Autun), pour Hippolyte, il se fit enterrer, ailleurs qu’à Rome, dans une fosse, en prétendant ressusciter le troisième jour: ce qui n’arriva pas…
Voici, d'après Nicéphore Calliste (+ vers 1350), quels étaient les prodiges opérés par Simon : « Simon le Magicien, avec l'aide des démons, faisait un grand nombre de choses surprenantes. Car il faisait en sorte que les statues se mouvaient d'elles-mêmes, et dans les appartements les vases et différents objets se transportaient d'un lieu dans un autre, et lui-même, entouré de flammes, ne brûlait pas. Il volait dans l'air. En trompant les hommes, il faisait des pains avec des pierres. Il prenait la forme d'un dragon et de plusieurs espèces d'animaux. On le voyait, avec deux visages ; quelquefois il se transformait tout en or. D'un mot il ouvrait les portes bien fermées et munies de serrures et de verrous. Il brisait des chaînes en fer. Dans les festins, il faisait paraître des simulacres de différentes formes. II se faisait précéder par plusieurs ombres qu'il disait être les âmes de personnes mortes depuis longtemps. Non seulement il se transformait lui-même comme il voulait, mais il changeait aussi les autres en différentes formes d'animaux. Quelques-uns de ceux qui le prenaient pour un bouffon ayant voulu le tromper, sous le prétexte d'une fausse amitié, il les invita à un banquet et les livra à des démons cruels, et leur infligea toutes sortes de maladies incurables. » 2
« Ce récit est d'autant plus remarquable, que nous trouvons les mêmes faits rapportés dans les lettres de plusieurs missionnaires, qui assurent que ces prodiges s'opèrent encore aujourd'hui dans les pays infidèles, notamment à Siam, en Chine et en Amérique... Le phénomène des Tables tournantes et parlantes est venu nous prouver qu'en fait de superstitions nous pouvons être comparés à ces peuples. Ce sont, du reste, les mêmes pratiques que Tertullien reprochait aux païens de son temps ; car les Romains évoquaient les morts par des prestiges rotatoires et ils prédisaient l'avenir par le moyen des chèvres et des tables (Tertullien mit en garde ceux qui pratiquaient la
nécromancie car les démons les trompaient en se faisant passer pour les esprits des morts invoqués). Simon menait avec lui une femme nommée Hélène, qu'il avait achetée à Tyr, et qu'il disait être la célèbre Hélène qui avait été la cause de la guerre de Troie, et qui était passée successivement dans le corps de plusieurs femmes : cette femme l'aidait sans doute aussi à opérer ses prodiges, comme cela arrive chez plusieurs de nos prestidigitateurs. Simon, tout mauvais qu'il était, était chrétien. Il est digne de remarque que les païens qui faisaient mourir les chrétiens, adorèrent Simon comme un dieu et lui élevèrent une statue dans l'Ile du Tibre : ils adoraient Simon, sous la forme de Jupiter, et son Hélène, sous celle de Minerve. » 3
Simon est l'auteur de quelques écrits, entre autres de plusieurs discours qu'il intitula Contradictoires, parce qu'il y contredisait l'évangile.
Simon, pour le fond de sa doctrine, était
platonicien ; il joignait à ce fond les pratiques de la théurgie asiatique la plus extravagante.
« C'est, disait-il, par ma grâce (il se disait Dieu) et non par leur mérite que les hommes sont sauvés. Pour l'être, il suffit de croire en moi et en Hélène ; c'est pourquoi je ne veux pas que mes disciples répandent leur sang pour propager ma doctrine. »
Il y a si peu d'accord entre les actions et les idées philosophiques de Simon le Magicien que plusieurs chercheurs ont pensé qu'il y a eu deux personnages nommés Simon : l'un magicien et apostat dont les Actes des apôtres font mention, l'autre hérétique gnostique, fondateur d'une secte qui se perpétua jusqu'au IVe siècle.
Irénée (vers 180) et Hippolyte (vers 200) font de Simon le père du gnosticisme.
Les Homélies et les Recognitions, apocryphes faussement attribués au pape Clément I, contiennent des instructions aux chrétiens, l'apologie de certaines vertus, et des polémiques contre des thèses gnostiques ou païennes.
Les Homélies sont une source d'informations intéressantes sur certaines hérésies des premiers siècles de l'Église. Elles résument la doctrine de Simon le Mage : il prétendait démontrer par les Écritures que le Dieu suprême est un dieu autre que celui qui a créé le ciel et la terre; qu’il est inconnu et ineffable et pourrait être appelé le Dieu des dieux.
Le portrait de Simon le Mage, qu'on trouve dans les Recognitions, constituera le modèle à partir duquel le mythe de Faust sera élaboré.
 

MENANDRE

Ménandre, comme Simon dont il était le disciple, comme plus tard Apollonius de Tyane, voulut jouer au messie. Il ne reconnaissait pas, bien entendu, Jésus-Christ pour tel.
Simon le Magicien se faisait appeler « la Grande Vertu » ; Ménandre soutint que la Grande Vertu était encore inconnue, et que lui, Ménandre, était seul chargé de la révéler aux hommes.
Les ménandriens étaient les sectateurs des doctrines de Ménandre.
Ils croyaient que l'Intelligence supérieure (Ennoïa) forma tout le monde intelligible et tout le monde sensible par voie d'émanations successives de génies de moins en moins purs à mesure qu'ils s'éloignaient de l'Être absolu. Ce sont ces génies que Valentin et les autres gnostiques appelèrent plus tard des éons.
Un assez grand nombre de Samaritains et de gens des pays voisins acceptèrent cette croyance. Ces doctrines furent amalgamées plus tard au christianisme par les gnostiques.
Ménandre administrait le baptême en son propre nom ; il le qualifiait de résurrection et lui attribuait la propriété de donner une jeunesse perpétuelle et l’immortalité.
Comme plusieurs sectes gnostiques, comme les derniers néoplatoniciens, les ménandriens se livraient à la magie, et pensaient, comme nos spirites, pouvoir converser avec les esprits.
Justin, martyr au milieu du IIe siècle, se plaint qu'il se trouve des ménandriens à Antioche, tel Saturnin (ou Sartornil).
 

SATURNIN

Saturnin (Sartornil) était moins éloigné que Simon le Mage du christianisme traditionnel.
Il paraît néanmoins s'être également inspiré de la cabale judaïque et des principes de
Zoroastre.
Dieu était pour lui le père inconnu. Les ministres de Dieu n'étaient, d'ailleurs, que des puissances pures ou, si l'on veut, des facultés ; ces puissances s'affaiblissaient à mesure qu'elles s'éloignaient de leur principe.
Il admettait l'existence du monde pur ou spirituel et celle du monde des ténèbres ou matériel.
Au seuil du monde pur, 7 puissances (peut-être les Élohim de la Genèse) avaient créé notre univers et s'en étaient partagé le gouvernement. L'homme était leur œuvre ; mais après avoir fait le corps, ils n'avaient pu en créer l'âme, et il fallut que le Dieu suprême envoyât, en qualité d'âme, dans le corps de l'homme, une étincelle émanée de la Lumière éternelle.
L'âme devait un jour retourner à son principe ; en attendant, elle s'était souillée au contact du corps au point d'être incapable désormais de se délivrer elle-même ; d'où la nécessité d'un sauveur. Le Père inconnu envoya sa puissance suprême: Jésus-Christ. Celui-ci enseigna aux hommes comment ils devaient vivre pour que leur âme retournât un jour à son principe.
 

BARDESANE

Bardesane (Bar-Daïsan) d'Edesse, émule de Saturnin, lui succéda dans son enseignement. Il avait été d'abord un chrétien d'une orthodoxie sévère, et ennemi de Saturnin et de Marcion. Il connaissait à fond les mythes de la Grèce et de l'Orient comme la philosophie de Platon. Il possédait un talent littéraire remarquable. Plusieurs églises d'Asie étaient fières de lui et admirent longtemps ses hymnes dans leur liturgie. Il fut amené peu à peu, et par une sorte de travail intérieur, à professer les doctrines de ses anciens adversaires. Son école date du commencement du règne de Marc-Aurèle (vers 162). Il avait conservé le respect de la lettre dans les écrits bibliques.
Ce fut lui qui découvrit dans le Zend-Avesta, le père inconnu à côté duquel il plaça la matière éternelle ingouvernable et mauvaise d'où était né
Satan. Le Père inconnu enfanta de sa compagne, c'est-à-dire de sa pensée, un fils qui fut Jésus-Christ, qui eut à son tour une compagne, qui est le Saint-Esprit. Du Christ et du Saint-Esprit naquirent 2 paires d'éons, la terre et l'eau, le feu et l'air. Les éons, de concert avec le Christ et sa compagne, créèrent de nouveau 3 paires d'éons ou syzygies, ce qui fait 7 paires d'éons. Une nouvelle série de 7 paires d'éons pourvut au gouvernement du soleil, de la lune et des 5 planètes alors connues. Puis 12 génies, préposés aux 12 constellations dont se compose le zodiaque, et 36 esprits sidéraux ou doyens chargés de gouverner les autres constellations, complétèrent la hiérarchie imaginée par le fécond auteur.
La compagne du Christ (« Pneuma » ou « Sophia achamoth ») avait conçu pour la matière un autour déshonnête et s'était abandonnée à une débauche sans frein (toute symbolique). Enfin elle reconnut ses fautes et rentra dans le « plérome », c'est-à-dire au sein de la perfection céleste. Par erreurs de la compagne du Christ, Bardesane veut parler des égarements sans nombre auxquels entraîne la pensée libre.
 

BASILIDE

À Alexandrie, entre 120 et 145, Basilide professa une doctrine qui comportait des éléments philosophiques très importants et très curieux. Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves.
Clément d’Alexandrie reprocha aux partisans de Basilide de croire que nous sommes tirés comme des marionnettes par des forces naturelles, en sorte qu’il n’y a plus ni volontaire ni involontaire (Stromates, II, III, 12, 1).
Selon le même Clément (Stromates, IV, 12), Basilide aurait dit : « Tout ce qu'on voudra plutôt que de mettre le mal sur le compte de la Providence ». En effet, Basilide n'a jamais admis un second principe, celui du mal : il resta foncièrement moniste à la différence des autres gnostiques.
Basilide était natif de Syrie, et avait, sans doute, été élevé dans les idées gnostiques de cette contrée. Il alla étudier à Alexandrie, où l'attrait des grandes études dont cette ville, était la métropole le fixa définitivement (131).
Son enseignement était secret et ne se communiquait aux adeptes qu'après de longues épreuves. Basilide l'avait résumé dans un ouvrage en 24 livres intitulé Exégétique.
Les traditions sur lesquelles il se fonda pour dogmatiser étaient réunies dans un livre qu'on ne possède plus, ayant pour titre : Prophéties de Cham et de Barchir, dont on le supposa l'auteur.
II s'autorisait aussi d'une Épître de
Pierre(apocryphe) et d'une tradition secrète que Pierre aurait transmise par voie orale.
Basilide n'aimait pas Paul, dont il rejetait presque toutes les doctrines.
Selon lui, le père inconnu du gnosticisme syriaque s'était manifesté dans 52 déploiements d'attributs ; chaque déploiement se composait de 7 éons, ce qui a fait croire à plusieurs que sa hiérarchie était fondée sur la division de l'année en 52 semaines de 7 jours comprenant une série de 364 éons, nombre des jours de l'année.
La secte des basilidiens, dirigée, après lui, par son fils, Isidore, connut une large diffusion puis s’éteignit au Ve siècle.

Abrasax :

Abrasax
, appelé aussi « Abracax » ou encore « Abraxas », du nom duquel on a tiré la célèbre formule « abracadabra », est mentionné dans la liste des principaux démons établie par l'Église lors du concile de Braga (561-563).
Les basilidiens voyaient en lui leur divinité suprême « IAO », écrit IAW (iota, alpha, omega), qui, selon certains, est une déformation du nom de Yahvé, le dieu de l’Ancien testament. Trouvant que la somme des 7 lettres grecques d’Abraxas donnait le nombre 365, qui est celui des jours de l'année, ils plaçaient sous ses ordres plusieurs génies qui présidaient aux 365 cieux, et auxquels ils attribuaient 365 vertus, une pour chaque jour.
Son nom était généralement gravé en caractère grec sur des pierres fines, dites basilidiennes, dont certaines sectes gnostiques se servaient en guise d'amulettes.
Abrasax est représenté sur ces amulettes avec une tête de coq, des pieds de dragon et un fouet à la main. Il apparaît aussi en roi (il porte une couronne) anguipède.
La formule abracadabra viendrait de l’hébreu abreg ad hâbra (envoie ta foudre jusqu’à la mort).
Elle était disposée en triangle renversé, le nom s’écrivant en diminuant d’une lettre à chaque ligne, selon Serenus Samonicus, médecin du IIe siècle.
Au Moyen Age, ce pantacle, porté autour du cou, était censé guérir les maladies, notamment la fièvre, protéger des sorts et éloigner le mauvais oeil. La formule aurait aussi servi de mot de passe pour rencontrer le diable…
Gerbert d’Aurillac (pape en 999 sous le nom de
Sylvestre II), Avicenne (980-1037), Albert le Grand (1200-1280) et Thomas d'Aquin(1225-1274) s’intéressèrent aux gemmes gnostiques…
Les alchimistes trouvèrent des rapports entre les
gemmes, les métaux et les planètes.
Selon saint Jérôme, Abraxas correspondrait au nombre mystique et caché de
Mithra dont la somme des lettres, en grec, donne aussi 365.
L’ordre du Temple utilisa les Abraxas : ils portaient l’inscription « SECRETUM TEMPLI ». L'emploi de l'Abraxas n’était nullement l'apanage des seuls
Templiers : son utilisation fut constante durant tout le Moyen Age et répandue au sein des corporations, notamment celles des maîtres maçons et des tailleurs de pierres, de la bourgeoisie et de la noblesse. 4
« Les pierres d'abraxas (ou pierres abraxoïdes) se nomment aussi pierres basilidiennes, parce que la secte gnostique des basilidiens parait surtout en avoir fait usage. On a donné du mot abraxas plusieurs explications ; on le fit venir du persan, de l'hébreu, du grec, du cophte. Des auteurs n'y ont vu qu'une réunion de lettres numériques donnant le nombre 365, nombre sacré. Pour les gnostiques, auxquels il rappelait l'ensemble des manifestations émanées du Dieu suprême, les pierres d'abraxas portent, outre le mot « abraxas », diverses figures fantastiques, têtes de lion, de coq, d'éléphant, de serpent, etc. Quelques-unes présentent les deux lettres a et o, ou le mot « iao », qui désigne la divinité de la religion panthéiste d'Alexandrie. Les pierres d'abraxas sont nombreuses dans les cabinets d'antiques en Europe ; elles proviennent, dit-on, de la Syrie, de l'Egypte et de l'Espagne. Il est probable qu'un grand nombre de ces pierres furent fabriquées au moyen âge pour servir de talismans ou pour être employées dans les opérations, de magie et d'alchimie. » 5
« Spon (Jacob, ndlr) décrit une espèce d'abraxas au revers duquel on voit les sept voyelles combinées de sept façons différentes (…) Sur plusieurs abraxas se trouvent des figures égyptiennes. » (Barthélemy)
« Il est infiniment probable que les abraxas ont servi d'amulettes ou de talismans comme les cylindres persépolitains. » (A. Maury)
 

VALENTIN

Valentin (Valentinius), le fondateur de la seconde école égyptienne du gnosticisme, est qualifié de
platonicien par Tertullien. On ignore s'il avait été élevé dans le sein du christianisme ou de l'ancien culte polythéiste. On le voit succéder à Basilide dès l'an 136, comme représentant des mêmes idées. Ses livres, notamment ses Homélies, ses Épîtres, un Traité de la sagesse, le firent accepter pour chef par les gnostiques d'Alexandrie.
Il est le premier des philosophes de la secte qui ait admis comme inspirés par le même Dieu l'Ancien et le Nouveau Testament ; mais, au fond, il n'admettait les écrits traditionnels du judaïsme et du christianisme qu'extérieurement. En métaphysique, il reprit les théories de Bardesane, négligées par Basilide, son prédécesseur, en les modifiant néanmoins. D'après lui, l'Être suprême était demeuré durant une longue série de siècles dans un repos absolu. Le premier signe de son activité, ou son premier déploiement est la manifestation de sa pensée. Ce déploiement est suivi de plusieurs autres. Un rite mortuaire spécial, appelé chambre nuptiale, célébrait la réunion de l'esprit égaré et de son double céleste.
Valentin avait étudié à Alexandrie, brigué sans succès l'épiscopat et, irrité de son échec, entreprit de former une nouvelle secte. Mêlant la doctrine des idées de Platon et celle des nombres de Pythagore à la théogonie d'Hésiode et à l'Evangile de Jean, le seul qu'il considérait comme authentique, il forma un système qui se rapprochait de celui des gnostiques. Valentin prétendait avoir reçu ses doctrines d’un disciple de Paul. Il eut bientôt en Égypte un grand nombre de partisans.
Vers 140, Valentin décida de venir s'établir à Rome où la liberté de penser était beaucoup moins grande qu'en Égypte, et où d'ailleurs l'orthodoxie chrétienne, qui était en force, s'opposa énergiquement à ses efforts : il fut excommunié deux ans plus tard. Pendant son absence, ses disciples d'Alexandrie se divisèrent en un grand nombre de sectes. Celle des marcosiens s'adressait particulièrement aux femmes et prit en Égypte, un ascendant qui dura plusieurs siècles.
Quand Valentin mourut en 161, après avoir quitté Rome, sa doctrine comptait des adhérents dans la plupart des provinces de l'Orient.
 

LES MARCOSIENS

Le système des marcosiens n'est autre que celui de Valentin, revu et augmenté par son disciple Marc.
Tandis que les valentiniens expliquaient la création par l'émanation de couples (ou syzygies) d'éons procédant successivement du principe premier, les marcosiens, se basant sur ce que la Bible dit que Dieu a créé le monde par sa parole, attribuèrent à la parole même de Dieu, aux mots dont il s'était servi, une faculté créatrice.
Irénée de Lyon nous expose longuement ce système dans son livre Contre les hérétiques. Il nous apprend que les marcosiens, voyant la traduction grecque de la Genèse commencer par les mots « En archê » (au commencement), concluaient que ces mots étaient le principe premier de toutes choses ; et comme les 24 lettres de l'alphabet étaient aussi les signes des nombres, ils établissaient, sur la combinaison des lettres de chaque mot et des nombres qu'elles désignaient, le système de leurs éons et des opérations de ces éons.
Irénée prétend qu'ils admettaient 30 éons ; mais il est plus rationnel de croire d'autres écrivains qui ne leur attribuent que la fabrication de 24 éons, en raison des 24 lettres de l'alphabet grec. Les marcosiens tiraient la confirmation de leur croyance du livre de l'Apocalypse où Jésus est représenté disant : « Je suis l'alpha et l'oméga, le premier et le dernier, le commencement et la fin », et sur quelques autres passages qu'ils travestissaient à plaisir.
De ce pouvoir merveilleux attribué à certains mots, les marcosiens déduisaient la possibilité d'entrer, par la connaissance de ces mots, en communication avec les esprits, de diriger leurs opérations, de partager leur puissance et de faire des miracles avec leur aide.
Le gnosticisme s'alliait donc chez eux, comme chez les derniers néoplatoniciens, à la magie basée sur des rêveries arithmétiques analogues à celles autrefois forgées par les pythagoriciens.
A la théorie, les marcosiens durent joindre la pratique ; il leur fallut des miracles, ils en firent. Marc, par exemple, aurait changé le vin de la communion en sang.
Les Pères de l'Église, fort injustes envers leurs adversaires, font des hérétiques marcosiens le plus hideux portrait, les accusant notamment de pratiquer la magie. Quant aux orgies que Irénée reproche aux marcosiens, elles paraissent d'autant plus invraisemblables que les gnostiques ont constamment affiché une austérité de mœurs excessive et une abstinence farouche.
Les marcosiens avaient certains livres religieux particuliers ; ils admettaient tout l'Ancien Testament et quelques parties du Nouveau. Ils donnaient le baptême avec de l'eau mêlée d'huile et de baume.
Irénée nous dit que cette secte était très répandue en Gaule, surtout sur les bords du Rhône.
 

LES OPHITES OU NAASSENES

L'école des ophites est une dérivation de celle de
Valentin.

Les ophites ou naassènes, étaient les sectateurs du « Serpent » (ophis en grec, naas en hébreu) : il s’agit du serpent de la Genèse, invitant Ève à la connaissance (gnose) du Bien et du Mal, contre le Créateur mauvais, et du serpent d’airain (Nombres, XXI) identifié par Jean (III, 14) au Christ en croix.
Pour les ophites, le dieu des Juifs est le démiurge Yaltabaoth, cause du mal par sa création désastreuse qui mêla la matière à l'étincelle divine ; ce que les livres sacrés des Hébreux appellent la chute est pour eux le moment de la transition de l'ignorance à la connaissance, le passage de l'état d'innocence à une conscience supérieure : voilà pourquoi ils rendaient un culte au serpent, cause de ce progrès, comme à la sagesse incarnée, comme à la source de la gnose.
Celse, le polémiste antichrétien du IIe siècle, vit un diagramme, dessiné par les ophites et représentant la structure de l’Univers sous la forme de cercles concentriques parmi lesquels le monde des âmes : Léviathan.
Des serpents apprivoisés figuraient dans les cérémonies des cultes : ils circulaient sur les tables dressées pour l'eucharistie.
"Le serpent est d’une part lié à la connaissance – c’est lui qui initie Adam et Eve -, d’autre part au plaisir – les ophites, à l’instar d’autres sectes vénérant le même animal, restent persuadés que le serpent a défloré Adam et Eve -, et d’autre part à la révolte contre le mauvais dieu de la Genèse, qui l’a empêché de mener à bien son entreprise de révélation des mystères divins auprès du premier homme et de la première femme. Le mythe du serpent n’est pas nouveau : il existe dans la tradition hébraïque. Il est associé à Jésus par les ophites, qui voient en lui le salut, et un salut possible par le biais de l’orgasme. C’est ainsi qu’une partie de la secte des ophites opte pour la licence, tandis qu’une autre lui préfère l’ascétisme (…) Le serpent symbolise aussi le devenir de l’univers : enroulé sur lui-même, il se mord la queue : l’Un va au Tout qui va à l’Un en un cycle éternel (…)" 6
Hippolyte (+235) lutta contre l’hérésie des ophites.

En 428/429, à la demande du diacre Quodvultdeus,
Augustin dressa la liste des hérétiques dans De Haeresibus (Des Hérésies) dans laquelle il fit mention des ophites, caïnites, séthianiens ou séthiens, archontices ou archonticiens, qui tirent leur nom des principautés ou archontes, anges auxquels ils attribuent la création de l'univers.

Les ophites se divisèrent en plusieurs communautés, les plus connues étant celles des caïnites, des séthiens (ou séthianiens), des pérates et des phibionites :

- Les Caïnites ou Caïnistes

Les caïnites ou caïnistes apparus vers l'an 159, vénéraient Caïn et les Sodomites, et possédaient un Evangile de Judas dans lequel ce dernier était présenté comme un initié ayant trahi Jésus, à sa demande, pour assurer la rédemption de l'humanité.
Le 2ème évêque de Lyon, Irénée (+ 208) dénonça cet évangile comme hérétique : « Ils (les caïnites) déclarent que Judas le traître était bien avisé de ces choses, et que lui seul, connaissant la vérité comme aucun autre, a accompli le mystère de la trahison. Ils ont produit une histoire fictive de ce genre, qu’ils ont appelé « l'évangile de Judas » 7.
Epiphane de Salamine (+ 402/403) combattit également cet écrit hérétique.
Une copie de la version plus ancienne rédigée en grec, a été découverte par un paysan près d’El Minya dans le désert égyptien en 1978. Elle fait partie d'un papyrus d'une soixantaine de feuillets (entre 62 et 66 suivant les sources) appelé Codex de Tchacos, qui contient également 2 autres textes apocryphes : l'Épître de Pierre à Philippe et la Première Apocalypse de Jacques.
L’Evangile de Judas, écrit en copte dialectal (sahidique), restauré et traduit par Rodolphe Kasser, ancien professeur de coptologie à l'université de Genève, et publié à Washington le 5 avril 2006 par la revue américaine The National Geographic, a été authentifié comme datant du IIIe siècle ou du début du IVe.
Les caïnites avaient pour Judas ["celui qui volait dans la bourse" (Jean 12,6) et "dans lequel Satan entra" (Jean 13,21-27)] une vénération particulière et le louaient comme un homme admirable : le plus illustre des fils de Caïn.
Ils désiraient réhabiliter Caïn, si maltraité dans le Pentateuque, et donnaient la législation judaïque pour l'œuvre du Dieu du mal, ce Yahvé, rempli d'ignorance et d'orgueil, qui avait crée le ciel et la Terre.
Selon les conceptions gnostiques, le créateur, le démiurge, est un dieu mauvais, le malin, responsable de toutes les imperfections du monde.
Pour les caïnites, Judas seul savait le mystère de la création des hommes et c'est pour cela qu'il avait livré le Christ à ses ennemis. Par là il avait rendu un grand service à l'humanité, car le Christ voulait réconcilier les hommes avec le Dieu créateur, alors qu'il fallait, au contraire, envenimer la haine des hommes contre celui-ci. La mort de Jésus devant procurer de grands biens au monde, Judas avait fait une bonne action en la précipitant.
Ce qui vient en premier dans cet évangile, c'est la critique de « l'action de grâces au dessus du pain », telle que les disciples la pratiquent. Ensuite, Judas dit à Jésus : « Je sais qui tu es et d'où tu viens : du Royaume immortel de Barbélo. Je ne suis pas digne de prononcer le nom de celui qui t'a envoyé » (Barbélo, dans la tradition gnostique, est l'aspect féminin de la Divinité et serait à l'origine du malheur dans ce monde parce qu’ayant créé le dieu mauvais ; Barbélo se serait repenti, après quoi Dieu aurait envoyé le Christ sur Terre pour sauver l'humanité). Puis, Jésus dit à Judas : « Tu surpasseras tous les autres, car tu sacrifieras l'homme qui me sert d'habit ». Il lui annonce qu'il sera le treizième disciple, qu'il sera maudit à travers les générations et qu'il viendra régner sur elles. Alors, « Les grands prêtres s'approchèrent de Judas et lui demandèrent : « Que fais-tu ici, toi, le disciple de Jésus ? Judas leur donna la réponse qu'ils souhaitaient. Et il reçut de l'argent et il leur livra. ». A la fin, le titre apparaît : Évangile de Judas. 8

Source : http://compilhistoire.pagesperso-orange.fr/gnosticisme.htm

 

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Published by Jean-Paul Coudeyrette - dans Gnose
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