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27 mars 2013 3 27 /03 /mars /2013 06:34

Il existe en Israël de nombreuses sectes, dont les Nazoréens mal connus, (gardiens ?). Au 1er siècle apparaissent les Zélotes, extrémistes théocrates dont l’action terroriste provoqua la destruction de Jérusalem par Titus. D’autres courants plus modérés sont bien connus. C’est Flavius Josèphe qui parle le premier des différents groupes actifs en Judée, dans l’environnement pré-chrétien. L’historien juif les présente comme des écoles philosophiques analogues à celles des Grecs. Mais ici, les positions religieuses et politiques sont toujours liées. Les divers partis religieux se combattent farouchement et associent l’action politique énergique pour la conquête du pouvoir avec un ardent militantisme pour imposer leurs conceptions spiritualistes.

Les Saducéens sont les représentants de l’aristocratie sacerdotale. Privilégiés, fortunés et très conservateurs, ils détiennent l’essentiel du pouvoir. Attachés au strict Judaïsme traditionnel et pratiquant un ritualisme rigoureux, ils refusent toutes les innovations populaires et les croyances nouvelles, telles les promesses de fin du monde, la foi en la résurrection, la hiérarchie angélologique.

Les Pharisiens sont d’origines plus simples, petits propriétaires, artisans et ouvriers, bien plus proches du peuple dont ils reflètent les aspirations religieuses. Ils contestent les privilèges du clergé et lui opposent leurs rabbins, ou sages, qui militent pour une application plus mesurée et plus humaine de la Loi. Quoique Jésus soit probablement issu de ce milieu, ils ont été sévèrement critiqués par les Evangiles car ils faisaient étalage de leurs vertus.

  • Sous les Romains, la royauté est abolie. Un pontife pharisien règne au Temple, et le parti détient le monopole des interprétations juridiques permettant l’application concrète de la Loi.

Les Esséniens constituent la troisième école. Mal connue, elle mérite qu’on lui accorde un peu d’attention. Son importance a été confirmée par la découverte des Manuscrits de la Mer Morte, en 1947, dans des grottes du désert de Judée, à proximité de Khirbet Qumrän, où l’on a également retrouvé les ruines d’un grand monastère essénien. Les manuscrits et les ruines de Qumrän authentifient différents textes considérés jusque là comme apocryphes. Ils permettent d’identifier un groupe bien séparé du reste la société judaïque du ~1er siècle, c’est-à-dire une véritable secte.

L’ordre essénien forme une véritable communauté monachique pratiquant le noviciat, le célibat, la mise en commun des biens, la charité fraternelle, une discipline austère, et le strict respect de la Loi de Moïse. Les infractions sont sanctionnées par l’exclusion. Les Esséniens se disent détenteurs de révélations secrètes ésotériques et de la connaissance du temps, et ils ont un calendrier particulier, beaucoup plus précis que celui des Juifs. Leur pensée semble avoir été influencée par les Grecs et les Iraniens dualistes. Ils ont une angélologie très foisonnante. Ils croient que le monde est l’objet de l’affrontement de deux groupes de puissances invisibles, les Esprits de Lumière, l’armée de Dieu, et les Esprits des Ténèbres commandés par Bélial.

Les Esséniens se considèrent comme la communauté mère autour de laquelle le Peuple de Dieu doit s’organiser pour préparer la victoire de la lumière sur les ténèbres et l’établissement du Royaume. En ces temps prochains, les douze tribus adopteront la doctrine et constitueront une grande communauté essénienne. La guerre apocalyptique finale opposera Israël aux fils de perdition promis à la destruction. Au début du ~1er siècle, un prêtre essénien, le Maître de Justice, aurait rédigé la Règle réorganisant la communauté ainsi que divers autres textes, puis aurait été supplicié et tué par un prêtre du Temple, (Hyrcan II), avant la prise de Jérusalem par les Romains, en ~63. Son exécution fut suivie de persécutions. Les Esséniens prétendent que la profanation du Temple est la punition infligée par Dieu pour toutes ces exactions. Cela renforce leurs attentes d’un prophète, et d’un messie-roi suivi d’un messie-prêtre avant les temps eschatologiques d’un Fils d’Homme et la fin du Monde. Or, précisément, comme celle des Esséniens, la doctrine du Christianisme originel est essentiellement eschatologique. Comme beaucoup d’Hébreux, les nouveaux Chrétiens croient alors que la fin du Monde est imminente. Le Salut approche, le Mal sera vaincu, et le royaume de Dieu va être fondé. Un nouveau ciel et une nouvelle terre seront créés, et la nouvelle Jérusalem céleste, apparaîtra, descendant des cieux. Très logiquement, les Chrétiens se disent donc étrangers ici-bas, dans le Monde, mais ils ont redoutable attitude intolérante.

Nous avons vu combien les peuples de l’Antiquité étaient tolérants, considérant qu’aucune tradition religieuse ne pouvait prétendre posséder seule la vérité révélée peu à peu par les dieux.

Celle-ci est révélée par les dieux. Elle se répand dans l’humanité sous différentes formes.
Chaque peuple, chaque culte porte une part des secrets divins.

Pour comprendre, ce qui ne signifie pas accepter, l’intolérance, l’intransigeance, voire le fanatisme qui ont ultérieurement marqué la marche triomphante du Christianisme, il faut absolument revenir sur les particularités de la religion hébraïque dont il est issu. Elles ont d’ailleurs été largement exposées au précédent chapitre.

Cette religion repose sur l’affirmation de l’identité particulière de la nation d’Israël. Les Hébreux sont un peuple saint, choisi entre tous, donc meilleur que les autres. Leur dieu vivant se tient présent en permanence, au sein de la communauté, au cœur de l’Arche d’Alliance. Cette alliance privilégiée avec le Dieu créateur est l’expression religieuse de la souveraineté nationale. En tant que peuple choisi par l’autorité du seul dieu souverain, les Hébreux ne sont aucunement soumis aux autorités terrestres.

Leur unique loi est le Décalogue, la règle dictée à ses vassaux par le suzerain YHWH, créateur du Monde. Ils en sont les dépositaires exclusifs. La loi concerne tous les domaines et tous les détails de la vie religieuse et sociale. L’obéissance est obligatoire. Les obligations incontournables comportent la circoncision des jeunes garçons, répandue chez tous les Sémites, le sabbat, repos hebdomadaire rigoureux, et de nombreux tabous divers, notamment alimentaires. La pratique des autres cultes est interdite. Israël ne peut servir qu’un dieu car YHWH, le Vivant, est un dieu jaloux. Par ailleurs, comme les Amorrites, les Hébreux attachent une grande importance aux paroles extatiques prononcées par les prophètes, et les considèrent inspirées par Dieu lui-même. Issus d’Israël dont ils ne sont pas encore séparés, les Paléochrétiens maintiennent ces traditions hébraïques. Ils prétendent demeurer ce peuple élu parmi tous les autres et ils attendent aussi la fin prochaine du Monde. Et, comme les Esséniens, leurs probables précurseurs, ils se veulent chargés d’une mission sacrée, faire de leur propre Dieu le seul Dieu universel.

Bien évidemment, cela provoque l’incompréhension puis l’hostilité générale lorsque le Christianisme commence à se répandre dans la Gentilité. Dans notre culture traditionnelle, les fidèles des autres cultes sont généralement appelés païens, (mot de mépris désignant des paysans). Ce terme est tellement chargé de connotations péjoratives imméritées, qu’il ne permet plus d’en parler sereinement. Je les appellerai donc les Gentils, ancien terme désignant les étrangers, ceux qui ont une autre religion que le Judaïsme, le Christianisme, ou l’Islamisme. L’hostilité moqueuse des Gentils face à la prétention intransigeante des Paléochrétiens va croître en proportion du développement du Christianisme. Nous voyons qu’elle est déjà assez acerbe au cours du 2ème siècle dans le discours ironique que Celse prête aux Chrétiens dans sa Polémique anti-chrétienne.

Nous sommes ceux à qui Dieu révèle et prédit tout. C’est pour nous seuls qu’il gouverne..
négligeant l’univers et le cours des astres..C’est pour nous seuls que tout a été fait
et est organisé pour nous servir.

A l’origine du Christianisme, il y a initialement une simple secte hébraïque, parmi les autres. Son activité ne concerne apparemment qu’Israël, et non pas la Gentilité. Je n’ai été envoyé qu’aux tribus perdues de la maison d’Israël. (Matthieu, 15,24).

Dans le désert de Judée, un personnage messianique prêche alors à tous les Juifs, quels qu’ils soient, la repentance en vue du tout prochain Jugement dernier. Il purifie les repentis dans le Jourdain par un bain qui est aussi un baptême de pardon. L’annonce eschatologique est habituelle, mais l’extension du salut aux pécheurs ordinaires, au commun coupable du petit peuple, est particulièrement novatrice et surprenante compte tenu des origines esséniennes de Jean le Baptiste. Jésus témoigne, par son propre baptême, de son adhésion à ces idées nouvelles, affirmant aussi qu’il rompt avec son milieu habituel, probablement pharisien.

Tu aimeras le Seigneur ton Dieu, de tout ton cœur, de toute ton âme et de toute ta pensée.
C’est le premier et le plus grand des commandements. Et voici le second qui lui est semblable.
Tu aimeras ton prochain comme toi-même. De ces deux commandements dépendent
toute la loi et les Prophètes.

(Matthieu, 22, 36).

C’est sur la base de la grâce divine offerte aux pécheurs repentants qu’il entreprend sa prédication personnelle. Celle-ci est révolutionnaire sur plusieurs plans. Elle affirme non pas l’imminence eschatologique de l’instauration matérielle du Royaume de Dieu, mais bien sa présence actuelle et permanente dans le cœur des hommes. Elle réduit les rigoureuses et tatillonnes exigences de la Loi hébraïque à la seule obligation de l’amour de Dieu et du prochain. A tous, elle offre immédiatement la grâce divine et la paix de l’âme. Bien évidemment cette provocation attire sur Jésus l’hostilité et la haine des éminences sacerdotales. Elle le conduit finalement à la crucifixion avec la participation des autorités romaines. Le groupe des disciples proclame alors sa résurrection puis réduit son activité publique à la seule ville de Jérusalem, se repliant dans une communauté semi-monastique pour approfondir sa doctrine messianique dans le cadre de la religion hébraïque.

Nous avons vu que de nombreux Juifs vivent hors de Palestine, dans tout le Bassin oriental de la Méditerranée, tout particulièrement en Egypte et à Alexandrie. Quoique imprégnés de culture grecque, ils reviennent souvent vers Israël. Certains disciples proviennent de ces colonies. Ces hellénistes désirent répandre activement les idées de la communauté, rejetant toute prudence à l’égard du terrorisme zélote. Inquiet, le groupe de Jérusalem, se constituant en Eglise, finit par les exclure et ils s’en vont fonder ailleurs les diverses églises missionnaires dont témoignent les Épîtres, en Samarie, en Phénicie, en Syrie, ou à Chypre.

Ces missions connaissent une extension considérable au sein de la diaspora israélite. Elle nécessite la mise en place d’un coordinateur intelligent et efficace qui est trouvé en la personne de Saül de Tarse (Paul). Converti à la suite du martyre d’Etienne par les Zélotes, il réussit à faire admettre, à Jérusalem, que les Gentils pouvaient devenir chrétiens sans passer préalablement par le Judaïsme et la circoncision. L’apport de Paul au Christianisme est vraiment immense. Il l’a hellénisé et organisé, en mettant en place des structures efficaces d’évêques et de presbytres et en créant des sacrements. Il l’a surtout profondément transformé en y introduisant la notion du rachat collectif des hommes par la mort de Jésus, un salut offert par la seule grâce de Dieu, non plus en récompense du mérite individuel des fidèles. Son action a été décisive pour assurer le succès et la rapide extension de cette religion de salut universel, facile à comprendre, agréable à pratiquer, qu’il a rendue accessible aux hommes de toutes les nations.

La révolte zélote de 66 entraîne la destruction de Jérusalem, la démolition du Temple, et une effroyable répression. L’état d’Israël cesse d’exister et la communauté hébraïque se raidit, se rassemblant autour des rabbins de Jamia. Tout rapprochement avec le Judaïsme devient impossible. Comme les Juifs, les Chrétiens refusent de sacrifier au culte impérial, bravant l’autorité civile, ce qui provoque quelques persécutions. La nouvelle religion se sépare complètement de l’ancienne. Elle élabore ses propres rites et cérémonies en empruntant beaucoup aux cultes à mystères auxquels elle aurait pu joindre sa lumière. Mais, persuadée de l’importance de sa mission sacrée, elle va affronter les autres croyances et travailler fanatiquement à leur totale élimination.

L’Empire entre les mains.

En 325, pour régler les querelles qui empoisonnent les relations des églises, Constantin convoque le concile œcuménique de Nicée. Appropriant le pouvoir doctrinal et les structures sacerdotales, il déclare que le Christianisme est la religion de l’Etat. Mais le véritable instaurateur du Christianisme autoritaire est l’empereur Théodose. La conversion des empereurs donne à l’intransigeance chrétienne l’appareil du pouvoir et ses terribles moyens de coercition. Elle s’en sert durement. En 382, l’autel de la Victoire, symbole de la religion romaine, est enlevé du Sénat malgré les protestations de Symmaque, le Préfet de Rome.

Nous réclamons le respect pour les dieux de nos pères, les dieux de notre patrie. Il est juste de croire que tous les hommes adorent le même Un. Car nous regardons les mêmes étoiles,
le même ciel nous recouvre, le même univers nous entoure. Qu’importe le moyen par lequel chacun de nous atteint la vérité. On ne peut parvenir par une seule voie à un si grand mystère.

En 391, tous les cultes traditionnels des Gentils sont interdits dans l’Empire, les flambeaux s’éteignent et les temples sont détruits. Et, en 435, il devient obligatoire d’être chrétien, sous peine de mort.

Le doux prophète galiléen prêchait la liberté, la tolérance, le salut par la seule grâce et l’amour de Dieu et des hommes. Le destin de la religion fondée en son nom fut d’établir impitoyablement sur les structures romaines, l’empire d’un Dieu jaloux, à l’image du vieux Dieu biblique, forçant la conversion, par le fer et le feu, le viol des consciences et la torture, la prison et les bûchers. Derrière nos blanches cathédrales, cette ombre obscure, hélas, demeure. Dans le paganisme, nous dit J.J.Rousseau, où chaque état avait son culte et ses dieux, il n’y avait pas de guerres de religions.

En charge institutionnelle du contrôle de la justesse des actes et des consciences jusqu’à la tête de l’Empire, le Christianisme monte en puissance. Il se heurte vite au pouvoir, excommuniant Théodose, (qui n’est pas un saint et a fait massacrer de nombreux prisonniers), obtenant même de lui une pénitence publique en 390. Après la soumission spectaculaire du puissant empereur de Rome, plus rien ne peut arrêter l’Eglise. Au cours des siècles suivants, après l’interdiction des cultes traditionnels et la destruction des temples, le Christianisme s’attache à effacer progressivement et méticuleusement toutes leurs traces. Il construit ses sanctuaires dans les lieux consacrés, sur les monuments religieux et les ruines des temples détruits. Il plaque ses fêtes votives sur les vieilles célébrations des cieux et des saisons et superpose ses propres symboles aux anciennes évocations des dieux. Il impose à tous ses propres rites initiatiques et interdit la magie.

La magie tente le lier le ciel avec des moyens de la Terre. Sans bien percevoir que ses propres pratiques sont aussi des rites magiques, le Christianisme combat très vigoureusement, dés sa fondation, la divination et la magie et, bien au-delà d’elles, toutes les philosophies et religions orientales d’Egypte, d’Etrurie, d’Inde, de Perse, de Grèce, ou d’ailleurs, qui exercent les formes traditionnelles de culte et d’enseignement. On pratique alors couramment des sacrifices magiques et des rites de théurgie, on évoque les dieux et les esprits des morts, on utilise des moyens divers de divination (mantique). On observe chez l’individu, la présence de démons personnels, (du corps, de l’âme, de l’intellect). Ainsi désigne-t-on les phénomènes ou pulsions présents dans la psyché humaine. On croit aussi que le destin des hommes est une fatalité fixée à la naissance, inscrite dans le zodiaque et les planètes, lesquelles sont les manifestations visibles ou les corps physiques des dieux. L’astrologie permet donc de prévoir ce destin.

  • Voici ce que nous disait Kafka de la magie. Il est parfaitement concevable que la splendeur de la vie se tienne prête à coté de chaque être et toujours dans sa plénitude, mais qu’elle soit voilée, enfouie dans les profondeurs, invisible, lointaine. Elle est pourtant là, ni hostile, ni malveillante, ni sourde. Qu’on l’invoque par le mot juste, par son nom juste, et elle vient. C’est là l’essence de la magie, qui ne crée pas mais invoque.

En ce qui concerne la magie, les anciens exerçaient surtout la magie maléfique, l’anathème, le mauvais sort jeté sur l’ennemi. Religion et magie étaient souvent confondues. Le Christianisme les a séparés. Mais les civilisations pré-chrétiennes de la Gentilité ne se laissent pas effacer sans réagir. Les cultures, les philosophies mystiques, les pratiques cultuelles et les mythes en usage se défendent âprement. Malgré les risques graves, les philosophes et les penseurs récupèrent les principes spiritualistes et cultuels de la sagesse antique, menacés de disparition. Les traditions rivales du Christianisme, sont bâties sur des reformulations syncrétiques d’héritages issus des enseignements de la philosophie grecque, (surtout néo-platonicienne), de l’Hermétisme récent, et sur les fondements des cultes égyptiens et assyro-babylonniens parfois associés au dualisme iranien. Nous allons maintenant nous pencher un peu sur les écoles syncrétiques issues des traditions néo-platoniciennes gréco-romaines et égyptiennes. Les divers aspects liés à l’Hermétisme et aux religions gnostiques seront développés le prochain chapitre.

La tolérance doit tolérer l’intolérance, afin de demeurer.

Plotin et le Néo-Platonicisme.

 Le Néo-Platonicisme est une doctrine philosophique à orientation mystique, fondée par Ammonius Saccas. Produit de la rencontre des civilisations grecques et orientales, elle apparaît à Alexandrie puis s’étend jusqu’à Rome, entre le 2ème et le 5ème siècle. Les Néo-Platoniciens transforment la philosophie rationalisante en une véritable science théologique. Avec Plotin, dans sa forme romaine, la doctrine est établie sur les fondements de plusieurs théories associées.

  • Une théorie de l’être. Toutes choses émanent du Un, (Bien ou Intelligence universelle), par dégradations successives, et l’Etre se manifeste par trois hypostases, Un, Intelligence, et Âme.
  • Une théorie du salut. Par la conversion ou mouvement de retour vers le Un, l’âme individuelle peut retrouver l’unité originelle jusqu’à se fondre en elle.

Chez les Néo-Platoniciens, la religion devient une démarche individuelle tout intérieure. Ils renoncent aux justifications philosophiques et métaphysiques excessivement rationalisantes des croyances. Ils abandonnent aussi les pratiques religieuses qui sont considérées comme des artifices que le culte utilise pour asservir les fidèles en influençant leur imagination (surtout chez les Romains). Chez Plotin, la prière est avant tout une démarche intellectuelle, un puissant effort volontaire de l’intelligence pour élever l’homme au niveau du divin. Dans l’œuvre de Platon, ils s’intéressent surtout au Parménide, et c’est pourquoi je vous ai donné un aperçu de cet ouvrage dans le précédent chapitre.

Cette transformation de la philosophie en science théologique se traduit par deux attitudes. La première est celle d’un syncrétisme poussé. Les Néo-Platoniciens tendent à réunir toutes les traditions humaines accessibles, de quelque nature qu’elles soient, littéraires, musicales, mythiques, cultuelles, ou philosophiques. Ils les reconnaissent comme des analogies relatives aux manifestations variées des mêmes dieux. Ils les combinent et les utilisent donc en tant que matériaux pour la construction de l’édifice théologique qu’ils proposent. La seconde est une démarche de mise en ordre, une tentative de hiérarchisation chronologique visant à attribuer à chaque divinité identifiée une place exacte dans l’histoire et dans le rang au sein du panthéon syncrétique reconstruit.

  • Les mythes, s’ils sont vraiment des mythes, doivent séparer dans le temps les circonstances du récit et distinguer bien souvent les uns des autres des êtres qui sont confondus et ne se distinguent que par leur rang ou par leurs puissances.

Les mythes, disent-ils, recèlent toute la structure de la réalité du monde, laquelle englobe le monde sensible et les dieux. Cherchant à révéler les secrets immanents qu’ils recouvrent, les Néo-Platoniciens vont établir quatre catégories de mythes, théologique, physiques, psychologiques, et matériels. Concernant ces derniers, ils recherchent dans les corps les traces laissées par leur origine divine. Puis ils tenteront d’établir des pratiques de magie sympathiques permettant de remonter jusqu’aux dieux. Mais ils s’intéressent surtout à l’interprétation des mythes théologiques.

  • Puisque, en principe, nous dit Proclus, toutes choses dérivent et de l’Un et de la Dyade postérieure à l’Un, et sont de quelque manière mutuellement unies, mais ont aussi une nature antithétique, comme il y a une sorte d’antithèse entre le Même et l’Autre, le Mouvement et le Repos, et que toutes les réalités du monde participent à ce genre, on ne saurait que bien faire en considérant l’opposition qui pénètre tout le réel. (Ceci est une façon un peu compliquée de nous prier d’admettre que c’est l’opposition des contraires qui assure l’équilibre de ce monde).

A mesure que progresse la christianisation des structures politiques et administratives, la pratique des cultes antiques devient dangereuse et plus clandestine. Leurs derniers adeptes la pratiquent en petites communautés avec beaucoup de piété. Ils la transforment en une démarche religieuse de plus en plus spiritualiste et mystique. Les manifestations publiques et les sacrifices sanglants sont remplacés par des petites cérémonies cultuelles quotidiennes et privées. Elles comportent des prières et des pieuses allocutions, on y brûle de l’encens et on y chante des hymnes qui sont réputés inspirés par les dieux. Les métaphysiciens mystiques néo-platoniciens ont composé un grand nombre de très beaux hymnes dont la plupart ont été systématiquement détruits. Voici, par exemple, un hymne composé par Ploclus, ou Procklos, un Néo-Platonicien grec né en 412, déjà cité plus haut pour son discours sur la structure dialectique du monde.

Ecoute-moi, ô Athéna,
toi dont le visage rayonne une pure lumière.
Conduit à bon port l’errant que je suis sur la Terre.
En récompense de mes saints hymnes en ton honneur,
donne à mon âme lumière pure, amour et sagesse.
Par ton amour, insuffle à mon âme assez de force
et d’une telle vertu qu’elle se retire des creux de la Terre
et remonte à l’Olympe vers la demeure du Père.
Aie pitié de moi, Déesse aux doux conseils,
parce que je me flatte d’être à toi,
ô Salvatrice des mortels, ne permet pas que,
gisant à terre, je tombe en proie et en butin
aux mains des Punisseuses
qui me font frissonner.

Jamblique, témoin de la tradition païenne.

 Jamblique est un philosophe néo-platonicien, né en Syrie vers l’an 250. Il se fixe d’abord à Alexandrie, et il y réside environ vingt ans, puis il retourne en Syrie et fonde une école à Apamée. Initié aux doctrines ésotériques des Egyptiens et des Chaldéens, il pratique le Néo-Platonicisme syrien comme la vraie religion, en l’opposant au Christianisme. Il considère que tous les Chrétiens sont des athées. Il meurt en 330. Les textes cités ci-après sont extraits de la réponse d’un néo-platonicien syrien traditionnel, (égyptien), à la lettre d’un romain rénovateur rationaliste. La forme littéraire établie comme une réponse à une lettre est commune à l’époque.

  NR. J’ai parfois tronçonné les phrases pour faciliter la lecture, lorsqu’elles étaient trop longues ou alambiquées, mais je n’ai pas modifié le vocabulaire. Quelques courtes explications sont entre parenthèses. Les rappels du texte de Porphyre sont en italique, ceux de Jamblique sont droits.

Réponse à une lettre de Porphyre, ardent disciple de Plotin, questionnant Anébon, disciple de Jamblique, au sujet des contradictions et des absurdités qu’il constate dans les traditions des Assyriens et Chaldéens, par rapport au Néo-Platonicisme rationalisant romain et à l’apparition d’une religion toute intérieure. Jamblique répond, sous le pseudonyme de Maître Abammon, pour défendre les traditions et les pratiques des Egyptiens, (Les références à l’astrologie, aux sacrifices et aux méthodes de divination ne sont pas reprises dans cet extrait).

1 - Tu as l’air de croire que " la même connaissance vaut pour les choses divines et pour les autres, quelles qu’elles soient, et que les contraires fournissent le membre opposé, comme c’est l’ordinaire dans les problèmes dialectiques ". En réalité, ce n’est pas du tout pareil. La connaissance des dieux est à part, séparée de toute opposition. Elle ne consiste pas dans le fait qu’on la concède maintenant ou qu’elle prend naissance. De toute éternité, elle coexistait dans l’âme en une forme unique.

2 - Conçois donc comme du limon tout le corporel, le matériel, l’élément nourricier et générateur, ou toutes les espèces matérielles de la nature qu’emportent les flots agités de la matière, tout ce qui reçoit le fleuve du devenir et retombe avec lui, ou la cause primordiale, (préalablement installée en guise de fondement), des éléments et de toutes leurs puissances. Sur ces bases, le Dieu auteur du devenir, de la nature entière, de toutes les puissances élémentaires, lui qui est supérieur à celles-ci et s’est révélé dans sa totalité sorti de lui-même et rentré en lui-même, immatériel, incorporel, surnaturel, inengendré, indivis, préside à tout cela et enveloppe en lui-même l’ensemble des êtres. Et parce qu’il a tout embrasé et se communique à tous les êtres du monde, il est apparu sortant d’eux. Parce qu’il est supérieur à tout et souverainement simple en lui-même, il apparaît comme séparé, transcendant, sublime, éminent de simplicité, en lui-même au-dessus des puissances et des éléments cosmiques.

3 - Avant les êtres véritables et les principes universels il y a un Dieu qui est l’Un, le Tout Premier même par rapport au Dieu et Roi premier. Il demeure immobile dans la solitude de sa singularité. Aucun intelligible, en effet, ne s’enlace à lui, ni rien d’autre. Il est établi comme modèle du Dieu qui est à soi-même un père et un fils, et est le Père unique du vrai Bien, car il est le plus grand, premier, source de tout, base des êtres qui sont les premières Idées intelligibles. A partir de ce Dieu Un se diffuse le Dieu qui se suffit, c’est pourquoi il est à soi-même un père et un principe car il est principe et dieu des dieux, monade issue de l’un, antérieure à l’essence et principe de celle-ci. De ce deuxième dieu, en effet, dérivent la substantialité et l’essence, aussi est-il appelé le père de l’essence, car il est l’être par antériorité à l’être, principe des intelligibles, aussi le nomme-t-on Premier Intelligible.

4 - Tu dis maintenant que " La plupart des Egyptiens font dépendre notre libre arbitre du mouvement des astres ". Ce qu’il en est, il faut te l’expliquer plus longuement, en recourant aux conceptions hermétiques. D’après ces écrits, l’homme a deux âmes. L’une est issue du Premier Intelligible, et elle participe aussi à la puissance du démiurge. L’autre est introduite en nous à partir de la révolution des corps célestes. C’est en celle-ci que se glisse l’âme qui voit Dieu, (la précédente). Les choses étant ainsi, celle qui descend des mondes, (... célestes, la fatalité inscrite dans le Zodiaque), en nous, accompagne la révolution de ces mondes, tandis que l’âme issue de l’Intelligible, présente en nous selon le mode propre à l’intelligible, est supérieure au cycle des naissances. C’est par elle que, délivrés de la fatalité, nous remontons vers les dieux intelligibles. (...).

5 - Mais tout dans la nature n’est pas non plus lié à la fatalité. Il est un autre principe de l’âme, supérieur à toute nature et à toute connaissance, selon lequel nous pouvons nous unir aux dieux, nous tenir au-dessus de l’ordre cosmique et participer à la vie éternelle et aux activités des dieux supra-célestes. Selon ce principe, nous sommes capables de nous libérer nous-mêmes. En effet, quand agissent les meilleures parties de nous-mêmes et que l’âme s’élève vers les êtres supérieurs, elle se détache des parties inférieures. A la place de sa vie elle acquiert une vie nouvelle et se donne à un autre ordre, en abandonnant complètement le précédent. (...). Dés leur première descente, Dieu a envoyé les âmes dans l’intention qu’elles retournent à lui. Il n’y a donc pas de changement par suite d’une telle élévation, ni de conflit entre les descentes et les remontées des âmes. De même, en effet, que dans le tout, le devenir et cet univers-ci dépendent de l’essence intellective, de même, dans l’ordre des âmes, leur souci du monde créé s’accorde avec la libération du devenir.

Nous avons vu que la tolérance était très large au sein de la Gentilité, et que les mentalités avaient beaucoup évolué. On constate bien, dans ces derniers exposés, à quel point les multiples divinités étaient considérées comme les manifestations diversifiées d’une grande divinité universelle. Les extraits choisis ci-dessus montrent aussi que la pensée néo-platonicienne égyptienne ou syrienne, quoique restées très conformiste vis-à-vis de la religion égyptienne antique, avait atteint un très haut degré de cérébralité et de mysticisme. Il en était d’ailleurs de même en ce qui concernait le Néo-Platonicisme romain et les autres doctrines en compétition à l’époque. Elles étaient devenues admirables sur le plan intellectuel, mais fort complexes, hors de portée pour le petit peuple commun.

La religion chrétienne, relativement simpliste enseigne qu’un envoyé divin réalise le salut universel par la seule grâce divine (et par le moyen d’un rachat lié à au sacrifice rituel du Fils de Dieu). L’obtention du salut est plus facile puisqu’il est collectif et extérieur au mérite personnel des hommes. Sur ces bases comparatives, et en y ajoutant l’effet de la mise en œuvre de la puissance de l’appareil impérial, on comprend mieux qu’elle se soit rapidement et largement développée.

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