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27 juillet 2013 6 27 /07 /juillet /2013 07:50

Dans le sens commun, la voûte désigne un ouvrage de maçonnerie cintré entre deux appuis. Par extension, elle désigne aussi une figure géométrique, qu’elle soit plane, en forme d’arc, dans un espace à deux dimensions, ou en coupole, en forme de dôme, dans un espace à trois dimensions. Dans un espace à deux dimensions, elle est constituée par la coupe opérée au sommet du dôme. On voit là, déjà, la référence à un symbole familier au 1er grade : celui du compas, qui permet de tracer d’abord la base du dôme, puis, en élévations, les coupes innombrables passant par le sommet du dôme, pour finir par former la coupole. Le symbolisme de la voûte apparaît donc très fort en maçonnerie. La maçonnerie reprend là un symbole lui aussi très fort dans les religions humaines. Dès l’origine des temps, la contemplation du ciel étoilé d’une nuit sans nuages a conduit l’homme à s’interroger sur lui-même et sur sa place dans l’univers. Dès que son évolution a donné à son cerveau l’accès à l’abstraction et l’a fait passer de l’état de primate animal à celui d’être doué de conscience, la vision de l’immensité étoilée l’a porté à se demander : d’où venons-nous ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Comment suis-je ici et, surtout, pourquoi suis-je ici ?

C’est l’observation du firmament qui a conduit l’être doué de conscience à donner les premières réponses à ses interrogations. Admiratif et effrayé par sa splendeur et son immensité, il y a projeté ses questions et cherché les réponses à ses préoccupations infiniment petites dans cet infiniment grand. Selon Ligou, la voûte se confond vraisemblablement avec le symbolisme de la caverne. Dans l’histoire des civilisations, la caverne a toujours joué un rôle mystique important. Elle a été le lieu privilégié où l’être humain cherchait à entrer en relation avec le divin. Dans l’Antiquité, la pythie de l’oracle de Delphes rendait ses prédictions dans une grotte. Dans l’Antiquité toujours, c’est une caverne que Platon a choisie dans son fameux mythe. Aux débuts de la chrétienté, les fidèles se réunissaient dans des catacombes. Au moyen âge, de nombreux ermites se retiraient du monde et s’installaient dans des grottes pour s’y recueillir. Plus près de nous, c’est dans une grotte que les apparitions de Lourdes ont eu lieu et que se rendent aujourd’hui les pèlerins. La multitude des religions et croyances montre que l’imagination humaine n’a connu dans ce domaine aucune limite. Dans cet inaccessible qu’était l’immensité de l’univers, il y a tout imaginé, cherchant des oracles dans le mouvement des corps célestes, vénérant certains d’entre eux. Il a tout imaginé et les croyances et religions qui se réfèrent au firmament sont aussi nombreuses que les astres qui le décorent. Toutes ces croyances et religions ont cependant un dénominateur commun dans cette observation de l’inaccessible. Elles conduisent l’être humain à concevoir, avec des degrés d’abstraction variables, une séparation entre le matériel et l’immatériel, entre l’humain et le divin. La voûte céleste est ainsi la séparation entre les ténèbres de la terre, où se trouvent plongés les profanes, et la lumière du divin, dont elle ne laisse paraître que d’infimes parcelles, comme au travers d’un voile noir attaqué par les mites. La voûte qui s’élève au dessus de nos têtes représente la frontière entre le monde matériel, qui est le nôtre, et le monde immatériel, qui nous est inconnu et vers lequel se dirigent nos questions. En architecture, la voûte est présente dans tous les édifices religieux. La voûte, ou ce qui la représente dans la nature ou dans les œuvres de l’homme, joue un rôle métaphysique important. Elle est présente dans tous les lieux privilégiés où, de tout temps, l’homme a cherché à établir une relation avec le divin. Elle a un caractère magique. L’envoûtement y fait du reste étymologiquement référence. La voûte subjugue et fascine celui qui la contemple.

Dans nos loges, la voûte est figurée de deux manières. En espace à deux dimensions, elle est la porte étroite sous laquelle, dans certains rituels, le profane avance incliné en entrant dans la loge avant de recevoir la lumière. En espace à trois dimensions, elle est figurée au plafond du temple et, en son milieu, descend le fil à plomb constituant l’axe du monde. La voûte n’est pas un simple arc de cercle, mais bien un dôme tout entier, tracé à sa base par le cercle qui englobe l’humanité toute entière, pour l’inviter à s’élever au-dessus de son monde terre-à-terre et se rapprocher du divin. Qu’elle soit naturelle et constituée par le plafond de la caverne primitive, ou création de l’homme et constituée du toit du temple, la voûte impose la notion d’une séparation entre la terre et le ciel, entre le dedans et le dehors, entre le visible et l’invisible, entre le matériel et l’immatériel, entre l’humain et le divin. Dans la symbolique maçonnique dévolue au ciel et à la terre, cette dualité se retrouve : le Temple est couvert par la voûte étoilée. Incluse dans le pavé mosaïque, la terre reflète en partie, comme ses étendues d’eau, les étoiles tracées sur la voûte. Notre architecture, en même temps, rappelle les correspondances que les maçons cherchent à établir entre elles, puisque le parcours initiatique conduit le profane de la terre où il se meurt, au ciel, où il s’accomplit. La voûte est la séparation entre l’obscurité dans laquelle nous sommes plongés et dans laquelle nous évoluons à tâtons et le ciel, domaine de la divinité et de la lumière absolue. Elle nous invite à nous réunir pour avancer ensemble dans notre nuit vers la lumière, dont nous percevons les traces par la contemplation du firmament. La distinction entre la terre et le ciel, entre le matériel et l’immatériel a conduit l’homme au concept, présent dans beaucoup de religions, dont les religions judéo-chrétiennes, selon lequel, à l’origine ciel et terre étaient initialement unis. Ainsi le 1er verset de la Genèse rappelle le premier acte du créateur qui procède à leur séparation : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre ». Dans cette perspective, la quête du maçon peut aussi se comprendre, non comme la nostalgie de cette séparation, mais comme l’aspiration à leur réunion, sa construction visant à faire descendre le ciel sur la terre, c’est-à-dire s’améliorer en s’inspirant du divin, et non pas à faire monter la terre vers le ciel, en cherchant futilement à se rassurer en construisant une métaphysique répondant à des préoccupations terre-à-terre. La voûte céleste s’ouvre sur l’infini. En cela elle invite le maçon à ne jamais cesser sa recherche en lui révélant que le champ de ses investigations est infini lui aussi.

Ainsi, le symbolisme de la voûte et celui de la porte étroite se rejoignent, puisque cette dernière symbolise la frontière entre les ténèbres, dans lesquelles est plongé, le profane et la lumière qui va commencer à lui être révélée. La voûte qui s’élève au dessus de nos têtes constitue la frontière entre le monde matériel, qui nous est accessible, et le monde immatériel, qui nous est inconnu et vers lequel se dirigent nos interrogations. Dans une loge, la voûte est symboliquement celle du ciel. Elle y apparaît semée d’étoiles sur fond bleu. Les étoiles représentées au plafond de la loge sont une image du cosmos, terme venant du grec et désignant tout à la fois le Monde, l’Univers, la Création. Leur présence rappelle que le travail maçonnique s’accomplit à la frontière du visible et de l’invisible, dans un monde intermédiaire qui sépare le terrestre, domaine du limité, du royaume de la divinité, domaine de l’infini. D’un côté, à l’Orient, les franges du soleil levant mangent les franges de la voûte et dissipent l’obscurité en lui substituant une clarté non moins mystérieuse. De l’autre, à l’Occident, l’Etoile flamboyante monte au zénith pour guider les voyageurs dans leur marche, puisqu’elle aide ceux qui la contemplent à découvrir les défauts de leur travail. La voûte étoilée, visible de l’intérieur de la loge témoigne d’une part que les murs de la loge n’ont pas la prétention de s’élever jusqu’au ciel, mais d’autre part que le maçon ne limite pas son travail à une connaissance de soi, à ce qui est terre-à-terre, mais aussi à la contemplation et à la recherche de ce qui le dépasse, de ce qui le surpasse, de ce qui se trouve dans le monde de l’invisible, au-delà de la voûte étoilée. Les étoiles brillent en loge comme autant de parcelles de la lumière céleste qui protège et guide les chercheurs de vérité sur le chemin de la Connaissance. Cette représentation du cosmos enseigne aussi que l’action de la divinité ne se borne pas seulement au monde qui est le sien pour celui qui sait devenir une étoile vivante. Ce qui est en haut existe aussi ici-bas. La voûte étoilée est le trait d’union entre l’humain et le divin d’une part, entre la divinité et l’humanité d’autre part. Frontière symbolique entre l’être humain et la divinité, elle constitue un voile masquant au premier la lumière de la seconde vers laquelle il dirige ses aspirations. Dans sa recherche, il lui arrivera de percevoir des parcelles de cette lumière, dont des rais infimes percent au travers des mailles de ce voile. C’est au niveau de ce voile que se situe le travail du maçon, qui cherche à comprendre et ordonner les parcelles de lumière qu’il perçoit et qu’il discerne de mieux en mieux au fur et à mesure de son cheminement. La référence à la voûte étoilée nous invite à méditer sur le plan spirituel. Elle favorise notre réflexion. Sa contemplation nous ramène à notre juste dimension dans l’immensité de la Création. Elle nous porte à donner aux choses d’ici bas la relativité qui est la leur. Ne dit-on pas souvent que la nuit porte conseil. La voûte qui est présente dans nos temples repose sur les murs de la loge. Cela ne signifie pas que notre temple a la prétention de s’élever à la hauteur du divin. Nos murs supportant la voûte étoilée sont là pour inviter le maçon à diriger sa recherche de la lumière dans cette direction, puisque son travail ne se limite pas à la connaissance de soi, mais aussi à la recherche de ce qui le dépasse. De ce qui le surpasse et se trouve au-delà de la voûte céleste. Le ciel est symboliquement une porte, celle de l’au-delà, dont l’ouverture nous révélera, le jour de l’ultime initiation, la pleine et vraie lumière. Quelle est cette grande lumière ? Les religions ont toutes apporté leur réponse. Dans notre civilisation judéo-chrétienne, elle s’identifie à Dieu, et, dans notre symbolique, au G\ A\ de l’U\. Dans notre livre de la loi sacrée, les corrélations entre Dieu et la lumière sont aussi nombreuses que les étoiles du firmament. Dans l’Evangile de St-Jean, que nous ouvrons au début de nos travaux, nous trouvons, au verset 9 du prologue : « Cette lumière était la véritable lumière, qui, en venant dans le monde, éclaire tout homme ». Le symbole de la voûte étoilée est ainsi là pour rappeler au maçon que sa quête de la Vérité et de la Lumière doit se diriger dans cette direction. Elle est aussi là pour le guider. Enfin, elle est là pour le rassurer dans sa démarche, comme le disait si bien Beethoven, dans son Ode à la joie :

Que ce baiser du monde
Vous embrasse, multitudes !
Frères - au dessus de la voûte étoilée
Doit demeurer un tendre Père.

Vous vous prosternez, multitudes ?
Monde, pressens-tu le créateur ?
Cherche-le au-dessus de la voûte étoilée !
C’est par delà les étoiles qu’il doit habiter.

Vous vous prosternez, multitudes ?
Monde, pressens-tu le créateur ?
Cherche-le au-dessus de la voûte étoilée !
Frères - au-dessus de la voûte étoilée
Doit demeurer un tendre Père.

Source : www.ledifice.net

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Published by J\ M\ - dans Planches
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