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2 octobre 2013 3 02 /10 /octobre /2013 05:03

En préambule, je voudrais m’adresser à nos jeunes apprentis. Profitez de ce moment où lors de votre passage du monde profane au nouvel univers de la F M; vous découvrez que votre initiation à la connaissance du visible et de l’invisible restera l’un des moments les plus forts de votre existence et que ce réveil de la conscience restera indissoluble quelques seront vos futurs choix de vie. Le degré d’apprenti reste pour moi et je le pense pour tous les Francs-Maçons le degré le plus fort.
Alors commencez la taille de votre pierre harmonieusement et soyez attentifs à tous les symboles de votre grade car ils tailleront votre pierre d’une manière irréversible ; c’est sur cette taille initiale que vous vous appuierez pour polir votre pierre ultérieurement.
Ce que je vous invite à faire, à travers cette planche, c'est de réfléchir sur nos rituels, nos symboles et nos pratiques sans à priori en cherchant la voie ésotérique sur notre pavé mosaïque. Concernant la position d’ordre j’ai confronté sa pratique et son symbolisme et, force est de constater qu’elles sont différentes.
Dans la plupart des ateliers travaillant au R
EAA, que ce soit au GODF ou à la GLDF ou à la GLFF ou au DH, nous avons tous observés la même pratique que dans notre Respectable Loge telle qu’elle est décrite dans le rituel particulier de l’atelier en p. 3, à savoir : « il se fait le bras droit horizontal replié, paume de la main tournée vers le sol, pouce à l'équerre contre le cou.»
Pourtant, dans le rituel d’intégration particulier de notre Respectable Loge, reprenant Oswald Wirth, la position d’ordre y est décrite de manière différente, à savoir : « La main droite, placée en équerre sur la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s'agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile susceptible de compromettre la lucidité de l'esprit. L'Ordre de l'Apprenti signifie qu'il cherche à être en possession de lui-même et qu'il s'attache à juger avec impartialité.»
Convenons immédiatement que si l’explication symbolique est très explicite pour comprendre la position d’ordre, en revanche, le description de celle-ci en elle-même manque peut-être de précision. En effet, « la main droite placée en équerre sur la gorge » ne précise pas mais sous-entend seulement qu’elle est à plat (en effet, le sur la gorge sous-entend que c’est la main dans son entier et pas son bord qui est placé sur la gorge ; mais l’explication symbolique de la position d’ordre nous éclaire).
Voilà, concernant la même position d’ordre, 2 descriptions différentes ... S’il me semble évident qu’il faudrait les mettre en adéquation l’une avec l’autre, le but de ce tracé est de savoir lequel nous devrions changer. Devons-nous aligner notre rituel sur notre manuel d’instruction ou l’inverse ?

Pour mieux faciliter la compréhension des diverses pratiques, nous devons aussi souligner que le signe pénal qui succède au signe d’ordre, symbolise « que je préférerais avoir la gorge tranchée, plutôt que de révéler les secrets qui m'ont été confiés » et que nous y joignons le geste au symbolisme.

Mais n’anticipons pas trop vite, revenons à la position d’ordre. Que symbolise t’elle ? Comme il est si justement dit dans notre rituel d’instruction au 1er degré, elle symbolise notre maîtrise du bouillonnement de nos passions qui s’agitent dans la poitrine et préserve ainsi la tête de toute exaltation fébrile. A travers cette position d’ordre, nous cherchons à être en possession de nous-même. Il n’est pas encore question de quelque tranchement de gorge que ce soit à l’instant précis de la position d’ordre. Ca, c’est pour après, lors du signe pénal.

Alors la pratique observée dans les autres Loges et sur nos colonnes pouce à l’équerre contre le cou, paume de la main tournée vers le sol est-elle juste eu égard du symbolisme ?

Que dit le rituel de référence de la G
LDF sur la position d’ordre et sur le signe pénal ?   
«Le signe d’ordre :
Etant debout, pieds en équerre à angle droit, le gauche devant orienté ouest-est, talon contre talon, porter la main droite étendue (quatre doigts joints et pouce écarté formant une équerre) à plat sous la gorge posés sur le haut de la poitrine ; bras et avant-bras droits relevés horizontalement dans le prolongement de l’épaule, bras gauche allongé normalement le long du corps.
Lorsque l’on reste en cette position, on est à l’ordre.
On quitte cette position par le signe pénal.
Le signe pénal ou de reconnaissance :
Etant à l’ordre, retirer la main droite horizontalement vers l’épaule droite et la laisser retomber le long du corps, le bras allongé, décrivant ainsi une équerre.»

Remarquez que dans ce rituel, la G
LDF a fait le choix de préciser la description d’Oswald Wirth. Notre rite étant très attaché à la Tradition, je suis allé en quête d’anciens rituels. Que disent-ils ? Le rituel dit «Cerbu» :
«Placez la main droite au niveau de la gorge, le pouce en équerre, l'avant-bras droit horizontal ; cela s'appelle "se mettre à l'ordre".»
Le rituel de la G
LNF de 1802 (d’après rituels anciens) :
« la main droite placée en équerre sur la gorge, parait contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute exaltation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit.»

Et celui de la Grande Loge Générale Ecossaise de France de 1804 (ancêtre de la G
LDF) :
«Il (le signe d’ordre) se fait en portant la main droite étendue à la gorge, de manière que le Larynx se trouve entre l'index et le pouce, on élève le Coude à la hauteur de la main, ce qui forme une ligne horizontale, (...).»

Tous les rituels cités sont tous en accord entre eux et avec notre manuel d’instruction. En revanche, dans des rituels plus anciens, je n’ai pas trouvé de description précise de la position d’ordre qui se transmettait par voie orale.

Jules Boucher donne une description du signe d'ordre, dans « la symbolique maçonnique » que je partage en tous points, en p. 322 :
« Le signe d’apprenti comprend, comme tous les signes maçonniques, deux gestes distincts : le signe d’ordre et le signe proprement dit.
Se « mettre à l’ordre », c’est placer la main droite à plat sous la gorge, les quatre doigts serrés et le pouce écarté formant l’équerre. La main gauche reste pendante.
«Faire le signe», c’est redresser la main perpendiculairement à la gorge, la ramener à l’épaule droite et le faire retomber le long du flanc droit.»

«Ce signe porte généralement le nom de «guttural». On l’interprète d’une façon tout exotérique en lui attribuant cette signification : «Je préfèrerais avoir la gorge coupée, plutôt que de révéler les secrets qui m’ont été confiés.»

Wirth dit en p. 148 du Livre de l’Apprenti : «La main droite placée en Equerre sous la gorge, paraît contenir le bouillonnement des passions qui s’agitent dans la poitrine et préserver ainsi la tête de toute excitation fébrile, susceptible de compromettre notre lucidité d’esprit. Le signe d’Apprenti signifie à ce point de vue : «je suis en possession de moi-même et je m’attache à juger de tout avec impartialité.»»
(...)
Il est exact que le Maçon, en accomplissant ce geste, se couvre de l’Equerre, signe de rectitude, et que d’autre part, suivant les catéchismes rituels, le Maçon vient en Loge « pour vaincre ses passions, soumettre sa volonté et faire de nouveaux progrès en maçonnerie ». Le geste est le signe extérieur de cette volition.
Chaque fois qu’un Frère prend la parole en Loge, il doit se «mettre à l’ordre». Nul n’est exempté de cette obligation. Indépendamment de la valeur réelle du signe, il faut remarquer que ce geste, si simple en apparence, empêche tout autre geste et par suite toute véhémence. Combien d’orateurs - profanes - parlent plus encore peut-être avec leurs mains qu’avec leur voix !
Il faut aussi se souvenir que l’Apprenti, durant son stage à ce degré, doit être «silencieux», et son signe, appuyant sur la gorge, indique son mutisme non pas par incapacité de parole, mais par sa propre volonté.»

Si l’on veut aller plus loin au niveau symbolisme, on pourra dire que dans la pratique, le bras droit décrit 2 équerres alors que dans le respect du symbolisme du rituel décrit par Jules Boucher et Oswald Wirth, nous décrivons une équerre de plus en relevant la main droite pour la rendre tranchante sur notre gorge. 3 équerres, nombre nettement plus symbolique que le chiffre 2 au grade d’apprenti, me semble t’il... Cette description, commune à tous les écrits est sans ambiguïté et recoupe en tous points notre manuel d’instruction mais pas les pratiques dans les différentes Loges travaillant au R
EAA.
Revenons sur le signe d’ordre d’apprenti et son symbolisme.
- Le signe d’ordre se fait d’abord les deux pieds en équerre qui assure notre stabilité et nous enracine dans la terre source de la matière originelle dont notre corps est issu.

- Le bras droit à l’horizontal montre à ce corps matériel qui est né et qui vit qu’il est appelé à mourir et à retourner à la terre laissant à la partie haute du corps la vision immatérielle de l’invisible, qui fait de nous autre chose qu’un simple corps. C’est cette partie haute qui fait que nous existons vraiment et qui nous permettra de laisser une trace improbable après notre mort physique.

- La main droite placée à plat sous la gorge, le pouce en équerre, retient notre volonté d’aller plus loin, de laisser nos passions nous submerger et de ne pas nous exprimer dans l’excessif, de rester autonome. Elle permet aussi de se libérer des idées préconçues (ce qui tombe à pic pour le travail de ce soir...).
- Le bras gauche immobile le long du corps nous donne le sens du centre de la matière et de la gravité qui ramène en permanence notre esprit vers la matière, ce qui nous oblige à un effort permanent pour que notre esprit s’éloigne de notre condition humaine.
Ce signe d’ordre est aussi, au grade d’apprenti, un signe commun à tous les membres de la Loge nivelant ainsi tous les grades dans l’égalité, donnant ainsi à sa structure une homogénéité parfaite. Nous nous élevons à l’ordre et dans l’ordre, maitre de nous-mêmes. C’est pour sauvegarder l’unicité et l’homogénéité de la Loge que j’ai adopté la position d’ordre pratiquée dans notre atelier, même si j’explique pourquoi je la conteste à travers cette planche.
Seul le silence semble donner à l’apprenti le sentiment de ne pas pouvoir participer, mais il saura plus tard que ce silence est en fait son plus grand avantage. Car c’est par ma position d’ordre que j'essaie de ne prendre la parole que pour apporter quelque chose de plus, de différent de ce que mes frères apportent à la construction de notre édifice et que j’ai compris que le devoir à la parole n'est pas incompatible avec le droit au silence.
Une évidence sans doute, mais qui me semble être importante, est que cette position évite le désordre, elle ordonne chacun d’entre-nous en nous mettant à l’ordre.

N’avez-vous pas observé que lorsque notre V
M prononce cette phrase « debout et à l’ordre mes FF», nous sommes envahis d’une plénitude infinie. Je l’associe personnellement à la puissance dégagée par cette position d’ordre. Elle procure une sérénité et une puissance de perception des choses. Il devient inutile de parler, il suffit de ressentir.
Quand je suis à l’ordre, les idées arrivent d’elles-mêmes, je ne retiens que l’essentiel à traduire en parole évitant le logos et je pense à la main droite posée à plat sur la poitrine, juste sous les clavicules, sur la partie supérieur de l’os Sternal appelé le Manubrium Sternal. L’image de cet os qu’on me donna est celle d’un glaive ! le Manubrium étant le manche et le corps du sternum la lame.

La main droite est donc ouverte sur le manche du glaive, elle met en relation le centre énergétique cardiaque et le centre énergétique laryngé. La position de la main pourrait donc être le moyen de mettre en relation le sentiment d’altruisme avec le verbe (ne dit-on pas parler avec son coeur) et ainsi permettre à l’homme de maîtriser sa pensée et d’apprendre à devenir un homme libre.

La main gauche, quant à elle, est collée le long de la cuisse, c’est la main du coeur. Comme lui, dans cette position, elle doit être calme, sans passion. Là aussi la pratique est souvent différente pour un observateur qui constate que chaque main gauche a un comportement différent. Même si le discours de l’intervenant paraît serein, le comportement de sa main gauche le trahit (qui de l’impatience, qui de la nervosité, qui de l’inconfort de la situation,...).

Mais dans tous les cas, la sérénité et la courtoisie des échanges d’idées est conservée et c’est probablement là l’essentiel ; c’est à la position d’ordre que nous le devons certainement en grande partie.

Et la position des pieds à l’équerre ouverts vers l’avant, la pointe en arrière et celle de la main droite ouverte à l’arrière la pointe vers l’avant sont disposés, en s’entrelaçant, à l’identique de l’équerre et du compas. Là où se trouve notre coeur, nous retrouvons le livre de la loi sacré.

Si on regarde un apprenti debout, de profil et à l’ordre : la main droite sur la poitrine symbolisant le compas, les pieds à angle droit symbolisant l’équerre, la main est à l’aplomb des pieds, le coeur se projette juste au centre en arrière de la main mais en avant des talons. La similitude est trop forte pour que je passe à côté ! Ne serions-nous pas nous-mêmes notre propre livre de la loi Sacré ?

Je pense que cette position d’ordre, parfaitement exécutée rituellement, permet d’être parfaitement centré et en équilibre.

Comme, de plus, la conscience est placée au niveau du coeur, on ressent, à n’en pas douter, toute la plénitude et la puissance de cette position.

Notre rituel induit la politesse qui est la première des vertus celle qui permet toutes les autres : «les bonnes manières précèdent les bonnes actions.» c'est en pratiquant la vertu que l'on devient vertueux et donc du bon rituel que l’on se rapproche de son symbolisme. Une loge, grâce à la position d’ordre, doit être un lieu où s’exprime réellement la fraternité entre ses membres, où, pour reprendre la formule de Pavese, il est possible de «montrer sa faiblesse sans que l'autre s'en serve pour affirmer sa force.»

La pratique ne me semble pas juste et elle déséquilibre gravement la position d’ordre telle qu’on peut la vivre grâce à son symbolisme. En effet, comment dominer ses passions et son logos autrement que paume de la main posée à plat sous la gorge ? Le bord tranchant de la main que nous présentons à notre gorge dans notre pratique ne peut pas servir à cela. Mais pourquoi la pratique est elle devenue différente du rituel ? A mon humble avis, par anticipation du signe pénal. Elle a perdu ainsi une partie de sa puissance rituelle et symbolique.

Alors certes, que je positionne ma main à plat sur la gorge ou à l’équerre de la gorge ne va pas me changer ma vie de maçon au R
EAA., c’est une évidence. Néanmoins, je dois souligner qu’à force de petites choses qui s’écartent du symbolisme du REAA, celui-ci a une certaine tendance à perdre de sa cohérence, ce que je regrette. Je pourrais citer mains exemples...
J’invite donc tous mes FF
à réfléchir pour adopter une pratique de la position d’ordre qui soit plus conforme au rituel et à son symbolisme et de prolonger cette réflexion sur d’autres aspects de notre rituel afin que celui-ci recouvre toute sa cohérence pour nous rapprocher toujours plus du REAA auquel nous tenons tant.

Source : http://laurentremise.typepad.fr/artsgraphiques/2013/08/la-position-dordre-au-reaa-pratiques-et-symbolisme.html

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Published by Laurent Remise - dans Planches
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