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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 08:55

 

Le lever de rideau au théâtre, les premières lignes d'un roman, les quelques notes qui introduisent un morceau de musique, sont déterminantes, car ils ouvrent sur ce qui va suivre. Ma planche parle de ce moment particulier, entre les 3 coups et le lever de rideau au théâtre, entre la couverture et les premières lignes du roman, entre le silence et le début du morceau de musique.

J'ai voulu aujourd'hui revivre les éléments mis en place au début de cette cérémonie. Ils conduisent à l'entrée dans la dramatique de cette troisième initiation, qui nous est transmise d'une manière très théâtrale. La liturgie maçonnique est étudiée pour que les postulantes soient frappées à la fois dans leur corps et dans leur esprit, pour que leur imagination soit éveillée et qu'elles en gardent en mémoire des images fortes.

Nous avions déjà auparavant été conduites devant la porte fermée du Temple. Le souvenir est resté très précis de ce premier jour où, après avoir frappé, les yeux bandés, de façon irrégulière, nous avions dû nous courber beaucoup, pour franchir une certaine porte basse. Lors du passage au deuxième degré, c'était plus facile, nous frappions trois fois, en APP\ ; nous n'étions plus dans les ténèbres, le lieu et les visages qui nous entouraient nous étaient déjà familiers.

Le jour de la cérémonie d'Élévation à la Maîtrise, nous nous retrouvons à nouveau, par deux fois, sur les parvis. Nous sommes introduites une première fois, placées entre les colonnes, interrogées. Tout est calme, habituel, rien d'étrange, tout est presque tel que quand nous étions COMP\, aucune émotion particulière ne s'est encore emparée de nous, à l'exception, bien sûr, de réussir cette interrogation, et de donner des réponses claires et justes. « V\ S\ M\ des CER\, reconduisez les candidates ». Nous couvrons à nouveau le T\. Il est difficile d'être parfaitement concentrées durant l'attente méditative qui suit. Qu'allons-nous apprendre ? Nous nous remémorons les Initiations précédentes. Les deux fois, nous avions voyagé. Nous sommes tout d'abord nées à nous même, puis nous avons appris à aller vers les autres, à partager. Et maintenant, que va t-il se passer ? Le voyageur peut se perdre, où nous mènera donc ce nouveau voyage ?

A nouveau devant la porte fermée, nous sommes prêtes à entrer dans le T\ régulièrement, ainsi qu'il est d'usage. Mais on nous demande de nous retourner, et d'entrer à reculons. C'est très étrange, ce n'est pas une pratique courante que de pénétrer ainsi dans un lieu. Ce n'est pas la première fois que nous marchons à reculons. C'était arrivé lors du premier voyage de l'initiation au deuxième degré, avant de frapper sur la pierre brute les trois coups rituels. C'est également à reculons, au cours de cette même cérémonie d'Augmentation de Salaire, que nous avons redescendu cinq fois les marches colorées sur lesquelles nous entraînait l'experte pour vivre et suivre le cycle du blé et de la vie. J'ai interprété cela comme un retour sur moi-même qui symbolisait la constance que nous devions manifester dans l'effort et la recherche de la lumière, et aussi une illustration du coté répétitif, cyclique des choses.

Au troisième degré, l'entrée à reculons dans le T\ a, je pense, un autre sens que je tenterai de développer. Ce moment est une première impression forte. Nous nous rendons compte, dès le franchissement du seuil, malgré notre position, que l'obscurité règne dans le T\. Seule brille devant nos yeux l'étoile située sur le mur de l'Occident, étoile dont nous nous éloignons pas à pas. Mais le trajet est court de la porte, au milieu des Colonnes. Cette Marche à Reculons ne dure qu'un bref instant. Le grand principe de toute démarche initiatique, c'est que la totalité de la démarche se trouve en germe, ou en puissance dans le premier moment. On ne comprend bien ce qui s'est passé à l'origine, que si l'on a accompli le cycle entier des évolutions, et que l'on revient au commencement pour en découvrir sa véritable dimension. Nous reprenons le voyage au début, et nous mesurons, à reculons, le trajet parcouru, comme on revoit sa vie défiler à toute vitesse quand on pense que l'on va mourir.

Je veux justement parler de ce bref moment qui pour moi concrétise le passage d'un état à un autre, mais aussi crée un lien avec les deux autres degrés. C'est un temps intermédiaire où, sans être encore entrée dans le troisième degré, on quitte lentement, le temps du Compagnonnage. On le quitte comme à regret, les yeux sur lui, sur cette étoile qui en est le symbole et qui se trouve maintenant à l'Occident, comme on s'éloigne d'un train qui va emporter ceux qu'on aime, et quand on se retournera, l'étoile à l'Orient ne sera plus là. La réflexion que le travail d'aujourd'hui m'a amenée à faire, a mis en valeur toute l'importance du deuxième degré pour la compréhension future de la Maîtrise.

Pendant le Compagnonnage, nous avons rencontré l'Étoile. Va-t-on maintenant, au terme de cette marche à reculons, la quitter cette étoile ? On peut avoir la certitude que non. Après notre période de Compagnonnage, nous savons qu'elle brille en nous, que nous devons veiller sur sa flamme, qu'elle nous habite. Aussi, lorsque nous entendons : « V\ S\ M\ des CER\, faites se retourner les Compagnonnes ». Aucune nostalgie de quitter l'étoile ne nous étreint. L'étoile nous accompagnera dans notre découverte de la Chambre du Milieu. Pour l'instant, nous tournons toujours le dos au drame. Avoir découvert et suivi l'étoile ne nous empêche cependant pas quelquefois de faillir. Et si cette Marche à Reculons symbolisait la difficulté de notre progression, la difficulté d'entrer dans la Maîtrise ? Le recul, marche en arrière sans visibilité, annonce dans l'acception commune, une chute, ou à tout le moins le heurt dans les obstacles. Lors de notre entrée dans le T\, comme lors des précédentes Initiations, la M\ des CER\ nous protège de ces dangers. Mais il y aura pourtant une chute, un peu plus tard au cours de la cérémonie, un nouveau séjour dans la terre avant le retour radieux à la grande Lumière. Comment une Marche à Reculons peut-elle être la marque, le début d'une progression ? C'est ce paradoxe qui m'a intéressée, à savoir comment aller de l'avant tout en regardant derrière soi ? Et pourquoi n'est-il pas suffisant d'aller de l'avant ?

Après, nous ne pourrons plus dissocier dans notre esprit, la chute, de l'élévation qui suivra. Retournée par la M\ des CER\, il est difficile de reconnaître l'espace où nous nous réunissons en Tenue habituellement. Le T\ est dans l'obscurité, tout est sombre y compris les MM\ autour de nous, on ne voit plus l'Orient, plus le Delta, plus le Soleil, plus la Lune, et la V\ M\ est assise près de la l'Autel des Serments. Elle nous parle. Que nous dit-elle ? Elle explique que l'Atelier est en deuil parce qu'un grand Architecte chargé de construire le Temple de Salomon est mort tragiquement.

Nos yeux s'habituant à l'obscurité aperçoivent un drap noir étalé au centre du Temple, trois SS\ MM\, - tiens, c'est curieux, elles ont un tablier de COMP\- se dirigent vers trois points différents du T\, l'Occident, le Nord et l'Orient. Chacune d'elles tient un outil : une règle, une équerre et un maillet. Une autre S\, qui a son tablier de M\, se tient au milieu du T\. La voix de la V\M\ ponctuera l'acte qui sera mimé sous nos yeux. Trois mauvais compagnons, représentés par nos trois SS\ MM\, essaieront d'arracher à Hiram les mots, le signe et l'attouchement des MM\ alors que le temps de les obtenir n'est pas encore arrivé. Devant son refus, usant de violence, et le frappant tour à tour avec l'outil qu'elles ont en main, sur l'épaule, sur la nuque, sur la tête, elles le tueront.

Un fait frappe les Compagnonnes que nous sommes encore, là, debout entre les colonnes, spectatrices de cet événement qui se déroule sous nos yeux, et dont nous essayons de pénétrer le message. Car tout a un sens, d'enseignement et d'interprétation symbolique, dans nos Rituels. La formation qui nous est donnée consiste, pour une part, à comprendre la nature des passions mauvaises qui nous habitent, dans le but de les dépasser, de les Maîtriser. Or, ce qui apparaît ici, en premier, c'est que ce sont des Compagnons qui ont assassinés Hiram. Ces mauvais Compagnons sont nos SS\ mais, en vertu de l'universalité qui est fondamentale en Maçonnerie, nous pouvons comprendre que c'est nous qui sommes aussi les mauvais compagnons. Pour vivre la passion d'HIRAM, nous devons nous identifier à tous les acteurs du drame.

Quelles raisons avaient-ils de tuer le Maître ? Si nous voulons désormais marcher droit devant nous, sur le chemin initiatique où les voix tracées sont maintenant celles de Maîtresses, si nous voulons ne plus avancer dans le noir, maladroitement, à reculons, aidée par une main secourable, nous devons analyser ce qui s'est passé, comprendre pourquoi, et c'est cela qui doit nous servir d'exemple.

Les trois mauvais compagnons, étaient impatients et exigeaient d'être reconnus. Ils se pensaient dignes d'être récompensés, suffisamment compétents, et voulaient imposer leur volonté au Maître sans accepter d'attendre. Ils l'ont frappé avec des outils qu'ils ont employés comme des armes, inversant le sens de leur utilisation, détruisant au lieu de construire. Ils sont hypocrites, ignorants et fanatiques comme le rituel nous le rappelle. Ils n'ont pas su sublimer leurs mauvaises pulsions.

Au terme de la cérémonie d'Initiation à la Maîtrise, nous sommes relevées par la Vénérable Maîtresse par les cinq points de la maîtrise et elle s'exclame : « Hiram revit en vous ». Nous allons enfin entendre l'enseignement caché sous les allégories de la légende d'HIRAM, et nous voir conférer le troisième degré de la F\M\, être constituées Maîtresse Maçonne, et reçue en Chambre du Milieu, mais nous ne deviendrons pas subitement meilleures. Il ne peut, l'expérience le montre, y avoir progression sans recul de temps à autre. Comment faire pour que la Marche à Reculons ne soit pas un obstacle à la rectification, mais une façon d'avancer dans la difficulté ? Une stratégie, une position de repli qui permet de progresser ?

Pour pouvoir pratiquer les vertus opposées aux vices des mauvais compagnons : loyauté parfaite, travail incessant, large tolérance, il va falloir continuer à manifester un zèle infatigable pour explorer les connaissances que seule une recherche approfondie pourra nous procurer. Nous avons appris ce que nous sommes, et comment nous devons nous comporter envers les autres, grâce a l'étude dans les deux degrés précédents. Si pendant le premier degré nous avons dégrossi la pierre brute, c'est le travail effectué au second degré qui a ouvert notre champ de réflexion initiatique, qui a étendu notre compréhension du travail à exécuter. Le compagnonnage a été essentiel pour que le Conseil des Maîtresses décide de nous recevoir parmi elles et que nous soient transmis ensuite les mots, les signes et l'attouchement du grade. C'est le travail effectué, l'application incessante pour polir la pierre et manier les outils qui permettent de devenir Maîtresse. La connaissance d'un mot de passe ne suffit pas, comme semblaient le penser les trois mauvais compagnons. On ne peut être que dans l'illusion d'être parvenue à un degré de Maîtrise, sans un travail suffisant.

Dans la Marche à Reculons lors de l'entrée dans le Temple, il s'agit de garder les yeux sur toutes les connaissances maçonniques des grades qui précédaient car il conviendra maintenant de les transmettre à notre tour. Regarder en arrière n'est pas du passéisme si l'on continue toujours de progresser, si l'on construit sur les fondations des acquis passés. Le passé nous arme pour faire face aux difficultés du présent et à la peur de l'avenir. Derrière nous se trouve la tradition, le guide, et à l'instar de Maître Hiram, nous serons prêtes à ne pas manquer à nos engagements en ne révélant pas indûment nos secrets.

Hiram revit en nous. « Il se survit dans son ouvre », nous dit le Rituel. Il y a bien une notion de continuité. « Le progrès s'accomplit grâce au travail des Sages disparus » précise t-il encore. Et peut-être aussi grâce à l'infime petite part que nous avons ajoutée. C'est pourquoi nous ne devons rien oublier de la totalité de l'enseignement qui nous a été donné pour apprendre à devenir nous même. Ne pas oublier de tenir compte des leçons de l'expérience pour continuer la route. Travail, Tolérance, Loyauté, Persévérance ; pour arriver à pratiquer ces qualités, l'enseignement des deux premiers degrés ne suffit pas. Il fallait après avoir enjambé le corps d'HIRAM gisant sous le linceul - premiers pas qui quittent le sol, qui créent un cercle dans l'espace - vivre la mort d'HIRAM, être enfouie soi-même dans le noir du drap, avant d'émerger, femme libre, à la lumière quand le rideau du Dhèbir s'ouvre devant nous et que se rallument les lumières dans le Temple. Nous partons alors résolument vers l'avant, nous avons changé de plan en revivant le sacrifice, nous sommes maintenant dans une autre dimension, et toujours en quête de la lumière et de la connaissance.

« Il est minuit, les travaux de la Chambre du Milieu sont fermés ». Entrées Compagnonnes à reculons, désorientées, dans l'obscurité, nous sortirons Maîtresses en regardant droit devant nous, remplies d'une lumière plus vive qui, nous l'espérons irradiera à l'extérieur. Nous n'oublierons pas, pour ce faire, de rester dans la Glorification du Travail, ceci dans le souci de poursuivre l'ouvre, préoccupation majeure du troisième degré. Ainsi l'étoile continuera de briller.

Source : www.ledifice.net

 

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Published by K\ D\ S\ - dans Planches
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