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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 07:04

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Exhortation.

Le commencement de cette Science divine, c'est la crainte et le respect de Dieu ; sa fin, c'est la charité et l'amour du prochain. La mine d'or qu'elle nous fait découvrir doit être employée à renter des temples et des éta­blissements hospitaliers (xenodochiis) et à fon­der des Messes, afin qu'hommage soit rendu à Dieu de ce qu'on tient de sa libéralité. On doit encore user de cette mine pour secourir sa patrie lorsqu'elle est victime de quelque cala­mité publique, racheter des prisonniers et des captifs, et soulager la misère des pauvres.

2

La connaissance et la lumière de cette science sont un don de Dieu, qu'il révèle par une grâce spéciale à qui lui plaît. Que personne donc n'embrasse cette étude s'il n'a le cœur pur, et si, dégagé de l'attachement aux choses de ce monde et de tout désir coupable, il ne s'est entièrement voué à Dieu.

3

Les conditions de l'Œuvre.

La Science de faire la Pierre philosophale réclame une connaissance parfaite des opérations de la Nature et de l'Art concernant les métaux : sa pratique consiste à chercher les principes des métaux par résolution, et, une fois ces principes rendus beaucoup plus parfaits qu'ils ne l'étaient auparavant, à les rassembler derechef, afin qu'il en résulte une médecine universelle, (à la fois) très propre et très efficace à perfectionner les métaux imparfaits, et à rendre la santé au corps indisposé de quelque sorte de maladie que ce soit.

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Ceux qui occupent un haut rang dans les charges et les honneurs, comme ceux qui sont continuellement embarrassés de leurs occupations particulières et nécessaires, ne doivent point prétendre à cette science. Elle veut l'homme tout entier, étant capable de le posséder à elle seule. Et certes, on ne songe plus à se lancer sérieusement dans des affaires de longue haleine, quand on y a pris goût : car elle fait mépriser comme fétu de paille tout ce qui n'est pas elle.

5

Que ceux qui entreprennent d'étudier cette doctrine se dépouillent de leurs mauvaises mœurs, et particulièrement qu'ils bannissent l'orgueil, qui est l'abomination du Ciel et la porte de l'Enfer ; qu'ils adressent à Dieu d'incessantes prières ; qu'ils multiplient les actes de charité ; qu'ils s'attachent peu aux choses de ce monde ; qu'ils fuient la conversation des autres hommes ; et qu'ils s'appliquent à jouir d'une tranquillité d'esprit parfaite, afin que leur entendement puisse raisonner plus librement dans la solitude, et placer plus haut ses efforts, car s'ils ne sont éclairés d'un rayon de la lumière divine, ils ne pénétreront jamais les arcanes de la vérité de cette science.

6

Les Alchimistes qui n'appliquent leurs pensers qu'à de continuelles sublimations, distillations, résolutions, congélations : qu'à extraire de différentes manières les esprits et les élixirs, et à bien d'autres opérations plus subtiles qu'utiles, qui les engagent dans autant d'erreurs diverses, se mettent au supplice pour leur seul plaisir ; jamais ils ne feront réflexion par leur propre génie sur la simple voie qu'emprunte la Nature, et jamais un rayon de Vérité ne viendra les éclairer et les guider. Cette trop laborieuse subtilité les écarte de la vérité, et submerge leur esprit dans des embarras, pareils aux Syrtes. Toute l'espérance qui leur reste, c'est de trouver un bon guide et un précepteur fidèle, qui, les ayant retirés de ces ténèbres, leur fasse apercevoir la pure clarté du Soleil de la vérité.

7

Un débutant en cette étude, s'il se sent doué d'un esprit clairvoyant, d'un jugement solide et arrêté, d'une inclination à l'étude de la philosophie, particulièrement à celle de la Physique ; s'il a, de plus, le cœur pur, les mœurs bonnes, et s'il est, en outre, étroitement uni à Dieu — même s'il n'est pas versé dans la Chimie — qu'il entre néanmoins dans la voie royale de la Nature, qu'il lise les livres des plus fameux auteurs en cette science, qu'il cherche un compagnon qui ait comme lui l'esprit juste et soit également porté d'inclination à l'étude, et ensuite, qu'il ne désespère point de réussir en son dessein.

8

Que celui qui recherche ce secret se garde bien de la lecture, et de la conversation des faux Philosophes. Car il n'y a rien de plus dangereux à ceux qui embrassent quelque science que le commerce d'un ignorant, ou d'un fourbe, qui veut faire passer pour des principes authentiques ses principes faux, par lesquels un esprit sincère et de bonne foi devient imbu d'une doctrine mauvaise.

9

Que celui qui aime la vérité ait peu de livres entre les mains, mais des meilleurs et des plus fidèles ; qu'il tienne pour suspect tout ce qui est facile à comprendre, particulièrement en ce qui concerne les noms qui sont mystérieux, et tout ce qui concerne les opérations secrètes. Car la vérité est cachée sous ces voiles, et jamais les Philosophes n'écrivent plus trompeusement que lorsqu'ils semblent écrire trop ouvertement, ni plus véritablement que lorsqu'ils cachent ce qu'ils veulent dire sous des termes obscurs.

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Parmi les auteurs les plus célèbres qui ont écrit le plus subtilement, et le plus véridiquement, sur les secrets de la Nature et de la Philosophie occulte, Hermès (Trismégiste) et Morien entre les Anciens, semblent à mon avis, tenir le premier rang ; parmi les nouveaux, Bernard le Trévisan, et Raymond Lulle, pour lequel j'ai une vénération plus grande que pour tous les autres car, ce que ce Docteur très subtil a omis, personne d'autre ne l'a dit. Que l'on explore donc, et qu'on lise souvent son Premier Testament, et aussi son Codicille, comme si l'on devait en retirer un legs de grande valeur. Qu'à ces deux volumes, on ajoute les deux Pratiques du même auteur, ouvrages dont on peut tirer tout ce que l'on désire, particulièrement l'authenticité de la matière (première), le degré du feu, et en général tout le régime pour l'accomplissement du Grand-Œuvre ; et c est (précisément) ce en quoi les Anciens, dans le dessein de nous cacher le secret, ont été trop obscurs et trop réticents. Certes, on ne trouvera nulle part ailleurs démontrées plus fidèlement et plus clairement les causes cachées des choses, et les mouvements occultes de la Nature. Il traite peu, dans ses ouvrages, de l'eau première des Philosophes ; mais le peu qu'il dit de cette eau mystérieuse est très significatif.

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Touchant donc cette eau limipide que beaucoup cherchent, et que peu rencontrent, bien qu'elle soit familière, s'offrant à tout le monde et servant à tout le monde, qui est la base de l'ouvrage philosophique, un gentilhomme Polonais anonyme, non moins plein d'érudition que de vivacité d'esprit, et dont le nom néanmoins a été indiqué par deux anagrammes qui en ont été faites, en a parlé dans sa Nouvelle Lumière Chimique, dans sa Parabole Enigmatique, et même dans son Traité du Soufre, assez au long et fort subtilement : il en a dit tout ce qui pouvait s'en dire, si clairement qu'on ne peut rien souhaiter de plus.

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Les philosophes s'expriment plus librement et plus significativement par des caractères et des figures énigmatiques, comme par un langage muet, que par des paroles : témoin la table de Senior, les peintures allégoriques du Rosaire, et, dans Nicolas Flamel, les figures d'Abraham Juif ; et, parmi les œuvres modernes, les emblèmes secrets du très docte Michel Maier, dans lesquels les mystères des Anciens sont si clairement révélés et dévoilés qu'ils en sont comme des lunettes neuves, qui nous feraient paraître proche de nos yeux, et de la manière la plus lumineuse, la vérité antique et reculée par l'intervalle de plusieurs années.

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Celui qui assure que le secret de la Pierre Philosophale surpasse les forces de la Nature et de l'Art, celui-là, dis-je, est entièrement aveugle, car il ignore le Soleil et la Lune.

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La Matière de la Pierre.

Les philosophes, sous un langage varié, ont dit néanmoins la même chose en ce qui concerne la matière de cette Pierre ; de sorte que plusieurs, qui ne se ressemblent point en paroles, tombent d'accord cependant sur la chose elle-même. Leur façon de parler, pour être discordante, ne laisse pour autant aucune tache de fausseté ou d'ambiguïté à notre Science : vu qu'une même chose peut être exprimée en plusieurs langues, énoncée de diverses façons, représentée par des effigies différentes , et même, sous divers aspects, elle peut être nommée tantôt d'une façon, tantôt d'une autre.

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Qu'on prenne donc garde à la signification diverse des mots. Car les Philosophes ont coutume d'expliquer leurs mystères par des détours trompeurs, et sous des termes douteux, et même le plus souvent, contradictoires en apparence, afin de protéger par des embarras et des voiles l'étude de ces vérités, mais non pour les falsifier ni pour les détruire. C'est pour cette raison que leurs écrits sont pleins de mots ambigus, dont le sens est équivoque. Certes, ils n'ont pas de plus grand soin que de dissimuler leur rameau d'or, qui est caché, comme dit le Poète ', dans les retraites secrètes d'une sombre forêt, laquelle est toute environnée de vallons qui y font régner des ténèbres éternelles ; et qui résiste à quelque force que ce soit. Il se laisse arracher seulement à celui qui pourra reconnaître les oiseaux maternels, et vers qui deux colombes, venant du ciel, dirigeront leur vol.

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Celui qui cherche l'art de perfectionner et de multiplier les métaux imparfaits hors des métaux eux-mêmes, chemine dans l'erreur. Car il faut chercher dans la nature des métaux l'espèce métallique, comme dans l'homme celle de l'homme, et dans le bœuf celle du bœuf.


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L'art et la nature.

Il faut confesser que les métaux ne peuvent se multiplier par l'instinct et par les forces de la seule nature ; que, cependant, la vertu de multiplier est cachée dans la profondeur de leur substance ; et qu'elle est manifestée et mise en évidence par le secours de l'art, dont la nature a besoin en cet ouvrage. Car l'un et l'autre sont requis pour le mener à bien.

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Les corps les plus parfaits sont doués aussi d'une semence plus parfaite ; ainsi, sous la dure écorce des métaux les plus parfaits est cachée également une semence plus parfaite.

Si quelqu'un sait l'en tirer, il peut se vanter qu'il est dans le bon chemin ' : dans l'or est la semence de l'or, bien qu'elle soit cachée dans sa racine, et dans la profondeur de sa substance, plus fortement que dans les autres métaux.

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Quelques Philosophes ont dit que leur ouvrage était composé du Soleil et de la Lune seulement ; quelques autres ajoutent Mercure au Soleil, d'autres veulent que ce soit du soufre et du mercure ; quelques-uns soutiennent que le sel de la nature, mêlé aux deux derniers nommés, n'occupe pas un moindre rang dans l'œuvre. Or, tous ces Philosophes, bien qu'ils aient écrit que leur Pierre était produite, tantôt à partir d'une seule chose, tantôt de deux, de trois, de quatre ou de cinq, néanmoins dans leur langage divers n'ont tous qu'une même intention et qu'un même but.

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Pour nous, afin de lever toutes ces embûches et ces pièges, et pour parler sincèrement de bonne foi, nous assurons que l'ouvrage entier s'accomplit parfaitement grâce à deux corps seulement, à savoir le Soleil et la Lune dûment préparés. Car la Nature effectue avec ces deux corps une véritable génération naturelle, avec le secours de l'art, par l'intervention de l'accouplement entre le mâle et la femelle, d'où procède une lignée beaucoup plus noble que ses parents.

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Or il faut que ces (deux) corps soient vierges et non corrompus, vivants et animés, et non pas morts comme ceux dont le vulgaire se sert : car comment peut-on attendre la vie de choses mortes ! On appelle corrompues les choses qui ont déjà souffert la copulation, et mortes celles qui, martyrisées par la violence du feu, ce tyran du Monde, ont rendu l'âme avec le sang : fuis donc ce fratricide qui, dans toute la conduite de l'ouvrage, cause ordinairement de grands maux.

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Le Soleil est le mâle du Grand-Œuvre, car c'est lui qui donne la semence active et informante ; la Lune est la femelle, qui est aussi nommée la matrice et le vaisseau de la Nature, parce qu'elle reçoit en elle la semence du mâle, et la fomente au moyen de son menstrue. Néanmoins elle n'est pas entièrement privée de vertu active ; car c'est elle qui, la première, furieuse et aiguillonnée par l'amour, assaille le mâle, et se mêle avec lui, jusqu'à ce qu'elle ait satisfait ses amoureux désirs, et qu'elle en ait reçu la semence féconde : et elle ne se désiste pas de l'étreindre, jusqu'à ce qu'en étant engrossée, elle se retire tout doucement.


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Par le nom de la Lune, les Philosophes n'entendent pas la Lune vulgaire, laquelle dans leur ouvrage est mâle, et fait dans l'accouplement la fonction de mâle. Qu'on ne soit pas malavisé au point de faire ainsi une alliance criminelle et contre nature de deux mâles et qu'on n'attende aucune lignée d'un tel accouplement. Mais que l'adepte joigne en un mariage légitime, avec la formule d'usage, Gabritius à Béia, le frère et la sœur, afin qu'il puisse en naître un glorieux fils du Soleil.

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Ceux qui disent que le soufre et le mercure sont la matière de la pierre, comprennent par le soufre le Soleil et la Lune vulgaire, et par le mercure la Lune des philosophes. Ainsi le pieux Lulle parlant sans fard et sans déguisement, conseille à son ami, de n'opérer pour l'argent qu'avec le Mercure et la Lune, et pour l'or, avec le Mercure et le Soleil.

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Que l'on ne se trompe donc point, en ajoutant à deux un troisième, car l'amour ne souffre point de compagnon et de tiers, et le mariage s'accomplit seulement entre deux : l'amour que l'on cherche au-delà n'étant plus un mariage, mais un adultère.

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Néanmoins l'amour spirituel ne pollue point la virginité : Béia a donc pu sans crime, avant de donner sa foi à Gabritius, avoir contracté un amour spirituel, afin d'en devenir plus vigoureuse, plus blanche et plus propre aux choses du mariage.

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La procréation des enfants est la fin d'un mariage légitime. Or, afin que l'enfant en naisse plus robuste et plus généreux, il faut que les deux époux soient nets de toute lèpre et de toute tache, avant que d'entrer dans le lit nuptial ; et il faut qu'il n'y ait en eux rien d'étranger ou de superflu, parce que d'une semence pure, procède une génération également pure. Par ce moyen, le chaste mariage du Soleil et de la Lune sera parfaitement bien consommé lorsqu'ils seront montés sur le lit d'amour, et qu'ils se seront mêlés. Celle-ci reçoit de son mari l'âme par ses caresses, et à l'issue de leur accouplement il naît un Roi très puissant, dont le père est le Soleil, et la Lune, la mère.

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Celui qui cherche la teinture philosophique en dehors du Soleil et de la Lune, perd son huile et sa peine : car le Soleil fournit une teinture très abondante en rougeur, comme la Lune en blancheur. Ces deux corps sont les seuls que l'on nomme parfaits, parce qu'ils sont pleins de la substance d'un soufre très pur, parfaitement mondé par l'industrie ingénieuse de la nature. Teins donc ton mercure avec l'un ou l'autre de ces deux luminaires, car il est nécessaire qu'il soit teint au préalable, afin que lui-même puisse teindre.

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Les métaux parfaits.

Les métaux parfaits contiennent en eux deux choses qu'ils peuvent communiquer aux imparfaits, à savoir la teinture et la fixation. Car pour autant qu'ils sont teints d'un soufre pur, c'est-à-dire d'un soufre blanc, et d'un (autre) rouge, et qu'ils sont fixés, autant leur teinture teint parfaitement, et ils fixent aussi parfaitement étant bien préparés avec leur propre soufre et leur propre arsenic. Autrement, ils n'ont pas la faculté de multiplier leur teinture.

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Parmi les métaux parfaits, le mercure est le seul qui soit propre à recevoir la teinture du Soleil et de la Lune et à s'en imprégner, dans l'ouvrage de la Pierre philosophale ; afin qu'en étant pleinement imbus, ils puissent teindre suffisamment les autres métaux. Néanmoins, il doit être au préalable imprégné et pénétré de leur soufre invisible, afin d'être plus abondamment imbu de la teinture visible de ces corps parfaits, et qu'il puisse la communiquer avec usure.

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Cependant, la foule des philosophes transpire et se torture à extraire la teinture de l'or lui-même. En effet, ils croient que la teinture se sépare du Soleil, et qu'une fois séparée, on peut en augmenter les vertus : mais « enfin l'espérance trompe les laboureurs avec des épis

vides » .

Car il ne peut se faire que la teinture du Soleil se sépare aucunement de son corps naturel, à cause de la perfection de celui-ci —, nul corps élémentaire plus parfait que l'or n'ayant été façonné par la nature —, laquelle procède de l'union forte et inséparable de son soufre tant pur que teignant avec son mercure, l'un et l'autre étant pour cela parfaitement préparés par la nature, qui ne permet pas que l'art puisse les séparer d'une vraie séparation. Si l'on tire par la violence du feu, ou celle des eaux corrosives, un peu de liqueur permanente du Soleil, il faut croire que l'on obtient une portion de son corps liquéfié par force, et non la séparation de la teinture. Car toute teinture suit son corps, et ne s'en sépare jamais. C'est là une illusion de l'art inconnue aux artisans eux-mêmes.

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Même si l'on accorde que la teinture est séparable de son corps, il faut avouer cependant que cette séparation ne peut pas s'opérer sans la corruption du corps lui-même, et celle de la teinture ; vu que l'on violente l'or ou bien par le feu de fusion, ce destructeur de la Nature, ou bien par les eaux fortes, qui rongent plutôt qu'elles ne dissolvent. C'est pourquoi il faut nécessairement que le corps dépouillé de sa teinture et de sa toison d'or devienne en quelque sorte une chose vile et comme un poids inutile pour le désespoir de l'artisan, sa teinture toute corrompue ayant moins de force pour opérer.

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Que ces philosophes-là jettent donc leur teinture dans le mercure, ou dans n'importe quel autre corps imparfait, et qu'ils les unissent aussi étroitement que les forces de l'art le permettent, ils seront cependant par deux fois frustrés de leur espoir : d'abord parce qu'ils expérimenteront que cette teinture ne pénétrera ni ne teindra ce corps, ce qui serait au-dessus des forces et du poids de la nature ; ce pourquoi, ils ne recevront par ce moyen aucun gain dont ils puissent réparer la dépense et l'abjection du corps ainsi dépouillé. Ainsi que le dit le proverbe : « la pauvreté mortelle croît lorsque le travail est à perte ». De plus cette teinture étrangère appliquée à un corps étranger ne lui donnera pas la fixation et la permanence parfaites nécessaires à ce qu'il puisse soutenir la touche, et résister à l'épreuve de Saturne.

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Qu'ils changent donc tout de suite de route, et qu'ils ménagent mieux leur temps et leur dépense, les étudiants de l'alchimie qui se sont laissé mener jusqu'à présent par les vagabonds et les imposteurs ; qu'ils s'appliquent avec zèle à un ouvrage vraiment philosophique, afin qu'ils ne soient point sages trop tard comme les Phrygiens, et ne soient point forcés de s'exclamer avec le Prophète (Osée, VII) : « des étrangers ont dévoré le fruit de ma force ».

35

Plus de travail et plus de temps s'emploient dans l'Œuvre philosophique qu'il ne s'y fait de dépenses. Car il reste peu de frais à soutenir à celui qui possède la matière convenable. C'est pourquoi ceux qui tâchent d'accaparer de grandes sommes d'argent, et placent dans les dépenses le plus difficile secret de l'Œuvre, montrent plus de confiance en la bourse d'autrui qu'en leur savoir propre. Que l'apprenti trop crédule se garde donc de ces voleurs, car lorsqu'ils promettent des montagnes d'or, ils ne font que des embûches à votre or : ils réclament qu'un Soleil marche devant eux, parce qu'eux-mêmes déambulent dans les ténèbres.

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Le Mercure philosophique.

De même que ceux qui naviguent entre Charybde et Scylla risquent le naufrage aussi bien ici que là, de même ils ne sont pas menacés d'un moindre péril ceux qui, aspirant à la conquête de la Toison d'or, flottent entre les équivoques du soufre et du mercure des Philosophes, ces deux écueils. Les plus perspicaces, par la lecture assidue des auteurs les plus graves et les plus sincères, et par la lumière d'un rayon du Soleil, ont acquis la connaissance du soufre, mais ils sont restés suspendus au seuil du mercure des Philosophes. Car les auteurs en ont parlé avec tant de détours et de méandres, et l'ont appelé de tant de noms ambigus, qu'on le découvre plutôt par une impétuosité d'esprit, et sans y penser, que lorsqu'on le cherche à force de raison et de sueur.

37

Pour immerger plus profondément leur mercure dans les ténèbres, les philosophes l'ont fait multiple, et en chaque partie et chaque régime du Grand Œuvre ils apportent le mercure, qui cependant est toujours différent. Ainsi n'en obtiendra jamais la connaissance parfaite quiconque ignorera l'une des parties de l'Œuvre.

38

Les philosophes ont reconnu principalement trois sortes de mercure : à savoir, après que soit accomplie la préparation du premier degré, et la sublimation philosophique, ils appellent alors cette matière leur mercure ou mercure sublimé.

39

Secondement, dans la seconde préparation, que les auteurs nomment la première (parce qu'ils omettent la première), le Soleil étant redevenu cru, et, dissous en sa première matière, ils appellent cette matière ainsi crue ou dissoute, le mercure des corps, ou des Philosophes. Alors cette matière s'appelle (aussi) Rebis ou Chaos, ou Monde entier, parce que tout ce qui est nécessaire pour l'œuvre s'y trouve et qu'elle suffit seule pour faire la pierre philosophale.

40

Enfin ils appellent quelquefois mercure des Philosophes, l'élixir parfait et la médecine teignante, quoique de manière impropre, car le nom de mercure ne convient qu'à ce qui est volatil (c'est pourquoi tout ce qui se sublime à quelque stade de l'ouvrage que ce soit, ils l'appellent aussi mercure) : mais l'élixir, parce qu'il est très fixe, ne doit pas être appelé du simple nom de mercure. Aussi l'ont-ils appelé leur mercure, à la différence du volatil. La voie droite pour étudier et discerner tant de mercures des Philosophes ne se montre vraiment qu'à ceux-là, « que chérit le juste Jupiter, ou qu'une ardente vertu a élevés jusqu'aux deux ».

41

L'élixir s'appelle mercure des Philosophes, à cause de sa ressemblance et de sa grande conformité avec le mercure céleste ; car celui-ci, bien que privé des qualités élémentaires, est néanmoins très propre à les influer : ce Protée versatile emprunte et accroît la nature et le génie des diverses planètes, à raison de l'opposition, de la conjonction, ou de l'aspect. L'élixir ambigu opère de même, car n'ayant aucune qualité particulière, il embrasse la qualité et la nature de la chose à laquelle il se mêle, et en multiplie les vertus et les qualités d'une façon merveilleuse.

42

Dans la sublimation philosophique du mercure, ou première préparation, un travail d'Hercule incombe (aussitôt) à celui qui travaille. En effet, sans Alcide, Jason eût tenté en vain son expédition en Colchide ; « A l'un des princes de montrer la toison dorée du célèbre bélier, comme s'il pouvait l'enlever ; à l'autre de soulever un tel fardeau ! »

Car le seuil est gardé par des bêtes à cornes furieuses, qui écartent, non sans dommage, ceux qui s'approchent témérairement. Seuls les insignes de Diane, et les colombes de Vénus adouciront leur férocité, si les destins t'y appellent.

43

Le Poète semble avoir voulu décrire la qualité naturelle de la terre philosophique et la manière de la cultiver, lorsqu'il chante « un sol gras que de forts taureaux retournent aussitôt, dès les premiers mois de l'année » et « la glèbe désagrégée qui se dissout grâce au zéphyr ».

44

Celui qui désignera la Lune des philosophes ou le mercure des Philosophes comme étant le mercure vulgaire, ou bien trompe sciemment (autrui), ou bien se trompe lui-même. En effet Geber nous enseigne que le mercure des Philosophes est bien en vérité un vif-argent, non cependant le vulgaire, mais celui qui en est extrait par le savoir philosophique.

45

L'expérience confirme l'opinion des plus graves philosophes, selon laquelle leur mercure n'est pas dans toute sa nature et dans toute sa substance le vif-argent vulgaire, mais qu'il en est l'essence la plus centrale et la plus pure qui puisse en tirer son origine, et être créée à partir de lui.

46

On nomme le mercure des Philosophes de différents noms ; tantôt on l'appelle terre, tantôt on l'appelle eau, pour divers motifs, et surtout parce qu'il est composé naturellement de l'une et de l'autre. Cette terre est subtile, blanche, sulfureuse : les éléments y sont fixes et l'or philosophique y est à l'état de semence. Tandis que l'eau est une eau-de-vie, c'est-à-dire ardente, permanente, extrêmement limpide, qu'on appelle aussi eau de l'or et de l'argent. Le mercure dont il est question ici, parce qu'il contient encore son soufre, qui se multiplie par le moyen de l'art, peut aussi s'appeler soufre de vif-argent. Enfin cette substance si précieuse est la Vénus des anciens, l'hermaphrodite douée des deux sexes.

47

Le vif-argent est en partie naturel, et en partie artificiel : sa part intrinsèque et occulte a sa racine dans la nature, et ne se peut tirer que par une purification préalable, et une sublimation faite avec science. La part intrinsèque est étrangère à la nature et accidentelle. Sépare donc le pur de l'impur, la substance des accidents, et rends manifeste ce qui était caché par les voies de la nature, ou bien désiste-toi entièrement. Car tel est le premier fondement de l'art et de tout l'ouvrage.

48

Cette liqueur sèche et très précieuse constitue l'humide radical des métaux ; c'est pourquoi quelques anciens l'ont appelée verre. Car le verre se tire de l'humide radical, qui adhère opiniâtrement aux cendres des choses et qui ne cède qu'à la violence d'un feu extrême ; cependant notre mercure naturel et central se manifeste grâce au feu très bénin, quoique assez long de la nature.

49

Les uns par la calcination, les autres par la sublimation, quelques-uns par le moyen de vases vitrifiants, d'autres d'entre le vitriol et le sel, comme d'entre ses vaisseaux naturels, ont voulu obtenir la terre philosophique et latente. D'autres ont enseigné qu'il fallait sublimer la chaux et le verre (dans le même but).

Mais nous, nous avons appris de la bouche du Prophète ' que Dieu au commencement créa le ciel et la terre, que la terre était stérile et déserte, que les ténèbres étaient sur la face de l'abîme et que l'esprit de Dieu était porté au-dessus des eaux ; et que Dieu dit que la lumière soit, et que la lumière fut ; et que Dieu vit la lumière, qui était bonne et qu'il sépara la lumière des ténèbres, etc. La bénédiction qui fut donnée à Joseph, rapportée par le même Prophète J, ce sera assez pour le sage : sa terre tirera sa bénédiction de Dieu, elle devra l'hommage de sa fécondité aux fruits du ciel, à la rosée, et aux eaux de l'abîme ; c'est aux fruits du Soleil et de la Lune, aux sommets des montagnes antiques, aux fruits des collines éternelles qu'elle rendra tribut. Prie donc Dieu de tout ton cœur, mon fils, afin qu'il te donne une portion de cette terre bénie.

50

Le vif-argent est tellement infecté par le défaut et le vice de son origine, qu'il en garde deux traces remarquables : la première, il l'a contractée par l'impureté de la terre qui s'est mêlée à sa génération, et qui continue à y adhérer par la congélation. L'autre, pareille à une hydropisie, est une maladie d'eau entre chair et cuir, qui provient d'une eau grasse et impure mélangée à la limpide, et que la nature n'a pas pu épuiser et séparer par contraction : cependant parce qu'elle est étrangère elle s'évapore à la moindre chaleur. Cette lèpre qui infeste le corps du mercure ne gît ni dans sa racine, ni dans sa substance, mais elle est accidentelle : c'est pour cela qu'elle s'en sépare facilement. L'imperfection terrestre s'en va grâce à un bain et à un lavage humide. L'imperfection aqueuse s'en va grâce à un bain sec, avec le secours du feu bénin de la génération. Ainsi par une triple ablution et purgation, le dragon dépouillé de ses écailles anciennes et de sa peau rugueuse se renouvelle.

51

La sublimation philosophique du mercure s'accomplit par deux moyens, en faisant sortir ce qui est superflu, et en faisant entrer ce qui manquait ; les choses superflues sont les accidents externes qui voilent l'étincelant Jupiter de la sombre sphère de Saturne. Ote donc cette écorce livide de Saturne, jusqu'à ce que l'astre pourpre de Jupiter brille à tes yeux. Ajoutes-y le soufre de la nature, dont le mercure possède déjà un grain, et comme un ferment, dont il contient autant qu'il lui en faut : mais fais aussi en sorte qu'il y en ait autant qu'il en faut pour les autres. Multiplie donc ce soufre invisible des philosophes, jusqu'à ce que le lait de la Vierge en soit exprimé : alors s'ouvre à toi la première porte.

52

Un dragon digne des Hespérides garde la porte du jardin des Philosophes, à l'entrée duquel une fontaine d'une eau très limpide, jaillissant de sept fissures, s'épanche tout autour. Il faut faire boire le dragon dans cette fontaine jusqu'au nombre magique de trois fois sept, et il faut le faire boire jusqu'à ce que, devenu ivre, il dépouille sa peau écailleuse : puissent être propices les divinités de Vénus lumineuse et de Diane cornue.

53

Trois espèces de très belles fleurs doivent être cherchées et trouvées au fond de ce jardin des philosophes : des violettes rouge vif, un lys blanc et l'amarante pourpre et immortelle. Non loin de la fontaine du seuil, les violettes printanières se présenteront d'abord à toi, et étant arrosées par des canaux d'un large fleuve doré, prendront la couleur très nette d'un saphir à peine obscur : le Soleil t'en donnera des présages. Tu ne cueilleras point ces fleurs si précieuses jusqu'à ce que tu aies composé la Pierre, car, cueillies fraîchement, elles ont plus de suc et de teinture : à ce moment-là, arrache-les avec soin, d'une main adroite et ingénieuse : en effet, si les destins n'y font point obstacle, elles suivront facilement, et une fleur étant arrachée, il en naîtra aussitôt une autre à sa place. Pour le lys et l'amarante, il faudra plus de soin et un plus long travail.

54

Les philosophes ont aussi leur Mer, où s'engendrent de petits poissons gras, qui brillent en écailles d'argent : si l'on sait les prendre et les envelopper dans un filet délié, on sera tenu pour un pêcheur très expert.

55

La Pierre des philosophes ' se trouve dans des montagnes très anciennes et coule de ruisseaux éternels. Ces montagnes sont d'argent, et ces ruisseaux sont d'or. C'est de là que proviennent et l'or et l'argent et tous les trésors des rois.

56

Quiconque voudra trouver la Pierre des philosophes devra entreprendre un long voyage : il lui est en effet nécessaire d'aller visiter les deux Indes, afin d'en rapporter des pierres très précieuses, et un or très pur.

57

Les philosophes tirent leur pierre de sept autres pierres, dont les principales sont d'une nature et d'une vertu opposées : l'une donne le soufre invisible, l'autre le mercure spirituel ;

celle-ci communique la chaleur et la sécheresse, l'autre la froideur et l'humidité. Ainsi, par leurs moyens, les forces des éléments sont redoublées et multipliées dans la Pierre. La première se trouve dans l'Orient, la seconde dans l'Occident ; l'une et l'autre ont la faculté de teindre et de multiplier et si la Pierre philosophale n'en puise sa première teinture, elle ne teindra, ni ne multipliera.

58

Pratique.

Prenez la Vierge ailée après qu'elle aura été très bien lavée, purifiée et engrossée de la semence spirituelle d'un premier mâle, restant néanmoins encore vierge et impolluée, bien qu'elle soit enceinte. Tu la découvriras à ses joues teintes d'une couleur vermeille ; allie-la, et accouple-la à un second mâle (sans que pour autant elle doive être soupçonnée d'adultère) de la semence corporelle duquel elle concevra à nouveau. Ensuite elle enfantera une lignée vénérable, qui sera de l'un et de l'autre sexe, et où prendra son origine une race immortelle de Rois très puissants.

59

Ayant parfaitement purgé l'Aigle et le Lion, renferme-les dans leur enclos transparent, et accouple-les, ayant étroitement fermé le vestibule, et en prenant soigneusement garde que leur baleine ne s'en exhale ou qu'un air étranger ne s'y insinue. Dans leur saillie, l'aigle déchirera et dévorera le lion et sera saisie ensuite d'un long sommeil, puis devenue hydropique par l'enflure de son estomac, elle se changera grâce à une merveilleuse métamorphose en un corbeau très noir, qui déployant petit à petit ses ailes, commencera à voler et dans son vol fera tomber l'eau des nuages, jusqu'à ce que, mouillé plusieurs fois, il quitte de lui-même ses plumes, et retombant en bas se change en un cygne très blanc. Que ceux qui ignorent les causes des choses, admirent cela dans leur étonnement, en considérant que le monde n'est rien d'autre qu'une métamorphose continuelle ; qu'ils admirent comment les semences des choses, lorsqu'elles sont parfaitement digérées, se changent en blancheur parfaite. Et que le philosophe imite la Nature dans son œuvre.

60

Les milieux et les extrêmes.

Pour donner la forme et la perfection à ses ouvrages, la Nature y procède de telle sorte qu'elle conduit la chose depuis le commencement de la génération jusqu'au dernier terme de la perfection par divers milieux, comme par divers degrés. Elle parvient donc à sa fin et à son but petit à petit et par degrés plutôt que par interruptions et par bonds, en limitant et en renfermant son ouvrage entre deux extrêmes distincts, et séparés par plusieurs milieux. Or, la pratique philosophique, qui doit imiter la nature dans la marche de son ouvrage, et dans la recherche de la Pierre, ne doit point s'écarter de la voie et de l'exemple de la Nature : car tout ce qui se fait hors de ses routes, constitue une erreur ou l'approche de l'erreur.

61

Les deux extrêmes de la pierre sont le vif-argent naturel, et l'élixir parfait : et les milieux par lesquels s'effectue tout le progrès de l'ouvrage, sont de trois sortes ; car ou bien ils regardent la matière, ou bien les opérations, ou bien les signes démonstratifs. Sur ces extrêmes et ces milieux roule tout l'accomplissement de l'œuvre.

62

Quant aux milieux matériels, ou qui concernent la matière de la pierre, il y en a divers degrés ; car les uns se tirent successivement des autres. Les premiers sont le mercure, sublimé philosophiquement, et les métaux parfaits. Bien que ceux-ci soient les derniers dans l'opération de la nature, ils tiennent lieu de milieux dans l'opération philosophique. De ces premiers sont tirés les seconds, à savoir les quatre éléments, qui sont tour à tour circulaires et fixes ; de ces seconds en sont encore issus les troisièmes, à savoir les deux sortes de soufre, dont la multiplication est le terme du premier régime de l'ouvrage. Les quatrièmes et derniers milieux sont les ferments et les onguents, avec leur poids et leur proportion justes, qui sont produits successivement dans

 

« Enfin du régime parfait de toutes ces choses se crée l'élixir parfait, qui est la dernière étape et le ternie de tout l'Œuvre... » l'ouvrage de l'élixir par le mélange des premiers. Enfin, du régime parfait de toutes ces choses se crée l'élixir parfait, qui est la dernière étape et le terme de tout l'Œuvre, où la Pierre des Philosophes se repose comme en son centre, et dont la multiplication n'est rien qu'un bref renouvellement des opérations susdites.

63

Les milieux qui regardent l'opération ou le régime (et qui sont également nommés les clés de l'œuvre) sont premièrement la dissolution ou liquéfaction ; deuxièmement, l'ablution ; troisièmement, la réduction ; quatrièmement, la fixation. Par la liquéfaction, les corps sont rendus à leur première matière, qui est fluide ; les choses cuites redeviennent crues, et alors (vient) l'accouplement du mâle et de la femelle, d'où s'engendre le corbeau ; et enfin la Pierre, par cette même liquéfaction, retourne en ses quatre éléments, ce qui se produit par le mouvement rétrograde des luminaires. L'ablution enseigne à blanchir le corbeau, et à changer Saturne en Jupiter, ce qui se fait par la conversion du corps en esprit. La fonction de la réduction est de rendre l'âme à la Pierre morte et inanimée, et de la nourrir d'un lait de rosée, tout spirituel, jusqu'à ce qu'elle ait pris vigueur. Dans ces deux dernières opérations, le Dragon se fait violence à lui-même, et se dévorant la queue, il se consume et s'épuise totalement, et enfin se change en la Pierre. En dernier lieu, l'opération de la fixation fixe les deux soufres dans leur corps : ceux-ci étant fixés, elle cuit graduellement au moyen de l'esprit qui est le médiateur des teintures, cette fermentation ; elle mûrit ce qui est cru, et adoucit ce qui est amer. Enfin, l'élixir fluide, en pénétrant et en léchant, engendre, perfectionne, et apporte le suprême degré de sublimité et d'excellence.

64

Les milieux qui concernent les signes démonstratifs, sont les couleurs qui apparaissent successivement et en ordre dans la matière, et qui en indiquent les affections et les passions, dont trois sont tenues pour les principales et critiques (quelques-uns en admettent une quatrième). La première, c'est la noire, qui est appelée la tête de corbeau, à cause de l'extrême noirceur qui arrive avec elle dans la matière ; son crépuscule et sa blancheur défaillante indiquent le commencement de l'action du feu de la nature, ou le commencement de la dissolution ; mais sa nuit la plus noire indique la perfection de la liquéfaction et de la confusion des éléments. Alors le grain commence à pourrir et à se corrompre, afin d'être plus propre à la génération. A la couleur noire succède la blanche, où gît la perfection du premier degré, celle du soufre blanc : alors, c'est là ce qu'on appelle la pierre bénie : c'est la terre blanche et feuilletée dans laquelle les Philosophes sèment leur or. La troisième couleur est la couleur citrine, qui se produit quand le blanc passe au rouge, et qui est comme un intermédiaire entre ces deux couleurs, étant mêlée de l'une et de l'autre, et pareille à l'aurore aux cheveux dorés, cette avant courrière du Soleil. La quatrième couleur, rouge ou sanguine, se tire de la blanche par le feu seul. Or, la blancheur, parce qu'elle est facilement altérée par toute autre couleur, commence aussi à s'effacer et à passer dès que l'aurore commence à y naître. Et la rougeur sombre accomplit l'ouvrage du soufre solaire, qui s'appelle la semence masculine, le feu de la pierre, la couronne royale, le fils du Soleil, et dans lequel se termine le premier travail de l'opérateur.

65

Outre ces signes essentiels et décisifs, qui adhèrent radicalement à la matière, et en indiquent les changements les plus importants, il y a encore une infinité d'autres couleurs apparentes et trompeuses, qui se font voir dans les vapeurs, comme l'arc-en-ciel dans les nuées, et se dissipent aussitôt, s'effaçant pour laisser place à d'autres, qui sont plutôt dans l'air que dans la terre. L'opérateur ne doit pas se mettre beaucoup en peine de celles-là, d'autant qu'elles ne sont pas permanentes, et ne sont pas issues de la disposition intrinsèque de la matière, mais du feu, qui peint et colore à son gré l'humide subtil, par hasard même ; bien que ce soit l'effet de sa chaleur.

66

Néanmoins, quelques-unes de ces couleurs étrangères, quand elles surviennent hors du moment propice, présagent à l'ouvrage quelque chose de sinistre. Ainsi, sa noirceur réitérée : il ne faut jamais souffrir qu'après que les petits des corbeaux aient quitté leurs nids, ils y retournent. Ou encore, une rougeur qui vient trop vite, car cette couleur-là ne doit apparaître qu'une fois, et seulement à la fin, car alors elle fait concevoir une sûre espérance de moisson. Si elle rougit la matière plutôt, elle est un signe de grande sécheresse, ce qui ne va pas sans un péril que seul le Ciel en répandant une pluie soudaine, peut détourner.

67

Les digestions de la Pierre.

Par digestions successives, comme par degrés, la Pierre philosophale acquiert de nouvelles forces, et enfin son entière perfection. L'ouvrage s'accomplit par quatre digestions, qui répondent et conviennent aux quatre opérations et régimes susdits, dont le feu est l'auteur, et le maître : c'est lui qui y fait et y introduit toutes les différences grâce auxquelles nous les avons distinguées.

68

La première digestion opère la dissolution du corps, au cours de laquelle a lieu le premier accouplement du mâle et de la femelle, le mélange de leurs deux semences, la putréfaction et la résolution des éléments en une eau homogène, l'éclipse du Soleil et de la Lune en la tête du Dragon. Enfin par elle le monde retourne à l'ancien chaos et à l'abîme ténébreux. Cette première digestion s'opère comme celle qui a lieu dans l'estomac par un temps de chaleur cuisante et débilitante, qui est plus propre à la corruption qu'à la génération.

69

Pendant la seconde digestion, l'esprit de Dieu vole au-dessus des eaux : la lumière commence à paraître et les eaux commencent à se séparer des eaux. Le Soleil et la Lune se renouvellent, les éléments sont tirés du chaos, afin que mélangés avec proportion par la vertu de l'esprit qui les gouverne, ils puissent refaire un monde nouveau ; un nouveau ciel et une nouvelle terre se forment. Ensuite tous les corps deviennent spirituels ; les petits des corbeaux ayant changé de plumes commencent à devenir colombes ; l'aigle et le lion s'embrasassent d'un nœud éternel. Cette régénération du monde se fait par le moyen d'un esprit de feu qui descend en forme d'eau et efface le péché originel : car l'eau des philosophes est le feu même, quand elle est émue et élevée par la chaleur du bain. Mais prenez garde que la séparation des eaux ne se fasse selon leur poids et leur mesure, de peur que celles qui restent sous le ciel ne noient la terre, ou que celles qui sont emportées au-dessus le ciel ne la laissent aride. « Qu'une eau trop avare n'imprègne pas ici le sable stérile ! » (Virgile.)

 

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Published by Jean d'Espagnet - dans Alchimie
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