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26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 07:08

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La troisième digestion donne à la terre qui vient d'être renouvelée un lait de rosée, et lui communique toutes les vertus spirituelles de la quintessence ; elle lie au corps l'âme vivifiante par l'entremise de l'esprit. Alors la terre possède en elle un riche trésor, et devient d'abord semblable à la Lune éblouissante, puis au Soleil rougeoyant : elle est dite d'abord terre de Lune, puis terre de Soleil, car elle naît, dans un cas comme dans l'autre, du mariage de l'un et de l'autre. Ni l'une ni l'autre terre ne craignent plus les rigueurs du feu, car toutes deux sont exemptes de toute tache, parce qu'elles ont été purifiées plusieurs fois de leur tare par ce feu (même), et en ont souffert un grave martyre, jusqu'à ce que tous les éléments aient été digérés ensemble.

 

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La quatrième digestion est la consommation de tous les mystères du monde : par elle la terre étant changée en un très excellent ferment, fait lever elle-même tous les autres corps changés en un corps parfait, parce qu'elle a passé en la nature céleste de la quintessence, de sorte que sa vertu inspirée par l'esprit de l'univers est la panacée et la médecine générale de toutes les maladies de toutes les créatures. Le fourneau secret des philosophes te découvrira ce miracle de la nature et de l'art par des digestions renouvelées du premier régime de l'ouvrage. Sois juste dans tes œuvres afin que Dieu te soit propice, sans quoi le labourage de ta terre sera vain, car « cette moisson ne répondra pas aux vœux du paysan avare».

 

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Tout le processus de l'Œuvre philosophique, n'est rien d'autre que solution et congélation. La solution est du corps, la congélation, de l'esprit, mais l'opération de l'un et de l'autre est une. Or le fixe et le volatil se mêlent et s'unissent parfaitement dans l'esprit, ce qui ne pourrait se faire, si d'abord le corps fixe n'avait été dissous et rendu volatil. Par la réduction, le corps volatil se fixe en un corps permanent, et la nature volatile passe en une nature fixe, tout comme la fixe était devenue volatile. Mais tout autant que les natures errent confuses même dans l'esprit, cet esprit qui leur est mêlé n'est pas pur et garde une nature moyenne entre le corps et l'esprit, le fixe et le volatil.

 

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La génération de la Pierre se fait à l'exemple de la création du monde. En effet, il faut qu'elle ait d'abord son chaos et sa matière première, dans laquelle les éléments confus flottent jusqu'à ce que l'esprit de feu les sépare ; que des éléments séparés les plus légers soient portés en haut, et les plus lourds en bas ; que la lumière une fois née, les ténèbres reculent ; enfin que les eaux se rassemblent, et qu'apparaisse la terre sèche. Alors deux grands luminaires émergent successivement, et dans la terre philosophique sont produites les vertus minérales, végétales et animales.

 

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Dieu créa Adam du limon de la terre, dans lequel étaient entées les vertus de tous les éléments, principalement celles de la terre et de l'eau qui constituent surtout la masse sensible et corporelle : dans cette masse Dieu souffla un souffle de vie, et la vivifia du Soleil de l'esprit saint ; au mâle il donna Eve pour femme, et les bénissant, il leur donna le précepte et la faculté de se multiplier. La génération de la Pierre philosophale n'est pas dissemblable de la création d'Adam : car il se forme d'abord un limon composé d'un corps terrestre et pesant, dissous par l'eau, et qui pour cela a mérité le nom célèbre de terre adamique : toutes les qualités et les vertus des éléments s'y trouvent. Puis une âme céleste lui est infusée par l'esprit de la quintessence et l'influx du Soleil, et enfin, grâce à la bénédiction et à la rosée du ciel, la vertu de se multiplier à l'infini, par le moyen de l'accouplement des deux sexes, lui est communiquée.

 

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Le grand secret de l'ouvrage tient à la façon d'opérer, qui consiste tout entière dans le parfait régime des éléments. Car il faut que la matière de la pierre passe d'une nature en une autre : les éléments en sont tirés successivement et règnent tour à tour. Or chaque élément est sans cesse agité par les cercles de l'humide et du sec, jusqu'à ce que toutes choses, étant digérées par cette circulation, se reposent et prennent leur place.

 

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Dans l'ouvrage de la Pierre, les autres éléments circulent sous la figure de l'eau, parce que la terre est résolue en eau, dans laquelle se trouvent tous les autres éléments : l'eau est sublimée en vapeur, la vapeur retombe en eau. Ainsi l'eau est agitée par un cercle infatigable, jusqu'à ce que, devenue fixe, elle cesse son agitation, et prenne sa place inférieure. Quand elle est devenue fixe, tous les autres éléments le deviennent avec elle. Ainsi ils se mêlent tous en elle, ils sont attirés par elle, ils vivent avec elle, et meurent en elle. La terre est donc leur tombeau commun et leur terme dernier.

 

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L'ordre de la nature demande que toute génération commence par l'humide et se fasse dans l'humide ; donc dans l'ouvrage de la Pierre philosophale, la Nature doit être réduite en un ordre tout semblable. De sorte qu'il faut que la matière de la pierre, qui est terrestre, compacte et sèche, soit dissoute avant toute chose, et qu'elle s'écoule en l'élément de l'eau, qui est le plus proche d'elle : et alors Saturne sera engendré par le Soleil.

 

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A l'eau agitée par sept tours ou révolutions, succède l'air, qui doit lui aussi circuler par autant de cercles et de réductions, jusqu'à ce qu'il se fixe et se dépose, et que Saturne étant chassé, Jupiter se saisisse des insignes et du gouvernement du Royaume. Par son avènement l'enfant philosophique est formé et nourri dans la matrice, et il vient ensuite au jour avec une face blanche et une teinte sereine, semblable à la splendeur de la Lune.

 

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Enfin le feu de la Nature, qui aide les éléments dans leurs fonctions, de caché qu'il est devient manifeste, y étant excité et provoqué par un feu (à lui-même) interne. Alors le Safran teint le Lys, la rougeur se mêle à la blancheur sur les joues de l'enfant devenu plus robuste, et l'on prépare une couronne au Roi futur. Telle est la consommation du premier régime de l'ouvrage, et l'achèvement de la circulation des éléments, dont un signe apparaît quand toutes choses deviennent sèches, et que le corps vide d'esprit gît abattu, privé de pouls et de mouvement. Ainsi la Terre tient enfin dans le repos tous les autres éléments.

 

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Le feu enté sur la Pierre est le maître qui préside à la Nature : il est le fils du Soleil, et son lieutenant, qui meut et digère la matière. Et c'est lui qui, en elle, achève et perfectionne tout, s'il réussit à obtenir la liberté : car y étant caché sous une écorce dure, il n'a point de forces. Procure-lui donc la liberté, afin qu'il puisse te servir. Mais prends garde de trop le presser, car ne pouvant supporter la tyrannie, il s'échapperait sans te laisser aucun espoir de retour. Attire-le donc tout doucement en le flattant, et après l'avoir attiré, conserve-le avec beaucoup de prudence.

 

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Le premier moteur de la Nature est le feu externe, modérateur du feu interne et de tout l'ouvrage. Que le Philosophe en connaisse donc bien le régime, qu'il en observe les degrés et les points, car de lui dépend le salut ou la ruine de l'œuvre. Ainsi l'art vient au secours de la nature, et le philosophe est l'administrateur de l'un et de l'autre.

 

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Par ces deux instruments de l'art et de la nature, la Pierre s'élève doucement avec beaucoup d'adresse, de la Terre vers le Ciel, et du Ciel redescend vers la Terre, parce que la Terre est sa nourrice, et que, portée dans sa matrice, elle reçoit à la fois la force des choses supérieures et des choses inférieures.

 

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Les roues et les cercles.

 

La circulation des éléments se fait par deux sortes de roues, la majeure (ou étendue) et la mineure (ou étroite). La roue étendue fixe dans la Terre tous les éléments, et son cercle ne s'achève pas sans qu'elle soit venue à bout de l'ouvrage entier du soufre. La révolution de la roue mineure se termine par l'extraction et la préparation de chaque élément. Or dans cette roue il y a trois cercles, qui, par un certain mouvement inégal et confus, agitent la matière incessamment et diversement, et font tourner chaque élément plusieurs fois, et au moins sept. Ces cercles se succèdent néanmoins en ordre et tour à tour : et ils sont tellement bien accordés entre eux, que si l'un défaille, c'est en vain que les deux autres travaillent. Ce sont là les instruments de la Nature par lesquels les éléments sont préparés. Que le Philosophe considère donc le progrès de la Nature tel que je l'ai décrit à cette fin plus au long dans mon traité de Physique.

 

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Chaque cercle a son mouvement propre. Les mouvements de ces cercles se produisent à l'endroit de l'humide et à l'endroit du sec, et ils sont tellement enchaînés les uns aux autres, qu'ils ne produisent tous ensemble qu'une opération, et ne font qu'un seul concert avec la Nature. Deux d'entre eux sont opposés, tant par leurs termes qu'à raison de leurs causes, et de leurs effets : car l'un, en desséchant, meut la matière vers le haut par la chaleur, l'autre, en humectant, la meut vers le bas par le froid. Le troisième cercle, qui représente le repos et le sommeil, cause la cessation des deux autres, en digérant (la matière) par une température parfaite.

 

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De ces trois cercles, le premier est l'évacuation, dont le rôle est de bannir l'humide superflu de la matière, et d'en séparer le pur, le net et le subtil des lies grasses et terrestres. Or, dans le mouvement de ce cercle, peuvent naître de grands inconvénients et de graves dangers, parce qu'il concerne des choses toutes spirituelles, et qu'il rend exubérante la Nature.

 

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En faisant mouvoir ce cercle, il y a deux choses auxquelles il faut prendre garde. La première, qu'il ne soit pas mû trop âprement, et l'autre, qu'il ne le soit pas plus longtemps qu'il n'est nécessaire. Le mouvement précipité cause dans la matière une confusion telle que la portion épaisse, impure et indigeste, et le corps qui n'est pas encore bien dissous, s'envolent avec l'esprit, et s'évaporent avec ce qui est dissous, pur et subtil. Par ce mouvement précipité les natures terrestre et céleste sont confondues, et l'esprit de la quintessence, corrompu par le mélange de la terre, perd sa pointe et devient débile. Tandis que par un mouvement trop long, la terre, trop vidée de son esprit, devient tellement languissante et sèche, qu'elle ne peut plus être facilement réparée et rendue à sa température. L'une et l'autre faute brûlent les teintures, et les font même s'évanouir.

 

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Le second cercle, c'est la restauration, dont le rôle est de rendre par la boisson des forces au corps pantelant et débile. Le premier cercle a été un organe de sueur et de travail ; celui-ci est un organe de rafraîchissement et de consolation. Il agit en pétrissant et en ramollissant la terre, à la façon des potiers, afin qu'elle se mêle mieux.

 

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II faut que le mouvement de ce cercle soit plus léger que le mouvement du premier, principalement dans le commencement de sa résolution et de son tour : de peur que les petits des corbeaux ne soient submergés dans leur nid par le regorgement des eaux, et que le monde naissant ne soit englouti par le déluge. Ce cercle est celui qui pèse l'eau et qui en examine la mesure, car il le distribue par la raison et la proportion géométriques. A la vérité, il n'y a presque point de plus grand secret dans toute la pratique de l'ouvrage, que le mouvement juste et équilibré de ce cercle : car c'est lui qui informe l'enfant philosophique, et lui insuffle l'âme et la vie.

 

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Les lois du mouvement de ce cercle sont qu'il tourne lentement et par degrés, et qu'il répande (l'humide) avec retenue, de peur que s'il était trop précipité, il ne s'éloigne de sa juste mesure, et que le feu, tant naturel qu'enté, qui est l'architecte de tout l'ouvrage, une fois recouvert par les eaux ne perde sa vigueur, ou même ne s'éteigne. Il faut aussi que la nourriture solide et la liquide soient prises tour à tour, afin que la digestion se fasse mieux, et que la proportion du sec et de l'humide soit plus parfaite, car leur liaison indissoluble est la fin et le corps de l'ouvrage. Prends garde donc de mettre autant d'humide lorsque tu arroses, qu'il ne s'en est consumé dans la chaleur de l'évacuation, afin que la restauration, qui est corroborative, restitue autant de forces perdues que l'évacuation débilitante en aura enlevées.

 

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Le troisième cercle, qui est la digestion, agit par un mouvement tacite et insensible : c'est pourquoi les philosophes disent qu'il s'accomplit dans un fourneau secret. Elle cuit la nourriture qu'elle a reçue et la change en parties homogènes du corps ; c'est pourquoi on l'appelle putréfaction parce que, comme la nourriture dans l'estomac, elle est corrompue avant de passer dans le sang et les parties similaires : de même cette opération broie l'aliment par une chaleur cuisante et stomacale, et la putréfie en quelque sorte afin qu'elle se fixe mieux et passe de la nature du mercure à celle du soufre. On l'appelle aussi inhumation, parce que l'esprit est par elle inhumé et enseveli comme un mort dans la terre. Parce qu'elle agit fort lentement, elle a besoin d'autant plus de temps. Les deux premiers cercles travaillent surtout à dissoudre, et celui-ci à congeler, bien que tous opèrent l'un et l'autre.

 

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Les lois de ce cercle veulent qu'il soit mû par une chaleur de fumier très lente et néanmoins subtile, afin que les éléments volatils ne s'enfuient pas et que l'esprit ne soit pas troublé, au moment de sa conjonction très étroite avec le corps : tout se passe alors dans un loisir parfaitement tranquille. C'est pourquoi il faut surtout prendre garde que la terre ne soit troublée par aucun vent ni aucune pluie. Enfin il faut que ce troisième cercle succède sur le champ et dans son ordre toujours au second, comme le second au premier. Ainsi par des travaux interrompus et par des détours, ces trois cercles errants accomplissent une seule et entière circulation, qui répétée plusieurs fois convertit toute chose en terre et met la paix entre les ennemis.

 

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La nature use du feu, de même que l'art à son exemple, comme d'un instrument et d'un marteau pour forger leurs ouvrages : donc dans les opérations de l'une et de l'autre, le feu est maître et magistrat. C'est pourquoi la connaissance des feux est par-dessus tout nécessaire à un philosophe, sans quoi, comme un autre Ixion, il tournera en un vain travail la roue de la nature à laquelle il est attaché.

 

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Le nom de feu est homonyme parmi les philosophes, car il se prend quelquefois par métonymie pour chaleur, et ainsi il y a autant de feux que de chaleurs. Dans la génération des métaux et des végétaux la nature reconnaît un triple feu, à savoir le céleste, le terrestre et le greffé. Le premier coule du Soleil comme de sa source dans le sein de la terre : il émeut les fumées ou vapeurs du mercure et du soufre, desquelles sont créés les métaux, et se mêle à elles ; il excite le feu greffé dans les semences des végétaux, où il dort, et lui ajoute de petits feux pareils à des éperons, pour développer la végétation. Le second feu est caché dans les entrailles de la terre : par son impulsion et son action, les vapeurs souterraines sont poussées en haut par des pores et de petits tuyaux, et chassées du centre vers la surface du sol, aussi bien pour la composition des métaux là où la terre est comme enflée, que pour la production des végétaux, en putréfiant, en amollissant, et en préparant pour la génération leurs semences. Quant au troisième, qui est engendré du premier, c'est-à-dire du feu solaire, dans la fumée vaporeuse des métaux, s'étant mêlé dans leur menstrue, il forme une concrétion avec cette matière humide et y demeure comme retenu prisonnier par force, ou plutôt il y est attaché comme la forme du mixte. Il demeure là enté dans les semences des végétaux, jusqu'à ce qu'étant sollicité et ému par les rayons paternels, il agite et informe la matière intérieure, et devienne ainsi le sculpteur et l'économe du mixte tout entier. Mais dans la génération des animaux, le feu céleste coopère aussi insensiblement avec l'animal, car il est le premier agent dans la nature. La chaleur de la femelle répond à la chaleur terrestre, lorsqu'elle putréfie, fomente et prépare la semence : mais le feu enté dans la semence est le fils du Soleil, qui dispose la matière, et l'ayant disposée, l'informe.

 

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Le triple feu.

 

Les Philosophes ont observé un triple feu dans la matière de leur Œuvre : le feu naturel, le non naturel, et le contre nature. Ils appellent feu naturel cet esprit de feu tout céleste qui est enté et gardé dans la profondeur de la matière, et qui lui est très étroitement attaché : à cause de la force du métal il devient hébété et inerte, jusqu'à ce qu'excité par l'artifice philosophique et une chaleur externe, il obtienne sa liberté et recouvre en même temps la faculté de se mouvoir. Car alors, en pénétrant, en dilatant et en congelant, il informe enfin la matière humide. Or, dans quelque mixte que ce soit où ce feu naturel soit mêlé, il y est le principe de la chaleur et du mouvement. Ils appellent feu non naturel celui qui, attiré d'ailleurs et survenant du dehors, a été introduit dans la matière par un artifice admirable, de sorte qu'il augmente et multiplie les forces du feu naturel. Mais ils appellent feu contre nature celui qui putréfie les corps composés, et qui corrompt le tempérament de la Nature. Celui-ci est imparfait, parce que trop faible et insuffisant pour la génération, il ne peut pas franchir les bornes de la corruption. Tel est le feu, ou la chaleur, du menstrue : néanmoins, c'est de manière impropre qu'on lui donne le nom de feu contre nature, puisqu'il est plutôt en quelque sorte conforme à la nature, après la forme spécifique : il corrompt en effet la matière, mais de telle sorte qu'elle soit disposée à la génération.

 

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Cependant il est croyable que le feu corrupteur, qu'on appelle contre nature, ne soit autre que le feu naturel, mais seulement au premier degré de sa chaleur, car l'ordre de la nature requiert que la corruption précède la génération. Le feu naturel donc, conformément aux lois de la nature, fait l'une et l'autre, en excitant deux sortes de mouvements tour à tour dans la matière. Le premier est un mouvement lent de corruption, suscité par une chaleur débile, pour amollir et préparer le corps. L'autre mouvement est celui de la génération, plus vigoureux et plus fort, excité par une chaleur plus violente, afin d'animer et d'informer pleinement le corps déjà disposé par le premier. Deux sortes de mouvements se font donc, à deux degrés différents de chaleur, du même feu. Et il ne faut pas penser pour autant qu'il y ait deux sortes de feu, mais avec beaucoup plus de raison, il faut donner le nom de feu contre nature à celui qui détruit par la violence.

 

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Le feu non naturel se convertit par des degrés successifs de digestion en le feu naturel, qu'il augmente et multiplie. Tout le secret consiste en la multiplication du feu naturel, qui ne peut seul, par ses propres forces, ni agir ni communiquer une teinture parfaite aux corps imparfaits ; car il se suffit seulement à lui-même, et n'a pas de quoi donner du sien. Mais, multiplié par le feu non naturel qui abonde merveilleusement en vertu de multiplier, il agite avec beaucoup plus de force et s'étend bien au-delà des bornes de la nature, teignant et perfectionnant les corps étrangers et imparfaits, par le moyen de la teinture qu'il a sucée, et de ce feu précieux qui lui a été ajouté.

 

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Les philosophes appellent aussi leur eau un feu, parce qu'elle est souverainement chaude et pleine d'un esprit de feu : aussi la nomment-ils encore eau de feu : car elle brûle et consume les corps des métaux parfaits plus que le feu ordinaire. Cette eau les dissout parfaitement, alors même qu'ils résistent à notre feu, sans pouvoir aucunement être dissous par lui : pour cette raison, elle est aussi appelée eau ardente. Or ce feu de teinture est caché dans la racine et dans le centre de l'eau, où il se manifeste par deux sortes d'effet, à savoir par la dissolution du corps et par la multiplication.

 

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La nature se sert de deux sortes de feu dans l'ouvrage de la génération, d'un interne et d'un autre externe. Le premier, ou feu naturel, qui gît dans les semences des choses et dans les mixtes, est caché dans leur centre, d'où il meut et vivifie le corps, en tant que principe du mouvement et de la vie. Mais l'autre, ou feu étranger, soit qu'il vienne du ciel, soit qu'il parte de la terre, réveille le premier, qui est comme enseveli dans le sommeil, et le pousse à agir ; car les petits feux vitaux qui sont empreints dans les semences, ont besoin d'un moteur externe afin de pouvoir eux-mêmes se mouvoir et agir.

 

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II en va de même dans l'ouvrage philosophique ; car la matière de la pierre possède son feu intérieur et naturel, qui est en partie augmenté et accru d'un feu externe et étranger, grâce à la science philosophique. Ces deux feux s'unissent et s'allient fort bien intérieurement, d'autant qu'ils sont conformes et homogènes : l'interne a besoin de l'externe, que le philosophe lui ajoute selon les préceptes de l'art et de la nature, celui-ci provoque celui-là au mouvement. Ces feux sont comme deux roues, dont celle qui est cachée se meut plus vite ou plus lentement, selon la manière dont elle est poussée et incitée par celle qui est manifeste. Et ainsi l'art vient au secours de la nature.

 

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Le feu interne tient le milieu entre le feu externe, son moteur et sa matière : de là vient que, de même qu'il est mû par celui-là, il meut pareillement celle-ci, et que s'il en est poussé avec véhémence ou avec modération, il opère de la même manière dans sa matière. Enfin, l'information de tout l'ouvrage dépend de la mesure du feu externe.

 

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Celui qui ignorera les degrés et les points dans le régime du feu externe, qu'il n'entreprenne pas l'ouvrage philosophique. Car jamais il ne tirera la lumière des ténèbres, s'il ne sait conduire si bien les chaleurs, qu'elles ne passent d'abord par les moyennes, ainsi qu'il en va dans les éléments, dont les extrêmes ne se convertissent qu'en passant par les moyens.

 

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Parce que tout l'ouvrage consiste dans la séparation et dans la parfaite préparation des quatre éléments de la pierre, il est nécessaire qu'il s'y trouve autant de degrés de feu, qu'il y a d'éléments, car chacun s'obtient grâce à un degré de feu qui lui est propre.

 

103

 

Ces quatre degrés de feu s'appellent le feu du bain, le feu des cendres, le feu de charbon, et le feu de flamme, lequel s'appelle aussi le feu de réverbération (opteticus). Or chaque degré possède ses points, au moins deux, et quelquefois trois ; car il faut régir le feu petit à petit, et par points, soit qu'on l'augmente, soit qu'on le diminue, afin qu'à l'imitation de la nature, la matière parvienne peu à peu et par degrés à son information et à son accomplissement ; car il n'y a rien de si contraire à la nature que ce qui est violent. Que le philosophe se propose donc pour objet de sa considération, l'approche ou l'éloignement lent du Soleil, qui nous verse la chaleur peu à peu selon le besoin des saisons, et qui tempère ainsi toutes choses, conformément aux lois de l'Univers.

 

104

 

Le premier point de la chaleur du bain s'appelle chaleur de la fièvre, ou chaleur du fumier. Le second point, simplement chaleur du bain. Le premier point du second degré du feu, c'est la chaleur simple des cendres, le second point, c'est la chaleur du sable. Mais les points du feu de charbon et du feu de la flamme n'ont point de nom particulier : ils se distinguent grâce à l'entendement, selon qu'ils sont plus ou moins violents ou modérés.

 

105

 

On ne trouve quelquefois que trois degrés de feu chez les Philosophes, à savoir le feu du bain, le feu des cendres et le feu ardent, qui comprend le feu de charbon et le feu de la flamme. Le feu de fumier est aussi quelque fois distingué de degré d'avec le feu du bain. Ainsi les auteurs, par une façon différente de parler, enveloppent souvent dans les ténèbres la lumière du feu des Philosophes, car la connaissance du feu passe parmi eux pour l'un des principaux secrets.

 

106

 

Dans l'œuvre au blanc, comme on ne tire que trois éléments, on n'a besoin que des trois premiers degrés de feu, car le dernier, c'est-à-dire le feu de la flamme, est réservé au quatrième élément qui achève l'œuvre au rouge. Par le premier degré se fait l'éclipse du Soleil et de la Lune. Au second, la lumière de la Lune commence à lui être rendue. Par le troisième la Lune retrouve la plénitude de sa clarté, et au quatrième, le Soleil est élevé au sommet suprême de la gloire. Que l'on donne donc, et que l'on administre le feu à chacune de ces parties selon la raison et la règle géométrique, de sorte que l'agent réponde à la disposition du patient, et que leurs forces soient également en balance réciproque.

 

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Les Philosophes ont toujours eu grand soin de cacher la connaissance de leur feu, de sorte qu'ils n'en parlent presque jamais ouvertement, mais nous l'indiquent plutôt par la description de ses qualités et de ses propriétés que par son nom, l'appelant tantôt aérien, vaporeux et humide, tantôt sec et clair, et tenant de la Nature des Astres, d'autant mieux qu'il se peut augmenter ou diminuer facilement par degré selon la volonté de l'opérateur. Celui qui voudra avoir une connaissance plus parfaite du feu la trouvera dans les ouvrages de (Raymond) Lulle, qui découvre aux esprits sincères les secrets de la pratique, avec beaucoup d'ingénuité.

 

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La Proportion.

 

Quant au conflit de l'aigle et du lion, il en est parlé diversement chez les auteurs. Comme le lion est le plus robuste de tous les animaux, il faut plusieurs aigles pour en venir à bout. Quelques-uns disent qu'il en faut trois pour le moins, ou même davantage, et même jusqu'à dix. Moins il y en a, plus la victoire est disputée et tardive, mais à mesure qu'il y en a beaucoup, la lutte dure moins, et le lion est plus tôt déchiqueté. Mais que l'on prenne le nombre de sept aigles, qui est le plus chanceux, selon Lulle, ou celui de neuf, en suivant Senior.

 

109

 

Les vaisseaux.

 

Il y a deux sortes de vaisseaux, dans lesquels les Philosophes font cuire leur ouvrage : l'un est le vaisseau de la nature, l'autre celui de l'art. Le vaisseau naturel, que l'on appelle aussi vaisseau philosophique, est la terre même de la pierre, qui est comme la femelle et la matrice où est reçue la semence du mâle, où elle se putréfie, et où elle reçoit la préparation pour la génération. Quant aux vaisseaux artificiels il en est de trois sortes, puisque le secret se cuit dans autant de vaisseaux.

 

110

 

Le premier vaisseau artificiel est fait d'une pierre transparente, ou d'un verre pétrifié. Quelques Philosophes en ont caché la forme et la figure sous une description énigmatique, en disant qu'il est composé tantôt de trois et tantôt de deux pièces, c'est-à-dire de l'alambic et de la cucurbite, et pour qu'il soit composé de trois, ils y ajoutent un couvercle.

 

111

 

Plusieurs auteurs ont inventé divers noms pour exprimer une multiplicité de vaisseaux qui seraient nécessaires à l'ouvrage philosophique, les appelant de différentes manières selon la diversité des opérations, afin de nous en dissimuler le secret. Car ils ont appelé les uns vaisseaux à dissoudre, les autres vaisseaux à putréfier, à distiller, à sublimer, à calciner, et autres dénominations semblables.

 

112

 

Mais à en parler franchement et sans supercherie, un seul vaisseau artificiel suffit pour tirer et obtenir les deux sortes de soufre, et un pour l'élixir : car la diversité des digestions ne réclame pas une diversité de vaisseaux. Il faut même prendre bien garde que l'on ne change ou que l'on n'ouvre les vaisseaux jusqu'à la fin du premier ouvrage.

 

113

 

II faut que la forme du vaisseau de verre soit ronde dans la cucurbite, ou bien ovale. Il faut que son col soit haut au moins d'une paume, ou davantage ; qu'il soit assez large au commencement, mais qu'il, aille en se rétrécissant vers l'ouverture, à la manière d'une fiole. Il faut qu'il ne comporte point d'aspérité ou d'inégalité, mais qu'il soit partout d'une épaisseur égale, afin de pouvoir résister à un feu long et aigu. La cucurbite s'appelle borgne parce qu'on la bouche et qu'on la lute exactement sur son pourtour avec le sceau hermétique, de peur que rien d'étranger n'y entre, ou que l'esprit ne s'en échappe.

 

114

 

II faut que le second vaisseau artificiel soit de bois, fait d'un tronc de chêne coupé en deux hémisphères concaves, où il faut fomenter l'œuf des Philosophes jusqu'à ce qu'il produise son poussin : voyez à ce sujet la Fontaine du Trévisan.

 

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Les praticiens ont appelé leur fourneau le troisième vaisseau, parce qu'il contient les autres vaisseaux, où est toute la matière de leur œuvre. Les philosophes ont aussi tâché de nous en dissimuler le mystère et le secret.

 

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L'Athanor.

 

Ce fourneau, qui est le gardien et le dépositaire de tous les mystères de l'ouvrage, a été appelé athanor ou immortel, à cause du feu perpétuel qu'il conserve. Car c'est en lui qu'on entretient un feu continuel, quoique parfois inégal, pour le régime de l'ouvrage. Il faut en effet que ce feu soit tantôt plus grand et tantôt plus petit, selon la quantité de la matière et la capacité du fourneau.

 

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La matière du fourneau se fait de brique cuite, ou d'une terre grasse comme l'argile, parfaitement broyée, et préparée avec du fumier de cheval où on mêlera du crin, afin qu'elle n'éclate ni ne se fende sous l'effet d'une longue chaleur. Les murailles latérales de ce fourneau doivent être de l'épaisseur de trois ou quatre doigts, afin qu'ils puissent retenir la chaleur, et aussi mieux lui résister.

 

118

 

La forme du fourneau doit être ronde, et sa hauteur intérieure de deux pieds environ. On doit placer au milieu une lame de fer ou d'airain, également ronde, de l'épaisseur du dos d'un couteau, qui occupe presque la largeur intérieure du fourneau. Néanmoins elle doit être un peu plus étroite, et n'en doit point toucher les murailles, mais être appuyée sur trois ou quatre broches de fer jointes aux murailles. Il faut aussi qu'elle soit toute trouée à l'entour, afin que la chaleur passe à travers, et entre les flancs du fourneau et les bords de cette grille. Et il faut pratiquer dans les flancs, tant au-dessous qu'au-dessus de la grille, de petites portes, afin de pouvoir allumer le feu par celle d'en bas, et connaître la température de la chaleur par celle du dessus. A l'opposite de celle-ci, il faut faire une petite fenêtre de forme rhomboïde, garnie d'un verre, afin qu'en y approchant l'œil, on puisse apercevoir les couleurs que la lumière placée en face fera apercevoir. Que l'on mette sur le milieu de cette grille un trépied portant le vaisseau. Enfin il faut entièrement couvrir et boucher le fourneau, en bâtissant à tenons autour de ses flancs, une voûte faite de la même matière de brique cuite : il faut aussi clore fort bien la petite porte du dessus, de peur que la chaleur ne s'exhale.

 

119

 

Tu as là tout ce qui est nécessaire au premier ouvrage, dont la fin est la génération des deux soufres. Voici comment tu parviendras à leur composition et à leur perfection.

 

(Règle.) Prends un Dragon roux, généreux et belliqueux, ayant toute sa force native. Prends ensuite sept ou neuf aigles généreuses et vierges, dont la vivacité du regard ne s'émousse point aux rayons du Soleil. Place ces oiseaux avec le Dragon dans une prison claire et bien fermée, sous laquelle il faut allumer le bain, afin qu'ils soient excités au combat par cette tiède vapeur. Et bientôt ils se livreront une longue et rude bataille, jusqu'à ce que, vers le quarantième jour, les aigles commencent à déchirer la bête, laquelle en mourant souillera toute la prison d'une bave noire et venimeuse, dont les aigles, étant contaminées, seront contraintes de mourir. De la putréfaction de ces cadavres, il s'engendrera un corbeau, qui petit à petit dressera la tête, et, la chaleur du bain une fois augmentée, commencera à étendre ses ailes et à voler : il rôdera longtemps pour tâcher de trouver quelque faîte, grâce aux vents et aux nuages qui s'y soulèveront, mais prends bien garde qu'il n'en trouve pas. Enfin, blanchi par une pluie lente et longue et par la rosée du ciel, il se changera en cygne étincelant (de blancheur). Que la naissance du Corbeau soit pour toi la preuve de la mort du Dragon. En blanchissant le corbeau, tires-en les éléments, et distille-les selon la forme dans l'ordre prescrit, jusqu'à ce qu'ils soient fixes dans leur terre, et deviennent une sorte de poussière très blanche, très subtile, et très déliée. Ceci fait, tu posséderas ce que tu désires, en ce qui regarde l'œuvre au blanc.

 

120

 

Si, passant outre, tu veux obtenir l'œuvre au rouge, ajoutes-y l'élément du feu, qui manque à l'œuvre au blanc, sans remuer aucunement le vaisseau, et, le feu étant peu à peu renforcé par ses points, presse la matière jusqu'à ce que ce qui était caché devienne manifeste. Un indice en est quand la couleur citrine commence à apparaître. Réagis le feu du quatrième degré par ses points, jusqu'à ce qu'avec l'aide de Vulcain il naisse du Lys des rosés empourprées, et enfin l'amarante teinte d'une sombre rougeur de sang. Mais ne cesse point de réveiller le feu par le feu, jusqu'à tant que tu voies la matière s'achever en des cendres très rouges et impalpables. Que cette pierre rouge exalte ton esprit à continuer encore plus loin, sous les auspices de la Sainte Trinité.

 

121

 

L'Elixir.

 

Ceux qui ignorent les secrets de la Nature et de l'Art, croyant qu'ils ont mené leur ouvrage jusqu'au bout et ont accompli tous les préceptes du secret, lorsqu'ils ont trouvé le soufre, se trompent fort. En vain tenteront-ils la projection : car la pratique de la Pierre ne peut être achevée que par deux opérations, dont la première est la création du soufre ; mais la seconde, c'est la confection de l'élixir.

 

122

 

Le soufre des Philosophes est une terre très subtile, très chaude et très sèche, dans la racine et le centre de laquelle le feu naturel se cache et se multiplie merveilleusement. C'est pour cette raison qu'on a appelé ce soufre ou cette terre le feu de la pierre. Car il a en lui la vertu d'ouvrir et de pénétrer les corps des métaux, et de les convertir en son tempérament, et de produire son semblable : de là vient qu'il est pris pour le Père, et la semence masculine.

 

123

 

Afin que nous ne laissions rien en arrière sans en parler, qu'on sache que de ce premier soufre, il s'en engendre un second, et qu'il se multiplie ainsi jusqu'à la fin. Que le sage garde donc bien cette mine éternelle de feu céleste : car de la même matière dont s'engendre le soufre, il se multiplie aussi avec la même, en ajoutant une petite portion du soufre susdit dans la matière que l'on veut multiplier, à condition toutefois que cela se fasse avec pondération et mesure. Qu'on aille lire le reste dans Lulle, et qu'il suffise ici de l'avoir indiqué.

 

124

 

L'élixir se compose de trois sortes de matière, à savoir une eau métallique, ou un mercure sublimé, ainsi qu'il a été dit, un ferment blanc ou rouge selon l'intention de l'opérateur, et de la matière du deuxième soufre, le tout pris avec pondération et mesure.

 

125

 

Dans l'élixir parfait se rencontrent cinq qualités particulières et nécessaires, qui sont d'être fusible, permanent, pénétrant, teignant et (se) multipliant. Il emprunte la qualité de teindre et de fixer au ferment, celle de pénétrer au soufre, celle d'être fusible au vif-argent, qui est un milieu par lequel les teintures, à savoir celles du ferment et celles du soufre, se joignent et s'unissent. Quant à la vertu de multiplier, elle lui est versée et communiquée par l'Esprit de la quintessence.

 

126

 

Les deux métaux parfaits donnent aussi une teinture parfaite, parce qu'ils sont teints du pur soufre de la nature. Qu'on ne cherche donc point d'autres ferments des métaux ailleurs qu'en ces deux corps. Teins donc ton élixir blanc et rouge avec la Lune et le Soleil, car le mercure en reçoit le premier la teinture, et l'ayant reçue, la communique.

 

127

 

En composant l'élixir, prends garde de ne pas confondre les ferments, et de ne pas les mêler l'un pour l'autre, car chaque élixir veut être avec son ferment spécial et particulier, et avec ses propres éléments. Car naturellement les deux luminaires ont leur soufre différent, et leurs teintures distinctes.

 

128

 

Le second ouvrage se cuit dans un vaisseau pareil ou identique, dans le même fourneau, et avec les mêmes degrés de feu que le premier, mais il s'achève en bien moins de temps que le premier.

 

129

 

II y a trois humeurs dans la pierre, qu'il faut extraire successivement : à savoir l'aqueuse, l'aérienne et la radicale. Tout le soin et tout le travail de l'opérateur concernent l'humeur, et dans l'ouvrage de la pierre, il ne circule pas d'autre élément : car il faut avant toute chose que la terre soit résolue en humeur, et qu'elle se liquéfie. Quant à l'humeur radicale, qui passe pour un feu, elle est la plus gluante et la plus opiniâtre de toutes, parce qu'elle est comme ligotée, au centre de la Nature et de la substance, dont elle ne se sépare pas facilement. Tire donc ces trois humeurs par leurs roues, peu à peu et successivement, par dissolution et congélation. Par la réitération de la dissolution et la congélation, alternative et successive, s'accomplit en effet la roue étendue (cf. ci-dessus, ch. 83 ) et s'achève tout l'Œuvre.

 

130

 

La perfection de l'élixir consiste en l'union étroite et le mariage indissoluble du sec et de l'humide, de sorte qu'ils ne se séparent jamais : si bien qu'il faut que le sec s'écoule en une matière humide par la moindre chaleur, et devenue inaltérable à toutes les violences du feu. C'est une marque de sa perfection si, en en jetant tant soit peu sur une lame de fer ou d'airain chauffée au rouge, il y coule sans fumer.

 

131

 

Prends trois livres de terre rouge, ou ferment rouge, d'eau et d'air, autant de l'un que de l'autre le double, mêle bien et broie toutes ces choses, les réduisant en un amalgame qui devienne comme du beurre, ou comme une pâte métallique de sorte que la terre soit tellement ramollie qu'elle ne se sente pas sous les doigts. Ajoutes-y une livre et demie de feu, et fais digérer ces choses dans leur vaisseau bien bouché par un feu de premier degré, autant qu'il est nécessaire. Il faut ensuite tirer les éléments avec ordre chacun par leurs degrés de feu, lesquels par un mouvement lent seront enfin digérés et fixés dans leur terre, en sorte que rien de volatil ne pourra s'en échapper. Enfin la matière deviendra comme une roche claire, rouge et diaphane, dont tu prendras à plaisir une partie que, jetée dans un creuset sur un feu lent, tu abreuveras goutte à goutte de son huile rouge, jusqu'à ce qu'elle fonde entièrement et s'écoule, sans fumer. Ne crains pas qu'elle s'enfuie, car la terre, ramollie par ce doux breuvage, la retiendra dans ses entrailles. Et alors garde et retiens bien chez toi cet élixir parfait, réjouis-toi en Dieu, et sois discret.

 

132

 

Dans le même ordre et par la même méthode, on fait l'élixir blanc, pourvu qu'on se serve seulement dans sa composition des éléments blancs. Car son corps étant cuit et achevé, deviendra pareillement comme une roche blanche, resplendissante et pareille au cristal, qui, étant abreuvée et imprégnée de son huile blanche, deviendra fusible. Jette de l'un et de l'autre élixir une livre sur dix de vif-argent lavé, et tu en admireras l'effet.

 

133

 

Comme dans l'élixir les forces du feu naturel sont multipliées et redoublées merveilleusement, à cause de l'esprit de la quintessence qui y est insufflé, et que les accidents vicieux et adhérant aux corps, qui en ternissaient la pureté, enveloppant ainsi dans les ténèbres la vraie lumière de la Nature, en sont bannis par de longues et diverses sublimations et digestions. C'est pour cela que le feu naturel y étant comme dégagé de ses liens, et aidé du secours des forces célestes, agit très puissamment, renfermé qu'il est dans le cinquième élément. Qu'on ne trouve donc pas étrange s'il possède la vertu, non seulement de perfectionner les choses imparfaites, mais encore s'il a la faculté de se multiplier et de se perfectionner lui-même. Or la source de la multiplication est dans le Prince des luminaires, qui par la multiplicité infinie de ses rayons, engendre toutes choses en ce monde, et les ayant engendrées les multiplie, en versant dans leurs semences une vertu multipliante.

 

134

 

La méthode et la voie de multiplier l'élixir est triple. Pour la première prends une livre de l'élixir rouge, que tu mêleras dans neuf de son eau rouge, et mets-le tout à dissoudre dans un vaisseau approprié. Cette matière étant parfaitement dissoute et mêlée, coagule-la en la cuisant par un feu lent, jusqu'à ce qu'elle devienne ferme et semblable à un rubis ou à une lame (métallique) rouge, qu'il faut alors abreuver d'huile rouge de la manière susdite, jusqu'à ce qu'elle s'écoule. Ainsi tu obtiendras une médecine dix fois plus forte que la première, et qui pourtant se fait facilement, et en peu de temps.

 

135

 

Pour la seconde façon, prends une portion de ton élixir à volonté, mélange-la avec son eau en observant le poids et la proportion et place-la dans un vaisseau de réduction bien bouché, et dissous-la dans le bain par inhumation. Une fois qu'elle est dissoute, distille-la en séparant les éléments l'un après l'autre par leur propre feu, en faisant qu'ils se fixent à la fin comme dans le premier et le second ouvrage, — jusqu'à ce qu'elle se pétrifie. Abreuve-la d'huile alors, et projette. Cette voie est la plus longue mais la plus riche, car la vertu de l'élixir croît au centuple, vu que plus il devient subtil par opérations réitérées, plus il reçoit de forces et de vertus célestes et inférieures, et opère plus puissamment.

 

136

 

Pour la troisième manière, prends une once de l'élixir dont les vertus ont été ainsi multipliées, et jette-la sur cent de mercure lavé. En peu de temps, le mercure échauffé sur la braise se changera en un pur élixir dont, si tu jettes de même une once sur cent autres du même mercure, un Soleil très pur en naîtra aussitôt. La multiplication de l'élixir blanc doit se faire de la même manière. Cherche d'autre part les vertus de cette médecine pour guérir toutes les maladies et conserver la santé, ainsi que ses autres usages, dans Arnaud de Villeneuve, Raymond Lulle et autres Philosophes.

 

137

 

Le Zodiaque des Philosophes t'enseignera à chercher les époques de la Pierre. Car la première opération, et le régime pour obtenir le blanc, doit se commencer dans la maison de la Lune, et la seconde se terminer dans la seconde maison de Mercure. Mais la première opération pour parvenir au rouge se commence dans la seconde maison de Vénus, et la dernière se termine au second tribunal royal de Jupiter, de qui notre Roi très puissant recevra une couronne tressée de très précieux rubis. C'est ainsi que l'année, repassant sur ses propres traces, recommence ses révolutions.

 

138

 

Un Dragon à trois têtes garde cette Toison d'or. La première tête est issue des eaux, la seconde de la terre, la troisième de l'air. Néanmoins il faut que ces trois têtes n'en forment qu'une très puissante, qui dévorera tous les autres Dragons, et alors le chemin te sera frayé pour accéder à la Toison d'or. Adieu, lecteur studieux ! En lisant ce qui précède, invoque l'Esprit de la lumière éternelle, parle peu, raisonne beaucoup, et juge droitement.

 

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Published by Jean d'Espagnet - dans Alchimie
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