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30 décembre 2012 7 30 /12 /décembre /2012 10:38

CHAPITRE PREMIER

Avec elle, avec la Sagesse du Midi, me sont venus tous les biens, avec cette Sagesse qui crie par les rues, qui sur les places publiques élève sa voix, qui au milieu de la cohue clame, qui sur le seuil des portes de la ville discourt ainsi : «Venez vers moi, acceptez l’illumination, et rien ne troublera vos opérations. Vous tous qui me désirez, vous serez comblés de mes richesses. Venez donc, mes fils, écoutez-moi, c’est la science de Dieu que je vous enseignerai». Quel sage comprend cette Sagesse, dont Alphidius dit que les hommes, que les enfants la frôlent sur les chemins, sur les places, que quotidiennement les bêtes de somme, les troupeaux la piétinent dans les immondices? Senior écrit : «Rien n’est plus vil d’aspect, rien plus précieux de nature. Dieu lui-même a refusé qu’on lui fixât un prix». D’elle Salomon veut faire sa lumière, quand il la place au-dessus de toute beauté et de tout salut. Il ne l’a pas comparée aux vertus de la pierre précieuse ; tout or, par comparaison, n’est que sable médiocre, et l’argent n’est, que boue. Ce n’est pas sans raison : son acquisition est préférable au trafic de l’argent et de l’or le plus pur ; son fruit est plus précieux que les richesses du monde, et rien de ce que tu désires ne lui est comparable. Sa droite recèle longévité et santé, sa gauche gloire et richesses infinies. Ses voies, de belles et louables opérations, ni méprisables, ni difformes. Ses chemins ne se hâtent point : ils ont la lenteur et l’assiduité du labeur qui persévère. Elle est arbre de vie : lumière perpétuelle pour ceux qui l’appréhendent. Qui la détient détient le bonheur, car la science de Dieu jamais ne périra, comme en témoignent les propos d’Alphidius : «L’inventeur de cette science aura nourriture légitime et sempiternelle». Quant à Hermès et les autres, voici ce qu’ils affirment : un homme qui détiendrait durant une vie de mille ans cette science, et qui chaque jour devrait nourrir sept mille hommes, jamais ne connaîtrait le manque. Senior le confirme : «Etre aussi riche que le possesseur de la pierre d’où l’on tire le feu, c’est pouvoir donner ce feu à qui le désire, dans la quantité désirée et au moment désiré, sans la moindre privation». Aristote exprime des souhaits identiques dans son deuxième livre sur l’âme : «Tous les corps constants par nature sont limités dans leur volume et dans leur croissance ; le feu, quant à lui, croît à l’infini, pour peu qu’on le nourrisse». Heureux l’inventeur de cette science, celui vers qui afflue la prudence de Saturne ! Sur tes chemins, songe à elle, elle conduira tes pas. Senior dit : «Le sage la comprend, celui dont le jugement est subtil et ingénieux, pour peu que le traité sur les agrégations clarifie les esprits. L’esprit s’anime, il suit son désir : heureux qui réfléchit sur mon propos». Salomon ajoute : «Mon fils, fixe-la à ton cou, inscris-la sur la tablette de ton coeur, et tu trouveras. Dis à la Sagesse : «Tu es ma soeur, et donne le nom d’amie à la prudence !» La réflexion à son propos est un acte parfaitement naturel, un acte subtil qui la porte à la perfection. Celui qui lui consacre ses veilles vite sera à l’abri du souci. Claire elle est pour ceux qui détiennent l’intelligence : jamais elle ne fane ni ne passe. Facile elle paraît à qui la connaît, car elle s’enquiert elle-même de ceux qui en sont dignes, tout à l’entour, car elle leur apparaît dans la joie par tous les chemins, elle les devance de toute sa prévoyance. Son prologue, c’est la nature la plus authentique, la naure qui ignore la fraude.  

DEUXIEME CHAPITRE CE QU’EST LA SAGESSE  

Si donc trônes et sceptres des rois vous plaisent, pour éternellement régner, aimez tous la lumière de la science, et poursuivez les recherches, vous tous qui vous distinguez par votre connaissance de la nature. C’est pour vous que le sage scrute la Sagesse de tous les anciens : ses loisirs, il les consacre aux prophètes. Il pénètre aussi dans les détours des paraboles, il cherche le sens caché des proverbes, il se préoccupe du secret des paraboles. Or, ce qu’est la science et comment elle est faite, je vous l’exposerai sans rien vous cacher elle est un don, un sacrement de Dieu, une chose divine que les propos symboliques des sages cachent de mille manières. Aussi mettrai-je sa science en lumière, aussi ne fuirai-je pas la vérité, aussi refuserai-je de faire route avec l’envie qui dessèche. En effet j’ai suivi ses traces depuis l’origine, en ignorant cependant qu’elle était la mère de toutes les sciences, elle qui me précédait. D’innombrables dignités elle m’a fait don, elle que j’ai apprise sans rien feindre, elle que, sans envie, je communiquerai, sans dissimuler la vérité. Pour tous elle est un inépuisable trésor, que dissimule son inventeur, en s’écriant dans la joie : «Jérusalem, réjouis-toi, vous tous qui m’aimez, assemblez-vous, entrez en liesse, car le Seigneur Dieu a eu pitié de ses pauvres». Senior lui aussi dit : «Il est une pierre sur laquelle le connaisseur pose les yeux, une pierre surtout qu’il évite de jeter aux ordures. Cette médecine chasse le dénuement, pour l’homme, après Dieu, elle est la meilleure».  

 

TROISIEME CHAPITRE DE CEUX QUI IGNORENT ET QUI NIENT CETTE SCIENCE

 

Cette science glorieuse de Dieu, cette doctrine des saints, ce secret des philosophes et cette médecine des médecins, les sots la méprisent, ils ignorent sa nature. Ils refusent la bénédiction, et elle s’éloignera d’eux. A quiconque manque d’expérience, pareille science ne convient, car quiconque l’ignore est son ennemi : non sans raison. Speculator en effet dit : «Le mépris de la science, c’est la cause de l’ignorance. Aux ânes ne donnons pas de laitues, quand ils se contentent de chardons! Ne donnons pas en pâture aux chiens le pain des enfants, et ne semons pas les perles parmi les porcs ! A cette illustre science, pareils railleurs ne peuvent accéder. Ce serait briser le sceau céleste que de divulguer à ceux qui n’en sont pas dignes les arcanes de cette science. En un corps grossier l’esprit de cette Sagesse refusera d’entrer. L’insensé n’est pas capable de la percevoir : pervertie est sa raison. Les sages ne se sont pas adressés aux insensés. Parler avec un insensé, c’est parler avec quelqu’un qui dort». Morien, lui, dit : «Si je voulais développer la situation exacte des choses, il n’y aurait plus place pour la prudence. L’insensé deviendrait l’égal du sage. Sous le cercle lunaire, contre la pauvreté, sa marâtre, aucun mortel ne pleurerait plus les angoisses de son dénuement : en cette science, infini est le nombre des sots». 

 

QUATRIEME CHAPITRE DU NOM ET DU TITRE DE CE LIVRE

 

Ce volume, nous l’avons baptisé : «Aurore à son lever». Pour quatre raisons. L’aurore, tout d’abord, c’est l’heure d’or. De même, la science réserve, pour une fin en or, une heure aux bons labourants. L’aurore, ensuite, occupe entre la nuit et le jour une position intermédiaire. Elle rougeoie en une double teinte, le rouge et le jaune. De même, la science fait don des teintes jaune et rouge, qui sont intermédiaires entre le noir et blanc. Troisièmement : durant l’aurore, les malades connaissent un allégement, un répit de leurs souffrances nocturnes. Durant l’aurore de la science, de même, toutes les mauvaises odeurs, toutes les vapeurs mauvaises qui affectaient l’esprit du labourant s’éclipsent et déclinent. Le psaume dit bien «Au soir la visite des larmes, au matin des cris de joie». Quatrièmement et enfin, l’on dit que l’aurore est la fin de la nuit et le début du jour, ou bien encore, la mère du soleil. De même, à l’acmé de la coloration rouge ; notre aurore est la fin de toute ténèbre, expulsion de la nuit, de cette longévité hivernale où trébuche le marcheur, s’il ne prend garde. Il est écrit : «Et la nuit révèle à la nuit la science, et le jour au jour profère la parole, et la nuit comme le jour en ses délices illumine». 

CINQUIEME CHAPITRE AIGUILLONNONS LES INSENSES !    

La Sagesse ne clame-t-elle pas sur les places, la prudence n’élève-t-elle pas la voix dans les livres des sages, s’écriant : «Humains, c’est vous que j’appelle, et ma voix s’adresse aux fils de l’intelligence! Comprenez, insensés, prêtez attention à la parabole, à l’interprétation, aux dits des sages et à leurs énigmes!» Les sages se sont servis de diverses expressions, quand ils ont établi la similitude de toutes les créatures de cette terre, en cette science, ils ont multiplié les paraboles, sous le cercle de la lune. Un sage à l’écoute gagnera en sagesse ; il comprendra ; comprenant la Sagesse, il la possédera. La voici, la Sagesse, la Reine donc du Midi, que l’on dit être venue de l’Orient, comme l’aurore à son lever, pour écouter, pour comprendre, pour voir aussi la Sagesse de Salomon. Et elle détient puissance, honneur, vertu et autorité. Elle porte une rutilante couronne, des rayons de douze étoiles, telle une épouse qui se pare pour son époux. Ses vêtements portent des inscriptions d’or, en grec, en langue étrangère, en latin. Reine, je régnerai, et mon royaume n’aura pas de fin, pour tous mes inventeurs, pour tous ceux qui me cherchent, subtilement, ingénieusement, constamment !  

SIXIEME CHAPITRE LA PREMIERE PARABOLE : LA PIERRE NOIRE DANS LAQUELLE S’ENRACINENT LES SEPT PLANETES

Regardant au loin, je vis un grand nuage qui obscurcissait la terre tout entière. Il avait absorbé le nuage qui recouvrait mon âme. Les eaux avaient pénétré jusqu’à mon âme, putréfiées et corrompues qu’elles étaient par le spectacle des abysses infernaux, et par l’ombre de la mort : c’est que la tempête m’avait engloutie. Devant moi se courberont les habitants du désert, et mes ennemis lécheront la terre qui m’appartient. Or en ma chair il n’est rien d’intact, et le spectacle de mon iniquité a bouleversé tous mes os. C’est que je me suis épuisée à crier des nuits entières ; rauque est ma gorge. Qui donc vivra pour savoir, pour comprendre? Il arrachera mon âme à la griffe du shéol. Ceux qui m’illuminent gagneront la vie éternelle, je leur ferai manger de l’arbre de vie placé au paradis, je leur donnerai de prendre place à mes côtés sur le trône de mon royaume. En effet : pour qui m’aura déterrée comme de l’argent, et acquise comme un trésor, pour qui n’aura pas empoisonné ma nourriture ni ma boisson, souillé dans le stupre ma couche, violé non plus mon corps entier, fort délicat, ni surtout mon âme, colombe toute belle et sans fiel, pure et sans tache, pour qui n’aura pas abîmé mes sièges et mes trônes, bref : pour celui qui d’amour me fait languir, pour celui dont l’ardeur me fait fondre, dont l’odeur me fait vivre, dont la saveur me restaure, dont le lait est la nourriture à laquelle je consens, dont l’enlacement me redonne la jeunesse, pour celui du baiser duquel je reçois le souffle de vie, pour celui dont l’étreinte amoureuse épuise tout à fait mon corps, pour lui je serai un père, et lui sera pour moi un fils. Il est sage, celui qui réjouit le père, le père que je placerai en tête des rois de la terre, le père que j’exalterai et auquel mon alliance, pour l’éternité, restera fidèle. Et cependant : s’il abandonne ma loi, s’il ne suit pas les chemins qui sont les miens, s’il profane mes commandements et mes préceptes, que l’adversaire s’acharne sur lui et que le fils de l’iniquité se mette à lui nuire! Si, au contraire, il marche par mes chemins, il ne craindra pas la froidure de la neige. Toute sa maisonnée portera vêtements, byssus et pourpre. Il rira ce jour-là, et je serai rassasiée, et ma gloire se montrera. C’est qu’il aura veillé à mes sentiers et refusé de manger le pain des oisifs. C’est ainsi que se sont ouverts les cieux au-dessus de lui, et sa voix a résonné comme le tonnerre, la voix de celui qui tient sept étoiles en ses mains, les sept esprits envoyés sur toute la terre, pour prêcher et pour témoigner. Celui qui croira, celui qui sera baptisé, sera sauvé, condamné l’incroyant. Quant aux signes que porteront les croyants et les bien baptisés, les voici : au moment où le roi des cieux prononce sur eux son jugement, ils seront blancs de neige au Mont-Sombre ; les ailes de la colombe se couvriront d’argent ; les ailes de leur dos auront la pâleur de l’or. Tel sera mon fils aimé! Regardez-le! Il est le plus beau des enfants des hommes. Le soleil et la lune contemplent sa beauté. Il est privilège d’amour, cet héritier auquel les hommes apportent leur confiance, et sans lequel ils ne sont capables de rien. Qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, des sept étoiles qui permettent l’achèvement de l’oeuvre divine. C’est d’elles que traite Senior dans son livre, au chapitre du soleil et de la lune, quand il dit : «Quand tu auras fabriqué ces sept métaux que tu as distingués par les sept étoiles, et que tu as dédiés aux sept étoiles, quand tu les auras neuf fois purifiés, jusqu’à ce qu’ils aient revêtu l’aspect des perles, tu auras accompli l’oeuvre du blanchiment».

SEPTIEME CHAPITRE LA DEUXIEME PARABOLE : LE DÉLUGE ET LA MORT, QUE LA FEMME A APPORTÉS ET QU’ELLE A CHASSES

lorsque vers moi auront afflué les multitudes marines, lorsque les torrents auront inondé mon visage, lorsque les flèches de mon carquois auront été enivrées de sang, lorsque mes cuves auront exhalé le parfum du meilleur des vins, lorsque mes greniers auront débordé de froment, lorsque l’époux aura franchi le seuil de la chambre nuptiale en compagnie des dix vierges, lorsque mon ventre aura gonflé sous la caresse de mon aimé, lorsque le gond de ma porte se sera ouvert à l’aimé, quand Hérode aura tué dans sa colère une légion d’enfants, quand Rachel aura pleuré ses fils, et quand la lumière aura jailli des ténèbres, quand le soleil de justice au ciel sera monté, c’est alors que viendra la plénitude du temps, c’est alors que Dieu enverra son fils, comme il est écrit. Ce fils, Dieu l’a établi universel héritier, et par lui il a fait les siècles. A lui autrefois il a dit : «Tu es mon fils, moi, aujourd’hui je t’ai engendré». A lui les mages ont de l’Orient apporté trois présents. En ce jour qu’a fait le Seigneur, voici pour nous allégresse et joie, car le Seigneur en ce jour a considéré mon affliction. Il a envoyé la rédemption. En Israël en effet, il est le prétendant au royaume. En ce jour, la femme a chassé la mort qu’elle a apportée. Les verrous de l’enfer ont sauté. La mort cessera désormais toute domination. Les portes de l’Hadès ne tiendront pas contre elle, car elle est trouvée, la dixième drachme égarée, car elle a été ramenée, la centième brebis du désert, car nos frères ont retrouvé leur concert, depuis la chute de l’ange. Mon fils, réjouis-toi donc en ce jour, car c’est la fin des lamentations, c’est la fin de la douleur, car l’ancien monde s’en est allé. Quiconque a des oreilles entende les propos de l’esprit de la doctrine à l’adresse des fils de la discipline, à propos de la femme qui apporta la mort, et qui la chassa! Les philosophes le disent eux ainsi : «Ote-lui l’âme, avant de la lui redonner, car la corruption de l’un, c’est la génération de l’autre. Ote-lui l’humeur qui corrompt, avant de le nourrir de l’humeur qui lui est naturelle! C’est la voie de la perfection et de la vie».  

HUITIEME CHAPITRE LA TROISIEME PARABOLE : LES BATTANTS DE BRONZE ET LES BARRES DE FER DE LA CAPTIVITÉ BABYLONIENNE

Qui aura fracassé mes battants de bronze et brisé mes barres de fer, changé mon candélabre de place, qui aura ainsi arraché les chaînes de la prison de la ténèbre, nourri mon âme affamée, mon âme qui accourt, la bouche dévorée de foi, nourrie de la graine du froment et du miel du rocher, qui aura, pour l’errante que je suis, préparé une salle de banquet, me permettra de dormir en paix, et aux sept dons de l’Esprit saint, dans sa miséricorde, d’étendre sur moi leur repos. L’on me rassemblera en effet de toute la terre, pour répandre sur moi une eau pure, et je serai purifiée de la plus grande des fautes et du démon de midi : c’est que, de la plante des pieds à la tête, rien, plus rien, n’est intact. L’on me purifiera ainsi de mes turpitudes, cachées et étrangères, je n’aurai même plus ensuite souvenir des iniquités que j’ai commises : Dieu m’a donné onction d’une huile d’allégresse, afin qu’en moi cohabite au jour de ma résurrection le pouvoir de pénétration et de liquéfaction, quand de Dieu j’acquerrai la gloire. Ainsi vont et viennent les âges jusqu’à l’arrivée de l’envoyé, jusqu’à l’arrivée de celui qui lèvera le joug de la captivité, de ces soixante-dix années de séjour au bord des fleuves de Babylone. Nous y avons pleuré, nous y avons mis nos instruments au clou, parce que les filles de Sion ont été pleines d’orgueil, parce qu’elles s’en sont allées, la démarche haute et le regard provocant, parce qu’elles ont papoté, parce qu’elles ont travaillé leur démarche. Or le Seigneur rendra galeux et chauve leur crâne : de Sion viendra la loi, et de Jérusalem le Verbe du Seigneur. Ce jour-là, lorsque les sept femmes se seront arraché un homme unique, en s’écriant : «Nous pourvoyons à notre nourriture, nous nous habillons nous-mêmes, pourquoi ne protèges-tu pas notre sang, ce sang que comme de l’eau nous avons versé alentour de Jérusalem?», elles recevront la divine réponse que voici : «Patientez encore un peu, jusqu’à ce que nos frères dont le livre précise le nombre se trouvent au complet!» Tous ceux alors qui restent de Sion seront appelés saints, quand le Seigneur aura lavé la souillure de ses filles de Sion par l’esprit de sagesse et d’intelligence. Dix arpents de vigne donneront un tonnelet et trente muids de semence trois mesures. Qui comprend ces propos, rien pour l’éternité ne l’ébranlera. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline à propos de la captivité de Babylone, qui a duré soixante-dix années et que les philosophes désignent par ces mots : «Elles sont multiples, les variantes des soixante-dix préceptes».  

NEUVIEME CHAPITRE LA QUATRIEME PARABOLE : LA FOI DES PHILOSOPHES, QUI REPOSE SUR LE NOMBRE TERNAIRE

 

A qui aura accompli la volonté de mon père, jeté ce monde dans le monde, je céderai une place à mes côtés sur le trône de mon royaume bien au-dessus du siège de David et de ceux des tribus d’Israël. Telle est la volonté de mon père, afin que l’on sache que c’est lui, et personne d’autre, le Dieu véritable, lui qui donne à tous avec générosité et sans lésiner, à toutes les nations dans la vérité ; que son fils est son fils unique, Dieu né de Dieu et lumière née de la lumière ; que son Esprit saint naît du père et du fils, et qu’en divinité il est leur égal. Dans le père demeure l’éternité, dans le fils la similitude ; l’Esprit saint, lui, est l’éternité et le lien de la similitude. Or, de même que l’on dit : «Tel père, tel fils, tel aussi l’Esprit saint», de même que ces trois personnes n’en font qu’une, de même aussi — c’est ce que le philosophe veut dire — corps, esprit et âme ne font qu’un : toute perfection donc repose sur le nombre ternaire, conformément au nombre, au poids et à la mesure. D’autre part, le père n’est né de rien, le fils est né du père, l’Esprit saint de l’un et de l’autre. Au père revient la sagesse qui gouverne et qui ordonne tout dans sa mansuétude, dont les décrets sont insondables et les voies incompréhensibles. Au fils revient la vérité : quand il est apparu, il a assumé le néant, à la fois Dieu dans la perfection et homme, avec sa chair d’homme et son âme de raison ; en suivant le précepte du père et avec le soutien de l’Esprit saint, il a restauré un monde perdu par le péché de nos parents. A l’Esprit saint est confiée la bonté. Grâce à lui, ce qui est terrestre devient céleste, triplement : par son flux, par le sang, par les flammes en effet il baptise. Par son flux tout d’abord, il anime et il lave, il chasse des âmes tous les miasmes, il nettoie toutes les vapeurs nocives, comme il est écrit : «Tu fécondes les eaux, en vivifiant les âmes». L’eau en effet est la nourriture de tout ce qui pousse : quand elle descend du ciel, elle sature la terre, elle procure à la terre la force qui lui permet de maîtriser tous les métaux ; la terre donc implore toujours l’eau, et elle dit : «Envoie ton souffle (entendons : l’eau), pour que commence la création, pour que soit renouvelée la face de la terre» ; car Dieu envoie à la terre l’esprit, il la fait trembler, il touche les montagnes et il les fait fumer. Par le baptême de sang ensuite, l’Esprit saint nourrit, comme il est écrit : «L’eau de la sagesse salvatrice m’a abreuvé» et «son sang est une véritable nourriture». Le siège de l’âme est dans le sang, comme le dit Senior- : «L’âme dont nous parlons a demeuré dans l’eau, dans laquelle toute vie repose, cette eau qui ressemble actuellement à l’âme pour ce qui est de la chaleur et de l’humidité». Par le baptême des flammes enfin, l’Esprit saint insuffle l’âme et il procure la perfection de la vie : le feu donne la forme et il emplit tout, comme il est dit : «Alors Yahvé insuffla dans ses narines une haleine de vie, et l’homme, de mort qu’il était, devint une âme vivante». Les philosophes témoignent de ces trois opérations : l’eau protège le foetus trois mois durant dans la matrice ; l’air le nourrit dans les trois mois suivants, et le feu le garde durant les trois derniers mois. L’enfant ne verra jamais le jour, tant que ces mois ne seront pas consommés ; seulement alors, il naît et le soleil le nourrit, lui qui vivifie tout ce qui est mort. Voilà pourquoi l’on dit que l’Esprit saint, grâce à la perfection de ses septuples dons, possède, lorsqu’il agit sur la terre, sept vertus. Tout d’abord : il réchauffe la terre, morte de froid et desséchée, comme de la chaux. Le prophète à ce propos : «Mon coeur brûlait en moi, par mon opération, le feu se mit à flamber». Dans le livre de la quintessence, nous lisons : «Le feu, par sa chaleur, qui pénètre et qui subtilise, consume les particules terrestres trop matérielles et trop inconsistantes. Tant qu’il est alimenté, il poursuit son action, car il cherche à imprimer sa forme à la substance passive»! Caled Minor ajoute : «Réchauffez le froid par une chaleur venue d’ailleurs!» Senior : «Placez le mâle sur la femelle, le chaud sur le froid!» Deuxièmement : l’esprit éteint le feu intense, menaçant par son embrasement même. Le prophète à ce propos : «Un feu s’allume dans la synagogue, une flamme embrase sur terre les renégats» ; ce feu, l’esprit l’éteint au nom de l’équilibre même qui l’engendre : l’ardeur résulte en effet d’un équilibre. Caled Minor : «Eteignez le feu de l’un par la frigidité de l’autre!» Avicenne : «La première chose qui se libère, c’est l’embrasement, et cet embrasement libère une vertu ignée, qui est plus douce et plus digne que celle des autres éléments». Troisièmement : l’esprit amollit, il liquéfie la dureté de la terre, en dissolvant les parties trop denses, trop compactes, comme il est écrit : «La pluie de l’esprit saint fait fondre». Et le prophète : «Il enverra sa parole, il fera fondre, son esprit soufflera, et les eaux couleront». Dans le livre de la quintessence, nous lisons que l’air ouvrira les pores de la terre, pour recueillir la vertu du feu et de l’eau. Il est dit ailleurs : «C’est la femme qui dissout l’homme, et l’homme qui fixe la femme, l’esprit dissout le corps, il l’amollit, cependant que le corps lui donne la dureté». Quatrièmement : l’esprit illumine, après avoir chassé les ténèbres, comme le dit l’hymne : «Dissipe les ténèbres terrifiants de notre esprit, illumine les sens!» Et le prophète : «Il les guida toute la nuit par une lueur de feu», et la nuit resplendira comme le jour. Quant à Senior : «Il blanchira toute noirceur, et rougira toute blancheur, car l’eau blanchit et le feu illumine». Il a l’éclat du rubis, grâce à l’esprit de teinture, qui lui procura la vertu ignée : aussi donne-t-on au feu le nom de : teinturier. Dans la Tourbe des philosophes, il est écrit : les nuages, quand ils auront blanchi la surface, blanchiront aussi certainement les parties intimes. Et Morien : «Nous avons déjà écarté la noirceur et fabriqué la blancheur, avec le natrum, c’est-à-dire avec l’esprit». Cinquièmement : l’esprit sépare le pur de l’impur, en écartant de l’âme tous les accidents, vapeurs nocives et puanteurs, comme il est écrit : «Le feu sépare l’hétérogène pour entasser l’homogène». Le prophète : «Tu m’as sondé par le feu et tu n’as trouvé en moi aucune iniquité». Hermès : «Tu sépareras le dense du subtil, la terre du feu». Alphidius : «La terre se liquéfie et elle se transforme en eau. L’eau se liquéfie et elle se transforme en air, l’air se liquéfie, et il se transforme en feu, le feu à son tour se liquéfie, et il est converti en terre glorifiée». Razi, lui, précise que la mise en oeuvre de la préparation parfaite est précédée par une certaine purification des corps, que certains dénomment traitement, ou épuration, d’autres, rectification, lavement ou encore séparation. Cet esprit en effet, dont l’office est septuple, sépare les parties pures des parties impures, afin que l’oeuvre s’accomplisse grâce aux parties pures, après le rejet des parties impures. C’est à quoi fait allusion Hermès dans son secret, dans la phrase : «Tu sépareras la terre du feu, le subtil du dense». Sixièmement : l’esprit exalte ce qui est en bas, quand il conduit à la surface l’âme profonde, cachée dans les viscères de la terre. Le prophète : «C’est toi qui as arraché mon âme aux abysses de l’enfer». Isafe «L’esprit du Seigneur m’a exalté». Les philosophes : «Quiconque manifeste l’occulte connaît l’oeuvre dans sa totalité, quiconque connaît notre cinabre, notre feu, c’est lui notre philosophe». Morien : «Celui qui aura élevé son âme, verra ses cou-leurs». Alphidius : «Si la vapeur ne monte pas, elle ne te servira à rien, car l’oeuvre tout entière passe par elle, elle se fait avec elle, et en elle». Septièmement et enfin l’esprit inspire, puisqu’il rend le corps terrestre spirituel, comme nous lisons dans cet hymne : «Par ton inspiration, spiritualise les hommes!» Salomon : «L’esprit de Dieu a empli l’univers». Le prophète : «Tout leur pouvoir émane du souffle de sa bouche». Razi dans la Lumièredes lumières : «Ce qui est lourd ne peut être levé qu’avec l’aide de ce qui est léger, ce qui est léger ne peut être abaissé qu’avec l’aide de ce qui est lourd». Dans la Tourbe: «Rendez les corps incorporels, le fixe volatil. Notre esprit parachève et accomplit tout cela, car il est seul à pouvoir purifier ce qu’a conçu la semence impure». L’Ecriture ne dit-elle pas : «Lavez-vous, purifiez-vous»? Et le messager à Naamân : «Va te baigner sept fois dans le Jourdain, et ta chair recouvrera sa pureté». Il n’est de fait qu’un unique baptême, pour laver les péchés, la foi et le prophète en sont les témoins. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’Esprit saint de la doctrine aux fils de la discipline, sur la septuple vertu de l’Esprit saint, qui permet l’accomplissement de l’Ecriture tout entière, ce que les philosophes disent par ces mots : «A sept reprises, distille, tu écarteras ainsi l’humidité corruptrice».  

DIXIEME CHAPITRE LA CINQUIEME PARABOLE : LE TRÉSOR ÉDIFIE PAR LA SAGESSE SUR LE ROC

Elle a bâti sa maison, la Sagesse, qui y entrera sera sauvé, il y trouvera sa pâture. Le prophète en témoigne : «Ils s’enivrent de la graisse de ta maison, car un jour sur tes parvis en vaut mille». Qu’ils sont heureux, les habitants de cette maison! Qui, en elle, demande, reçoit, qui cherche trouve : frappez, et l’on vous ouvre. C’est que la Sagesse se tient sur la porte, et qu’elle dit : «Je suis à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour que nous soupions ensemble». Qu’elle est grande, la profusion de ta douceur, tu l’as réservée à ceux qui pénétreront dans cette maison : or l’oeil ne l’a pas perçue, l’oreille ne l’a pas entendue, rien n’est monté au coeur de l’homme. Sainteté, longévité à ceux qui ouvrent cette maison, elle a ses fondations sur le roc. Or, ce roc, seul le meilleur sang de bouc peut le fendre, ou bien, le triple coup du rameau de Moïse : les eaux jaillissent alors en abondance, et la communauté tout entière s’abreuve, hommes et femmes. Ils n’auront plus ni faim ni soif. Celui dont la science ouvrira la maison trouvera à l’intérieur une intarissable fontaine, une eau vive et de jouvence, dont le baptême apportera le salut, et empêchera la décrépitude. Rares sont malheureusement ceux qui en sont capables : ils sont enfants, et ils en ont conscience! Quand ils auront communiqué leur enseignement, quand ils auront maîtrisé les trônes, ceux des vingt-quatre vieillards — ils en sont dignes et ils en ont les capacités —, face à face, et oeil dans l’oeil, ils pourront contempler la clarté tout entière du soleil et de la lune ; sans l’aide des vieillards, ils ne pourront rien. Ceux qui ont les clefs du royaume des cieux, auront tout ce qu’ils auront lié et délié : il en sera ainsi! Partout, où qu’il aille, ils suivront l’agneau. Or la décoration de cette maison ne peut être décrite : ses vestibules, ses murs sont d’or le plus pur, ses portails resplendissent des perles, des gemmes les plus précieuses, la maison a quatorze pierres d’angle, qui désignent les quatorze vertus qui assurent ses fondations. Première vertu : la santé, dont le prophète dit : «Lui qui guérit les coeurs brisés et bande leurs blessures», et les philosophes : «Son utilisateur préserve la vigueur du corps». Seconde vertu : l’humilité, dont il est écrit : «Parce qu’il a jeté les yeux sur l’humilité de sa servante, toutes les générations me diront désormais bienheureuse». Et le prophète : «Le Seigneur redresse ceux qui sont courbés». Aristote à Alexandre «Avec cette pierre, il ne fait pas bon combattre». Et Alphidius «La Sagesse de l’homme humble atteindra la perfection». Troisième vertu : la sainteté. D’elle le prophète dit : «Sainteté et magnificence dans sa sanctification». Et Alphidius «Sache que tu ne pourras acquérir cette science, tant que tu n’auras pas purifié ton esprit pour Dieu ni détruit en ton coeur toute corruption». La Tourbe : «J’ai renoncé aux voluptés, j’ai supplié Dieu ; afin qu’il me montrât ‘cette eau pure, que je sais n’être que vinaigre». Quatrième vertu : la chasteté. Nous lisons à son propos : «Si je l’aime, je serai pur, quand je le toucherai, je serai chaste». Sa mère est vierge, son père n’a pas dormi avec elle, parce que c’est un lait de vierge qui le nourrit! Avicenne dans les Minéraux : «Certains esprits astucieux utilisent une eau, qui a nom : lait de vierge». Cinquième vertu : l’énergie. Il est dit d’elle qu’elle est l’ornement de l’âme. Hermès : «Il récupère l’énergie des planètes supérieures et inférieures, son énergie pénètre tout ce qui est solide». Dans le traité sur la quintessence : «Jamais assez je n’admirerai cette énergie céleste que vous lui aurez insérée et infuse». Jean dans l’Apocalypse : «Au vainqueur je donnerai la manne cachée, le nom nouveau prononcé par la bouche du Seigneur». Dans le livre sur la quintessence : «Quand sera réalisée la pierre de la victoire, j’enseignerai comment fabriquer grâce à elle, à partir de sa matière, émeraudes, jaspes, véritables chrysolithes, plus parfaites et supérieures en couleur, en substance, en vertu, aux pierres naturelles». Septième vertu : la foi, à propos de laquelle on lit : «C’est la foi qui sauve ; sans elle, personne ne peut acquérir le salut». Avoir la foi, c’est comprendre l’invisible. La Tourbe : «Il est invisible comme l’âme dans le corps», et : «Deux éléments sont visibles, la terre et l’eau, deux invisibles, l’air et le feu». Paul : «Qui croit en lui ne sera pas confondu ; pour les incroyants, la pierre est une pierre d’achoppement, un rocher qui fait tomber». Et l’Evangile : «Qui ne croit pas est déjà condamné». Huitième vertu : l’espérance, dont il est dit : «Une espérance vive procure l’allégresse, l’espérance est garantie d’une fin heureuse». Morien : «Espère, espère encore, tu y arriveras». Le prophète : «Fiez-vous à lui, peuple, en tout temps, nos pères ont mis en lui leur espérance, et ils ont été affranchis». Neuvième vertu : la charité, dont l’Apocalypse dit : «La charité supporte tout, elle ne fait rien de travers», et l’Evangéliste : «J’aime ceux qui m’aiment, mon ami, c’est celui dont l’amour n’a pas de cesse». Et Alphonse : «Le véritable ami, c’est celui qui ne t’abat pas, quand tout le siècle, t’a fait défaut». Et Grégoire : «La preuve d’amour, c’est la révélation de l’oeuvre». Job : «Tout ce que possède l’homme, il le cédera pour son âme, entendons, pour cette pierre». Qui sème avec parcimonie, récolte de même! Pour partager la consolation, il faut auparavant partager les souffrances. Dixième vertu : la bonté, dont il est dit : «Ignores-tu que la bonté te pousse au repentir? Il est bon ce juge qui rend à chacun selon ses oeuvres». La bonté rend le bien pour le mal, le maximum pour le minimum, quand la seule bienfaisance rend le bien pour le bien, pour le peu le peu. Onzième vertu : la patience, dont il est dit : «Apprends la patience, si tu désires la victoire!» Et l’apôtre : «Par la patience, et par la consolation des Ecritures, possédons l’espérance!» Morien : «Que l’impatient écarte les mains de l’oeuvre!» Caled Minor : «Il est trois nécessités la patience, la circonspection, l’habileté technique». Et l’apôtre : «Soyez patients, car il est proche, l’avènement du Seigneur!» Douzième ver-tu : l’équilibre, dont il est écrit qu’il nourrit tout, qu’il favorise tout, qu’il est le garant universel de la santé. Tant que les éléments gardent l’équilibre, l’âme est heureuse dans le corps. En cas de discordance, elle a horreur de son séjour. L’équilibre en effet, c’est la mixtion réciproque des éléments, le froid tempère le chaud, l’humide le sec. Les philosophes ont mis tout leur zèle à éviter tout excès de l’un par rapport à l’autre, et ils disent «Evitez la fuite de l’arcane, évitez que le vinaigre ne parte en fumée, évitez de chasser le roi et son épouse par un excès de feu, méfiez-vous de tout ce qui outrepasse la mesure, mettez-le sur le feu de la putridité, autrement dit de l’équilibre, jusqu’à la jonction spontanée». Treizième vertu : la discipline spirituelle, ou bien l’intelligence, dont l’apôtre dit «La lettre tue, l’esprit, lui, vivifie. Renouvelez-vous par une transformation spirituelle, et revêtez l’homme nouveau, entendons l’intelligence subtile». Si votre intelligence est spirituelle, vous êtes assurés de connaître l’esprit. Que chacun de vous examine son oeuvre propre, qu’il examine si elle sert la perfection ou la destruction! L’homme récolte ce qu’il sème. O, la légion de ceux qui ne comprennent pas les propos des sages! C’est leur sottise qui les a fait périr, l’intelligence de l’esprit leur a fait défaut, ils n’ont rien trouvé d’autre que la peine. Quatorzième pierre : l’obéissance, dont il est écrit : «Soyez obéissants à l’égard de vos supérieurs, comme Christ a été dans l’obéissance à l’égard du père, et ce jusqu’à la mort!» Obéissez donc aux préceptes et aux dits des sages, toutes leurs promesses vous obéiront alors, et elles se réaliseront avec l’assentiment du Seigneur Dieu. Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, à propos de cette maison que la Sagesse a assise sur quatorze pierres d’angle! Vingt-quatre vieillards l’ouvriront avec les clefs du royaume des cieux, Senior le déclare dans le prologue de son livre, où il a expliqué ce qu’est l’aigle du toit, et les figures des différentes propriétés, sur les murs de côté. Alphidius a parlé dans son livre de la maison au trésor, que quatre clefs peuvent ouvrir, les clefs des quatre éléments.  

ONZIEME CHAPITRE LA SIXIEME PARABOLE : LE CIEL, LE MONDE, ET LES SITES DES ELEMENTS

Celui qui est de la terre est terrestre, et parle en terrestre ; celui qui vient du ciel dépasse tous. Ici déjà, la terre est vue comme le principe des éléments. Les cieux, quant à eux, désignent les éléments supérieurs. Aussi convient-il de parler un peu de la terre et du ciel, puisqu’il s’agit là du principe et de la mère des différents éléments, comme en témoigne le prophète : «Depuis longtemps tu as fondé la terre, et les cieux sont l’ouvrage de tes mains», les cieux, c’est-à-dire, l’eau, l’air_ et le feu. Après leur mort, les éléments se séparent de la terre. Ils y retournent pour y être vivifiés. C’est que l’agent de la composition d’un corps est aussi le lieu de sa résolution, témoin la sainte parole : «L’homme est cendre, et retournera à la cendre». C’est cette cendre que les philosophes ont appris à mélanger avec l’eau permanente, qui est le ferment de l’or. Leur or, c’est le corps, cette terre qu’Aristote dit coagulante, parce qu’elle coagule l’eau. Elle est cette terre de la sainte promesse, dans laquelle Hermès a enjoint que l’on semât l’or, afin que montât d’elle une pluie de vie, cette eau qui réchauffe, comme le dit Senior : «Quand ils voulurent extraire cette eau divine, qui est feu, ils la chauffèrent grâce à leur feu qui est eau, ce feu, ils le réglèrent jusqu’à son terme, et ils l’ont caché à cause de la sottise des insensés». Les philosophes en effet ont juré de ne jamais en parler clairement en aucun de leurs écrits, ils ont abandonné au Dieu de gloire le soin de le révéler ou de l’interdire à qui il veut, lui qui recèle grande sagesse et les mystères obscurs des sages. Or, lorsque la chaleur de ce feu aura atteint la terre, la terre sera dissoute, elle se mettra à bouillonner, à se transformer en vapeur, avant de retrouver sa première forme terrestre. Cette eau, elle a donc mû la terre, et les cieux ont fondu au-dessus d’elle, ils sont devenus par tout le monde melliflues, et ils ont raconté la gloire de Dieu. Cette gloire, seul la connaît qui comprend comment les cieux ont été faits de terre, et la terre demeure pour l’éternité, cependant que les cieux se fondent sur elle, comme en témoigne le prophète : «C’est toi qui as posé la terre sur les bases, inébranlables pour les siècles des siècles. De l’abysse, tu la couvres comme d’un vêtement. Les eaux, l’air igné, se tenaient sur les montagnes. Les oiseaux des cieux en feront leur séjour. Ils abreuveront la terre des éléments supérieurs, afin qu’elle se rassasie du fruit de leurs oeuvres. C’est que les sept planètes ont plongé leurs racines au centre de la terre, et elles y ont déposé leurs énergies. La terre est donc une eau qui fait germer toute sorte de couleurs et de fruits, elle produit le pain, le vin qui emplit d’allégresse le corps de l’homme, l’herbe pour les bêtes et les plantes à l’usage des humains. Cette terre, dis-je, a fait la lune pour marquer le temps. Puis très tôt le soleil se leva quand fut passé le sabbat, il suivit cette ténèbre que tu as posée sur terre avant le lever du soleil ce fut la nuit. Cette nuit, toutes les bêtes des forêts la parcourront, car elles ont une limite à ne pas franchir jusqu’à la blancheur. Dans cette ordre, elles persévéreront jusqu’à la rougeur, car tout est au service de la terre. Tous ceux qui la parcourront vivront jusqu’à soixante-dix ans, car la terre porte tout, par le verbe de sa divinité, comme il est écrit dans la Tourbe des philosophes : «Pondéreuse, la terre porte tout, elle sert de fondement au ciel tout entier, car elle révéla son aridité quand les éléments furent séparés». C’est alors que se forme un libre passage dans la mer Rouge, cette mer grande et spacieuse qui a ébranlé le roc : et du roc ont jailli les eaux métalliques. Puis les fleuves ont disparu dans le sable sec, les fleuves qui réjouissent la cité de Dieu. Ce qui est mortel aura alors revêtu l’immortalité, et la corruption de ce qui vit l’incorruptibilité. Dans l’univers se réaliseront les paroles de l’Ecriture : «La mort a été engloutie dans la victoire. Où est-elle, ô mort, ta victoire? Là où le péché a multiplié, la grâce a surabondé». De même que tous meurent en Adam, tous aussi revivront en Christ, car, la mort étant venue d’un homme, c’est par un homme, Jésus, que vient la résurrection des morts. Adam et ses fils ont tiré leur origine des éléments corruptibles, il est nécessaire que le composé se corrompe ; le second Adam, qui s’appelle : homme philosophique partit des éléments purs, pour passer à l’éternité. Ce qui consiste en une essence simple et pure demeure pour l’éternité. C’est Senior qui le dit : «Il existe une seule chose qui jamais ne meure, car elle persévère en une perpétuelle augmentation, lorsque le corps aura été glorifié lors de la résurrection des morts au dernier jour : aussi la foi témoigne-t-elle de la résurrection de la chair et de la vie éternelle après la mort». Alors le second Adam dira au premier Adam et à ses fils : «Venez, les bénis de mon père, recevez en héritage le royaume qui vous a été préparé depuis le début de l’opération, mangez le pain qui est mien et buvez le vin que je vous ai préparé, car tout est prêt pour votre venue». Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, sur l’Adam terrestre, sur l’Adam céleste, sur ce à quoi les philosophes font allusion par ces propos : «Quand tu posséderas l’eau qui jaillit de la terre, l’air qui jaillit de l’eau, le feu de l’air et la terre du feu, tu posséderas la plénitude et la perfection de notre art». 

DOUZIEME CHAPITRE LA SEPTIEME PARABOLE : L’ENTRETIEN DES DEUX AMANTS  

L’aimée : — Tournez-vous donc vers moi de tout votre coeur, ne me répudiez pas, toute noire et basanée que je suis! C’est le soleil qui m’a brûlée, et les abysses qui ont recouvert mon visage! Par mes opérations, la terre a connu l’infection et la souillure. C’est que les ténèbres l’ont maîtrisée, car dans la bourbe du gouffre j’enfonce, et ma substance n’a pas été ouverte. Des profondeurs donc j’ai crié, des abysses de la terre, vers vous tous, qui passez le chemin. Prêtez attention, regardez-moi, et si quelqu’un jamais vit mon pareil, je lui ferai don de l’étoile du matin. Dans la nuit, sur ma couche, j’ai cherché la consolation. Je ne l’ai pas trouvée. J’ai appelé. Je n’ai reçu aucune réponse. L’aimé : — Ainsi je me lèverai. J’entrerai dans la ville. Dans les rues, par les places, je me mettrai en quête d’une épouse, vierge pudique, belle de visage et de corps bien faite, bien habillée. C’est elle qui roulera la pierre qui ferme l’entrée de ma tombe. C’est elle qui me donnera comme à la colombe les ailes, avec elle je volerai vers les cieux, et je dirai : «Eternellement, je vis, en elle je repose, elle se tient à ma droite sous les ors d’Ophir!» Ecoute, fille mienne, regarde et tends l’oreille à mes supplications : de tout le désir de mon coeur je quête ta beauté. En ma langue, je dis : «Révèle-moi ma fin et la mesure de mes jours, que je connaisse ma fragilité, car d’un empan tu as fait mes jours, et devant toi ma substance est néant». C’est toi qui entrera par l’oreille, passera mon territoire, je me revêtirai d’une robe de pourpre, qui viendra de nous deux. Comme l’époux qui sort de son pavillon je m’avancerai. Tu m’orneras de gemmes printanières et rutilantes, tu me vêtiras d’habits de salut et de gloire, afin que je mette hors combat les nations et tous les ennemis, tu me ceindras une couronne d’or marquée au signe de sainteté ; tu m’entoureras d’une robe de justice, tu me donneras en gage ton anneau, tu me mettras des sandales d’or. Voilà ce qu’elle fera, mon amie, parfaite, dans sa grande beauté, dans son charme, ô délices, elle qu’ont vue et célébrée les filles de Sion, reines et concubines. O reine d’en haut, viens, accours, amie et épouse, dis à ton aimé qui tu es, dis tes qualités et ta grandeur! Pour Sion tu ne te tairas point, au sujet de Jérusalem tu ne cesseras de m’entretenir, car ton aimé perçoit tes paroles. L’aimée : — Ecoutez ceci, nations, entendez, habitants de la terre! Mon aimé, rubicond, a parlé. Il a supplié et il a été entendu. Je suis la fleur des champs et le lis des vallées, je suis la mère du bel amour, de la connaissance et de la sainte espérance. Je suis la vigne au fruit parfumé, mes fleurs sont fleurs d’honneur et d’honnêteté. Je suis le lit où repose mon bien-aimé, soixante preux l’entourent, glaive au côté, car ils craignent les terreurs de la nuit. Toute belle je suis, sans tache aucune, je guette par les fenêtres et j’épie par le treillis de mon bien-aimé, je blesse son coeur par une seule oeillade et par un seul cheveu de ma nuque. C’est que je suis le parfum des onguents, et le meilleur des parfums, cinnamome, baume et myrrhe choisie. Je suis la très chaste vierge, je me lève comme l’aurore, rougeoyante, élue comme le soleil et belle comme la lune, sans ce qui est derrière le voile. Je suis cèdre dressé et cyprès de la montagne de Sion, couronne dont me ceindra mon bien-aimé, au jour de mes noces, au jour de liesse, car mon nom est une fiole de parfum renversée. Fronde de David, dont la pierre a arraché le gros oeil de Goliath et a même fini par abattre la tête. Sceptre de la maison d’Israël et clef de Jessé : elle ouvre et personne ne ferme, elle ferme et personne n’ouvre. Vigne élue à laquelle le père de famille envoya les ouvriers, à la première, à la deuxième, à la troisième, à la sixième, à la neuvième heure, en disant : «Allez vous aussi à ma vigne, et je vous donnerai un salaire équitable à la douzième heure!» Terre de la promesse sainte, le lait et le miel y coulent, et elle porte en son temps les fruits les plus suaves. Aussi les philosophes ont-ils recommandé de semer en moi leur or, leur argent, leur grain que rien ne consume. Si le grain ne tombe en moi et ne meurt, il reste seul ; s’il meurt, il porte beaucoup de fruits. Trois fois plus, et bons pour trois raisons. Premièrement : le grain tombera dans une terre bonne, une terre de perles. Deuxièmement : il tombera dans une terre meilleure : une terre toute de feuilles. Troisièmement : il tombera dans la meilleure des terres, une terre d’or ; par mille fois alors sera multipliée la récolte! Or les fruits de ce grain serviront à cuire le pain de vie, qui vient du ciel. Qui mangera de ce pain pour toujours sera rassasié ; de ce pain mangeront les pauvres, et ils seront rassasiés, ils loueront le Seigneur, ceux qui le cherchent, et leurs coeurs à jamais vivront. Ainsi je donne et je ne reprends pas, je nourris et je ne perds jamais courage, je protège et je n’ai jamais peur. Que dirai-je donc à mon bien-aimé? Je suis la médiatrice des éléments, je réconcilie les contraires. Je refroidis ce qui est chaud, et vice-versa. J’humecte ce qui est sec, et vice-versa. J’amollis ce qui est dur, et vice-versa. Je suis le terme. Mon bien-aimé est le principe. En moi se cachent l’oeuvre tout entière et toute la science, la loi chez le prêtre, la parole chez le prophète, le conseil chez le sage. Je ferai vivre et je ferai mourir, et de ma main personne ne délivre. A mon bien-aimé je tends mes lèvres, il a serré les siennes contre moi, lui et moi ne formons qu’un qui nous séparera de l’amour ? Personne, aucune force. C’est que notre amour est fort comme la mort! L’aimé : — O bien-aimée, aimée plus qu’aimée, douce est ta voix et elle m’est mélodie. Ton parfum dépasse celui des plus riches onguents. Que ton visage est beau! Tes seins plus beaux que le vin, mon épouse, ma soeur, tes yeux, piscines de Heshbôn, ta chevelure or et tes joues ivoires! Ton ventre cratère fait au tour, où le vin ne manque, tes vêtements plus blancs que neige et plus clairs que lait, plus rouges qu’un vieil ivoire, tout ton corps à tous délectable et désirable! Filles de Jérusalem, accourez et voyez, racontez ce que vous avez vu, dites, que ferons-nous à notre soeur, elle est petite et ses seins ne sont pas encore formés au jour de la rencontre! En elle je déposerai toute ma force, je saisirai ses fruits et ses seins seront comme des grappes de raisin! Viens, mon aimée, nous sortirons en tes campagnes, nous tarderons dans tes fermes, le matin, nous monterons à la vigne, car la nuit s’est avancée et il est tout proche, le jour! Regardons si la vigne bourgeonne et si les fleurs portent des fruits! Là-bas tu confieras à mes lèvres tes seins, pour toi j’ai gardé tous mes fruits, les nouveaux comme les vieux. Nous en jouirons, nous userons de nos biens avec l’ardeur de la jeunesse. Enivrons-nous de vins et de parfums, ne laissons passer aucune fleur, sans qu’elle ne nous ait servi de couronne, les lis, puis les roses, avant qu’elles ne se fanent! Pas un pré que n’évitera notre orgie! Aucun ne lui manquera! Partout nous laisserons signes de liesse, car telle est notre part. Jouissons de notre accouplement d’amour, et crions dans la joie de notre danse : «Voici, qu’il est doux, qu’il est agréable d’habiter à deux en un! Dressons donc trois tentes, à notre usage, la première pour toi, la seconde pour moi, la troisième pour nos fils! Une corde triple résiste mieux!». Que celui qui a des oreilles entende ce que dit l’esprit de la doctrine aux fils de la discipline, de l’entretien des deux amants! C’est qu’il avait semé sa semence, pour faire mûrir un triple fruit, dont Calid, l’auteur des trois paroles dit : «Ce sont trois précieuses paroles, elles recèlent le secret de la science tout entière, il faut les confier aux hommes de piété, c’est-à-dire, aux pauvres, du premier au dernier des hommes».

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Published by St Thomas d'Aquin - dans Alchimie
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