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21 octobre 2013 1 21 /10 /octobre /2013 05:22

« J’ai dit » : ces 3 petits mots, chacune de nous les a prononcé à la fin d’une planche, d’une prise de parole. Ils sont là faisant partie d’un rituel caché, d’une ponctuation habituelle, d’une forme de politesse. Que signifient-ils ? Qu’impliquent-ils ? Pourquoi les prononce-t-on ? Telles sont les questions que je me suis posées et sur lesquelles, ce soir, je souhaite partager avec vous ma part de réflexion.
« J’ai dit », 3 mots curieusement composés d’1, 2 et 3 lettres comme pour marquer une progression personnelle invisible. Ces mots peuvent signifier « action » et « achèvement » à l’image de l’alpha et l’oméga, c'est-à-dire qu’ils synthétiseraient la réflexion et la recherche sur le sujet, la formulation de la réflexion et l’exposé d’un travail personnel qui est suivi d’une ouverture vers l’échange sur le thème choisi. Cela me fait penser à une descente intérieure qui est suivie d’une ouverture sur le monde tant matérielle que spirituelle. « J’ai dit », 3 mots de poids dans notre vocabulaire maçonnique.
Au fur et à mesure de ma recherche, mon travail s’est construit volontairement autour de 3 axes et en ce sens il est loin d’être exhaustif.
Ces 3 axes sont :
« L’engagement et la responsabilité de ses propos
« L’usage des mots ou l’art de la rhétorique
« Le Partage et la transmission

« L’engagement et la responsabilité de ses propos
Le fait de m’exprimer à la première personne du singulier en disant « JE », c’est m’impliquer directement, c’est affirmer que je suis responsable de mes propos. Le passé composé donne à l’expression « J’ai dit » un caractère solennel et définitif. Ce qui a été dit et entendu par l’auditoire revêt dès lors un caractère irréversible m’impliquant directement. Cet aspect du passé révolu exprime aussi une volonté de progression, de perfectibilité à l’image de l’esprit qui m’anime dans ma démarche en F\M\.
Quand je me suis engagée dans notre ordre initiatique, j’ai découvert les composantes du rite de l’obédience qui m’a reçue parmi lesquels les symboles, les gestes, les attitudes et … LES MOTS. Et notre travail maçonnique passe en premier lieu par des mots. Mais avons-nous toujours conscience du poids des mots ? Lors de notre initiation, notre engagement est scellé par les mots que nous disons en réponse au serment formulé : « oui, je m’y engage » ou « oui, je le jure ». Par ces mots, j’ai pris de ma libre volonté la responsabilité de donner à ma vie un nouveau départ, de chercher par moi-même et en moi-même au travers des outils qui me sont donnés les axes de réflexion qui me permettent de mieux me comprendre, de mieux comprendre les individualités qui m’entourent, de voir ce qui ne se voit pas et ainsi d’œuvrer au perfectionnement du moi profond et dont le rayonnement tend vers l’humanité tel que le rappelle notre rituel par la phrase « pour que nous poursuivions au dehors l’œuvre commencée dans le Temple ». Par la suite, mon engagement se traduit par ma présence aux tenues, ma participation au travers de mes planches ou par mes prises de paroles à l’issue des travaux présentés par mes SS\.
Le « J’ai dit » tourne une page pour en ouvrir une nouvelle où rien n’est définitivement scellé, mais demeure en construction. A l’invitation de la V\M\, les SS\ demandent la parole pour apporter leur point de vue, leur expérience … en bref, leur pierre à l’édifice de la pensée en permanente évolution car dans le domaine de la pensée et de son expression, rien n’est figé contrairement à l’écrit.

L’usage des mots ou l’art de la rhétorique
Pour moi, « J’ai dit » résume l’action passée sur laquelle il est impossible de revenir en arrière mais qui peut néanmoins avoir des répercussions immédiates ou futures. D’où la nécessité de réfléchir et de mesurer mes propos car toute parole prononcée peut être reçue de manière différente par mon auditoire. Ainsi « J’ai dit » c’est le pavé mosaïque de mon intervention. L’art de mettre en forme les mots pour bien faire passer un message, n’est-ce pas ça l’art de la rhétorique ? Or, la F\M\ nous enseigne les techniques de la mise en œuvre des moyens d’expression de la pensée. Comment ? D’abord, par le silence au grade d’apprentie, symbole de germination, d’introspection. Un silence constructif qui nous oblige à l’observation, aux premiers questionnements et à la réflexion. Puis, compagnonne et ensuite maîtresse, la mise en œuvre de l’expression de la pensée passe par la prise de parole demandée et autorisée qui nous incite à bien poser notre idée pour l’exprimer. Car la parole est ambivalente : elle peut soit blesser, soit soulager. Cela me ramène au ciseau et au maillet qui, mal utilisés, peuvent abîmer l’œuvre en construction et mettre en péril l’édifice ainsi fragilisé.
Dans ce travail comme dans mes interventions, je dois tenter de veiller au meilleur usage possible du mot afin que, comme une bonne parabole, il soit le plus proche possible de ce qui me meut intérieurement mais aussi de mon vécu extérieur. C’est d’aller de l’invisible vers le visible par les mots. C’est « imaginé » ma pensée par le souffle du verbe, du mot. Bref, c’est « corporaliser » * (donner du corps à) l’ineffable.

Le partage et la transmission
Notre travail maçonnique est la déclinaison de notre recherche sur nous-même.
Pour moi, c’est là que se situe le secret de la F\M\. Comment expliquer ce qui est une recherche intérieure personnelle ? Cependant, à l’aide des outils et du rituel le devoir de l’initiée est de transmettre ce qu’elle a reçu de l’enseignement maçonnique et qui l’a conduite un peu plus en avant sur la voie de la Vérité et de la Connaissance. A l’image des « ouvrières qui se lèvent et se remplacent » comme dans la chaîne d’union, c’est précisément dans le cadre de la transmission de nos connaissances personnelles et communes acquises dans le Temple que nous devons être vigilantes dans nos propos. En effet, la dérive sensitive (nous sommes prisonnières de notre corps) et l’exagération de l’intellectualisation des situations peuvent nous écarter de l’objectivité de l’enseignement maçonnique. Nous devons toujours veiller à ne pas nous laisser emporter par nos métaux et nous devons sans cesse veiller à maîtriser nos passions qui peuvent vite nous faire retomber dans le monde profane.
Comme je le disais au début de cette planche, « J’ai dit » peut symboliser l’alpha et l’oméga de ma pensée, de ma réflexion qui est suivie d’une ouverture vers un échange avec les SS\ de la Loge. « J’ai dit » c’est en quelque sorte le couperet qui tombe à l’image de notre signe pénal quand la main retombe le long du corps après avoir tranché la gorge, canal du souffle et de la voix. Chaque S\ de la Loge est invitée à apporter sa pierre, sa contribution à l’édifice en construction. Ainsi, de la somme des tous les « j’ai dit » émerge finalement un « nous avons dit » qui permet d’élaborer un ensemble collectif, une œuvre commune où tous les « j’ai dit » trouveront leur point de convergence dans des lignes directrices cohérentes, résumées par les conclusions de notre S\ Oratrice. J’ai en illustration de mes propos, nos travaux collectifs que nous réalisons comme les questions à l’étude des Loges. Dans ce cadre, chacune expose son point de vue individuel qui va enrichir le travail commun pour ensuite élever la connaissance de chacune et éclairer l’ensemble des membres de la Loge.

Conclusion :
Voici exposé en quelques lignes, ma réflexion sur « J’ai dit ». Je ne détiens pas LA VERITE, ceci n’est l’affirmation que de MA VERITE. « J’ai dit » n’est simplement que l’expression de mon vécu personnel, de mes observations, de mes actions tant dans le monde profane que parmi vous mes SS\ au sein de cette Loge ou lors de voyages dans d’autres ateliers de notre obédience. En F\M\, de ce « J’ai dit » doit ressortir un échange enrichissant sur les expériences et les vécus, les ressentis avec un souci d’enseignement et de transmission et non pas un appel aux critiques comme dans le monde profane. Là est la différence, cette différence que nous avons un jour décidé de comprendre et d’accepter en frappant à la porte du Temple.
Ce travail que je vous ai présenté ce soir, j’en ai pesé chaque mot pour leur donner force et vigueur et j’en proclame leur puissance par cette affirmation qui signe et scelle mon travail : « J’AI DIT ».

(*) corporaliser : ce verbe n’existe pas. Je l’ai inventé pour donner du poids à « donner un corps à ».

Source : www.ledifice.net

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Published by V\ VAS\ - dans Planches
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