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21 décembre 2012 5 21 /12 /décembre /2012 08:26

grace-kelly-image.jpgA la sensualité féline d'Ava Gardner, Grace Kelly oppose la froideur troublante d'une lady aux gants blancs. Elle imprime, dans sa carrière fulgurante, un style dont Alfred Hitchcock sera le pygmalion médusé.

Personne n'a connu Grace Kelly. Tous ceux qui ont caressé cette chimère ont fini par se rendre à l'évidence : on n'assiège pas le mystère qui, c'est notoire, tend l'oreille à l'incertitude et vous plante sur... une énigme ! Plus lucide que le commun de ses confrères, un journaliste du Saturday Evening Post en a, du reste, pris son parti. Et, las de traquer les chiches concessions que l'actrice octroie à la privauté, d'écourter : " Ecrire sur Grace Kelly revient à envelopper de la fumée dans du papier ! " Eh bien ! soit. Chercheur sans ambition, chroniqueur sans gloire, nous nous arrangerons des ombres. Et, promu maître ès brumes, nous briguerons la reconnaissance d'un ennemi patenté de l'Histoire : l'illusion d'optique.

Chez les Kelly, on ne badine pas avec la droiture. C'est, dit-on, la force des faibles. Avec le courage, c'est, en tout cas, la seule richesse que John Henry, un garçon de ferme irlandais, a emportée dans le dénuement rageur d'un exil. Dans la téte de ce paysan du comté de Mayo fleurit, néanmoins, un credo : " La victoire sourit aux plus honnétes. " Cap, donc, sur le Nouveau Monde pour défendre, dès 1867, la part de bonheur que l'Irlande semble refuser aux plus démunis de ses enfants.

La vie, quoi qu'on en dise, contrarie rarement l'espérance des humiliés. Aussi, légataire de la paternelle ambition, John Brendan Kelly se hisse-t-il, en un éclair, du statut d'apprenti dans une briqueterie à celui d'entrepreneur en bâtiment. Le succès est tel que, de l'aveu méme du tout-Philadelphie, " on ne peut pas mettre deux briques l'une sur l'autre sans passer par lui. " Mieux. L'homme d'affaires avisé se double d'un sportif accompli. Naguère champion de boxe de l'infanterie américaine, John s'emballe, maintenant, pour l'aviron. Et, si la gentry britannique interdit à ce " simple travailleur manuel " de participer aux prestigieuses régates de Henley, il fonce, aussitôt, en Belgique pour décrocher... la médaille d'or en skiff aux jeux Olympiques de 1920 ! Les Kelly, que cela soit clair, ne campent pas sur un échec. C'est avec panache qu'ils s'emploient à laver les affronts.

La fortune, malgré tout, a besoin d'un ancrage affectif. Seul le mariage est, alors, à méme de consacrer cette réussite. Quatre ans après l'éclatante revanche d'Anvers, John Brendan - que les siens appellent plus volontiers Jack - y pourvoit en épousant, en l'église catholique de Saint Bridget, une Américaine d'ascendance allemande, la distinguée Margaret Mayer. Connue pour sa beauté qu'elle préte, d'ailleurs, à la une de nombreux magazines, Margaret est également réputée pour ses talents sportifs et deviendra " la première femme à enseigner l'éducation physique à l'université de Philadelphie ". La ténacité irlandaise fait maintenant ménage avec la rigueur germanique. Et les héritiers Kelly - Margaret, John Junior, Grace Patricia, Elisabeth - devront, tant bien que mal, s'accommoder du sacro-saint postulat que leur " général prussien " de mère cheville à l'idée qu'elle se fait de l'éducation : discipline, sport et culte.

Née le 12 novembre 1929 à Philadelphie, Grace y semble, pourtant, la moins bien disposée. La gamine présente, en effet, une constitution qui, dans sa débilité, suffirait à assombrir plus d'un caractère et légitimer tout sentiment de révolte : crises d'asthme répétitives, angines récurrentes, coryza chronique, myopie patente. Elle ne cède, toutefois, ni aux foucades ni aux emportements. Tout au plus ces empéchements confortent-ils la fillette dans ses replis songeurs. En évoquant cette période, Mme Kelly se contentera, un jour, d'abréger : " Elle possédait une espèce de calme intérieur, de tranquillité d'âme toute particulière. " Et, loin de vitupérer la maternelle autorité, Grace, quant à elle, ne manquera jamais de rendre hommage à l'austérité de ses principes : " Plus d'une fois, cette éducation rigoriste m'a aidée à surmonter avec sérénité certaines épreuves. " Pour autant, dès qu'il s'agit d'étudier l'allemand, les enfants Kelly osent, tout de méme, braver les oukases de Margaret. L'actualité, certes, leur servait d'alibi : " Comment pouvions-nous avoir envie d'apprendre sa langue alors qu'Hitler faisait trembler l'Europe ? " s'interroge encore Elisabeth. Pour une fois, " le chef " a baissé les bras.

En septembre 1936, Grace intègre la Raven Hill Academy et, sanglée dans un uniforme bleu marine, elle se plie avec docilité au règlement spartiate qui régit l'institution. Quitte à reconnaître plus tard : " On nous menait la vie dure. Je ne pense pas que les jeunes puissent aujourd'hui supporter la discipline qui était la nôtre. " Pelotonnée dans une délicate timidité, l'écolière trouve par ailleurs l'occasion de se distraire : elle harcèle Andersen et Kipling, se frotte à la poésie, étudie la musique sous la férule de sa mère, et ne rate à aucun motif les cours de danse qui lui sont dispensés. Est-ce l'acteur Douglas Fairbanks Jr qui, en déposant un baiser sur son front, détournera la fillette de ses réves de ballerine ? Rien n'est moins sûr. Quoi qu'il en soit, la magie est totale et, durant quelques jours, Grace refuse obstinément... de se laver le visage !

L'adolescente conservera mémoire de cet éblouissement. Du coup, elle n'hésite pas à rejoindre la troupe d'amateurs de East Falls qui, en 1941, décide de monter Ne donnez pas à manger aux animaux et, pour la première fois, elle saute sur les planches. Dépéché sur place, l'échotier de la région entrevoit les prémices d'un talent : " Miss Kelly a brillamment reçu son baptéme des feux de la rampe. " Dispositions à confirmer.

Pour l'heure, du couvent des Dames de l'Assomption, Grace passe, en septembre 1943, à la Stevens School de Germantown, la banlieue huppée de Philadelphie où les siens résident. Ses classes terminées, elle décide de poursuivre les études et ambitionne le très prisé Bennington College qui, dans ses doctes arrangements, prévoit l'enseignement de l'art dramatique. Collée à l'examen d'entrée, Grace envisage, alors, de se rabattre sur l'American Academy of Dramatic Arts de New York. Mais, pour lui laisser le temps de méditer son dessein, John et Margaret Kelly l'invitent, avec ses soeurs et frère, à sillonner l'Europe. Sur les rives mémes de la Tamise, John Jr en profite pour infliger un nouveau camouflet au patriciat londonien et remporte, vingt-sept ans après l'humiliation essuyée par son père, les fameuses régates de Henley. Histoire de signifier au Vieux Continent qu'il doit, désormais, compter avec le nom des Kelly dans les places fortes... où il n'est pas forcément attendu.

De retour sur le sol américain, Grace se montre plus déterminée que jamais : quel que soit l'avis des siens, elle sera comédienne. John a beau tenter la déstabilisation - " Le jour où tu auras atteint le sommet, tu seras la propriété du public. Il n'y aura plus de vie privée. On en demandera toujours davantage. Es-tu préte à payer ce prix ? " - en bonne fille d'Irlandais, elle persiste. Fin septembre, la voilà donc à New York et, après une audition de principe à Carnegie Hall, elle est admise à l'académie où l'a, entre autres, précédée Spencer Tracy. Ses parents l'ont installée au coeur de la 63e Rue, au Barbizon Hotel for Women qui, loin des turpitudes de la ville, a d'ores et déjà hébergé Lauren Bacall, Joan Crawford et Gene Tierney.

A New York, selon un condisciple, Grace travaille " comme une forcenée " : diction, improvisation, gymnastique, escrime et danse rythment son quotidien. Aucun mal, donc, à décrocher, en 1949, un diplôme qui l'entraîne dans la spirale des sempiternelles auditions, des brûlants espoirs, des mordants refus. " Mes débuts furent assez difficiles. [...] J'avais un handicap particulier : ma taille. J'étais trop grande pour tenir les rôles que mon visage et mes yeux bleus inspiraient aux metteurs en scène ", commentera-t-elle. De fait, jusqu'à ses véritables débuts à Broadway dans une pièce de Strinberg, Grace doit se résigner à quelques apparitions furtives dans les théâtres de province.

Après Father , elle acquiesce aux séries télévisées qui la révèlent tant au grand public qu'à la profession. Et c'est d'un mélodrame, Quatorze Heures, qu'Henri Hathaway prétexte, en 1951, pour projeter sur grand écran l'image d'une étincelle glacée. Paul Douglas, son partenaire, aura longtemps souvenir de la débutante : " [C']était une fille adorable. [...] Elle possédait quelque chose qui n'existait plus depuis Irene Dunne. C'était une jeune lady . " Le réalisateur Fred Zinnemann qui, avec Le train sifflera trois fois, lui offre, en 1952, son premier grand rôle, ne tarde pas à entériner le propos : " C'était la première actrice que je voyais arriver avec des gants blancs à une entrevue ! " Le franc succès de ce western original - quatre oscars lui sont décernés - rejaillit inéluctablement sur Grace Kelly qui, en revanche, se montre très critique sur sa performance : " Lorsque je regarde le visage de Gary Cooper, j'y lis tout ce qu'il pense. Mais quand je regarde le mien, je n'y vois rien du tout ! "

Qu'importe l'autocritique ! La Metro Godwyn Mayer déroule le tapis rouge devant elle. Mais, jalouse de l'orientation qu'elle entend donner à sa carrière, elle en fait peu cas. " Je n'ai jamais vraiment manqué d'argent et je n'en ai jamais fait un but dans mon métier. [...] C'était une force que de sentir derrière soi une famille préte à vous récupérer en cas de nécessité ", ponctuera-t-elle. Finalement, la comédienne cède aux pressions. Sur un comptoir d'aéroport, elle signe le contrat qui, pour sept ans, la lie à la compagnie et s'envole aussitôt pour le Kenya pour un trio de légende : Gardner-Gable-Kelly. Ce sera Mogambo . Trois raisons avouées à cette capitulation : " Parce que John Ford. Parce que Clark Gable. Parce que l'Afrique, puisqu'on m'offre gentiment le voyage. Si Mogambo avait été tourné dans l'Arizona, je n'y aurais sûrement jamais mis les pieds ", confesse-t-elle. Le réveillon de Noêl y aurait, assurément, perdu en originalité. En pleine brousse, entre deux prises, Grace, en effet, tricote... des chaussettes qu'elle compte offrir à celui que Hollywood continue d'appeler " The King ". Faute de temps, elle ne peut achever son ouvrage. Facétieuse, elle en dérobe une dans les bagages de Clark, la garnit d'objets de méme provenance puis elle épingle le tout à la tente de son partenaire. La sortie du film, en 1953, vaut à Grace Kelly un concert de louanges. La sulfureuse Ava Gardner ne parvient pas à éclipser sa dureté lumineuse. C'est dire ! Les slogans publicitaires vont jusqu'à annoncer " une bataille des sexes " dans laquelle le libertinage pudibond d'un certain Alfred Hitchcock va, bientôt, trouver son compte.

En ce sens, 1954 marque d'une pierre blanche la carrière-météore de Grace Kelly qui, auprès du maître du suspense, fait de son magnétisme serein l'empreinte définitive d'un style. Cousue à une sophistication dépouillée, retranchée derrière une limpidité ambigue, forte d'une sensualité cérébrale, l'actrice nourrit, en excellence, le phantasme de la blonde hitchcockienne qui insinue bien plus qu'elle n'étale : " Savez-vous que Grace Kelly, apparemment si froide, cache un volcan de sensibilité, d'érotisme et de passion ? [...] La pauvre Marilyn Monroe port[e] le sexe sur la figure et Brigitte Bardot n'[est] pas non plus très subtile. Lesex-appeal de Grace Kelly est bien plus complexe, on ne le ressent pas d'emblée mais il existe ", appuie le réalisateur américain. Pour sa " déesse de glace ", coup sur coup, il cisèle donc deux chefs-d'oeuvre : Le crime était presque parfait et Fenétre sur cour , à côté desquels Les Ponts de Toko-Ri de Mark Robson, L'Emeraude tragique d'Andrew Marton et, dans une moindre mesure, Une fille de la province de George Seaton feront pâle figure.

Unis en une commune abomination des paillettes hollywoodiennes, inéluctablement, Grace et sir Alfred se retrouvent pour une course-poursuite divertissante sur la Côte d'Azur, La Main au collet . Le 13 août 1954 est jour de bouclage. C'est aussi l'anniversaire du réalisateur pour qui on décide, alors, de porter un toast. Dans le droit fil d'un scénario apprécié pour son ambivalence - Kelly : " Je n'ai jamais attrapé un voleur de bijoux. Ce doit étre passionnant. Qu'est-ce que vous préférez, la cuisse ou ... " Grant : " C'est vous qui voyez. " -, la secrétaire, n'écoutant que sa générosité, se fend d'un lapsus proverbial : " Voulez-vous goûter au cock (sexe masculin, en argot) de M. Hitchcake ? " Le diable en rit encore.

Le 30 mars 1955, Grace Kelly fait son entrée au Pantages Theater d'Hollywood. Sa performance, qui, à l'évidence, n'est pas la meilleure, dans Une fille de la province lui vaut de concourir pour l'oscar de la meilleure actrice. Fait rarissime pour une carrière, certes prometteuse, mais, somme toute, récente. Ses rivales ? Dorothy Dandridge pour Carmen Jones , Jane Wyman (première épouse de Ronald Reagan) pour Le Secret magnifique , Audrey Hepburn pour Sabrina et, entre toutes, Judy Garland pour Une étoile est née . C'est à William Holden, son partenaire à l'écran, qu'il revient d'annoncer la consécration de Grace qui écrase une larme : " Je n'oublierai jamais ce moment. Tout ce que je peux dire, c'est merci. Je suis folle de joie. " Mais, sitôt que les journalistes la prient d'embrasser le lauréat, Marlon Brando en l'occurrence, mi-royale, mi-mutine, elle rétorque : " Je crois que ce serait plutôt à lui de m'embrasser ! "

La MGM qui, pour refus réitérés de rôles, avait suspendu son contrat, recommence à lui faire les yeux doux. La gloire est la manière la plus éclatante de confondre l'injure, Miss Kelly ne le sait que trop. Au mois de mai suivant, sans la moindre allusion à la partie de bras de fer qui l'a opposée à " sa " compagnie, elle est à Cannes pour la présentation du film. La Metro est dans ses petits souliers.

De fait, elle redouble d'ingéniosité pour offrir à celle que Brigitte Bardot surnomme " l'Altesse Frigidaire " deux joyaux... hautement prémonitoires, Le Cygne de Charles Vidor et Haute Société de Charles Walter. Dans l'un, Alec Guinness supplie Alexandra, une princesse à marier, de toujours " glisser comme un réve " ; dans l'autre, Frank Sinatra fredonne amoureusement " You're sensational " à sa partenaire... promise à un souverain. La meilleure façon de quitter un studio. Du moins pour une reine qui, si elle n'a jamais voulu d'un " monsieur Kelly ", ne compte pas, pour autant, marcher à l'ombre des princes.

Par Pascal Marchetti-Leca

 

Débuts dans la pub

Pour aider à financer ses études autant que pour gagner son indépendance, dès son arrivée à New York, Grace multiplie les séances de pose. Sa beauté naturelle fait souvent la une des grands mensuels, Cosmopolitan notamment. Au mythe de la vamp des années 1950 qu'incarne la pulpeuse Marilyn, elle oppose l'image d'une jeune fille fraîche, saine et sage. Loin de snober les campagnes publicitaires, elle ne rechigne pas à vanter les qualités du dentifrice Colgate, les mérites de l'aspirateur Electrolux, les vertus du Coca-Cola et, parvenue au faîte de la notoriété, on la surprend encore à s'extasier sur la douceur du savon Lux.

Sa participation à de nombreux téléfilms lui vaut d'étre élevée par le magazine Life à la dignité de " reine de la télévision ". Une reine qui, professionnelle au-delà du protocole, accepte, au besoin, de sauter dans les bas résille et l'affriolant tutu d'une chanteuse de music-hall (Lights out) .

Le modèle parfait

Le maître a dit : " Grace éblouit la pellicule ! " Aucun photographe n'a jamais contredit le réalisateur hypnotisé. D'Erwin Blumenfeld qui, avec Philip Halsman, est l'un des premiers à s'intéresser à son intemporelle beauté (" Grace [a] ce regard énigmatique et lointain propre aux gens myopes "), à Henri Lartigue, en passant par Howell Conant, l'ami de toujours, ou Cecil Beaton (" Si elle nous captive ainsi, c'est par sa manière de s'adresser à nos meilleurs instincts "), tous, au contraire, ne tarissent pas d'éloges sur son incroyable photogénie. Comme tant d'autres encore, Youssuf Karsh s'extasie sur ses deux profils. A la faveur d'un éclairage sublime, il fixe, en un savant décalage, une image du couple princier qui sera immortalisée par un timbre-poste.

Chevaliers servants

Des amours réelles ou supposées de cette beauté froide qui, selon Hitchcock, " suggère l'intelligence ", que n'a-t-on écrit ? On l'a, tour à tour, rapprochée de Gary Cooper, unie à Clark Gable, promise à Ray Milland, fiancée à William Holden, alliée à Bing Crosby. Souvent sans autre fondement que le copinage désinvolte des plateaux. Grace n'a jamais véritablement tenu à s'exprimer sur ce point.

En 1948, à l'Academy of Dramatic Arts, elle s'éprend, toutefois, d'un professeur aux faux airs de gitan, Don Richardson. Mais elle se heurte à un veto familial catégorique. " L'idée que je puisse tomber amoureuse d'un juif les dépassait complètement ", écrit-elle, en avril 1949, à une amie du Barbizon Hotel. Juif et, circonstance aggravante, divorcé. Exit Richardson.

Deux ans après, le tournage d'une série télévisée la met en présence de Jean-Pierre Aumont auquel elle oppose, tout d'abord, une distance polaire. Elle décline systématiquement toute invitation à dîner. Jusqu'au jour où, exaspéré, ce dernier la saisit par le bras et pointe son index en direction d'une banderole qui, flottant dans la salle de répétition, déroulait la supplique suivante : " Ladies , soyez aimables avec vos cavaliers. N'oubliez pas, qu'après tout, les hommes sont aussi des étres humains ! " Grace s'esclaffe. Toute réserve abolie, ils deviennent amants. Mais la vie les sépare une première fois.

Grace accepte de rencontrer, quelques années plus tard, le spectateur ébloui qui la couvre de fleurs, le couturier italo-russe Oleg Cassini. Elle apprécie la distinction amusée de cet aristocrate. Leur idylle fait couler beaucoup d'encre. Pendant le tournage de La Main au collet , Cassini aurait reçu une carte : " Qui m'aime me suive ! " Nourrissant de vagues soupçons sur l'identité de son expéditeur, il rejoint la comédienne sur la côte. Mais, divorcé par deux fois et poursuivi par sa réputation de tombeur, il n'a pas l'heur de plaire à ses parents. " Je n'éprouve aucune sympathie pour les zigotos ", aurait abrégé John Kelly. Grace, imperceptiblement, prend le large. Implacable commère, Hedda Hopper laisse entendre que cela tient à sa moustache. N'y tenant plus, Oleg dépéche un télégramme : " D'accord Hedda, j'abandonne. Je raserai ma moustache si vous rasez la vôtre ! " Nonobstant la verve, l'affaire Kelly-Cassini est classée. Affectée par cette rupture, la comédienne se sent très seule devant la statuette de bronze qui, un soir de mars 1955, vient flatter son palmarès. En mai, la Riviera, heureusement, se montre propice aux retours de flamme. Un journaliste du Times s'interroge aussitôt : " Aumont qui est venu et qui a fondu, a-t-il aussi vaincu Grace ? " Pressé de s'expliquer sur un éventuel mariage, le comédien distille le doute : " Qui ne le voudrait pas ? " Puis Jean-Pierre et Grace se propulsent à Paris pour des vacances sentimentales. Mais, divorcé de Blanche Montel, veuf de Maria Montez, Jean-Pierre Aumont, de vingt ans l'aîné de sa compagne, ne correspond toujours pas au gendre que les Kelly ont révé pour leur fille. Puis les liens s'effilochent. A jamais, ce coup-ci.

Un mariage princier

En venant défendre Une fille de la province au festival de Cannes, Grace est loin de supposer que son destin vient, d'une certaine façon, de se jouer... dans le bureau parisien de Gaston Bonheur, directeur de la publication de Paris-Match . C'est à lui que revient, en effet, l'idée d'une rencontre entre la vedette américaine et le souverain monégasque qui sort d'une romance contrariée avec Gisèle Pascal. Le journaliste Pierre Galante et son épouse Olivia de Haviland seront les maîtres d'oeuvre d'un face-à -face qui, le 6 mai 1955, a pourtant failli ne pas avoir lieu. Grace s'empétre dans la confusion d'un emploi du temps bousculé et le prince est retardé par un déjeuner qui, dans sa villa du cap Ferrat, s'éternise inopportunément. A l'arrivée, tout s'arrange. Miss Kelly, qui a devancé son hôte, est priée de commencer la visite des salons du palais sans lui. Le prince Rainier s'empresse, néanmoins, de la rejoindre et pour elle, spontanément, il s'improvise guide. Il lui fait l'honneur de ses jardins, de son zoo. Propos divers, politesses d'usage, poignées de main. La visite s'achève. Pour tout commentaire, Grace : " Il est charmant ! "

Sept mois après l'entrevue, Rainier III s'embarque pour les Etats-Unis, officiellement pour un bilan de santé. Le docteur Donat, médecin du palais, ne le rejoint-il pas outre-Atlantique ? En fait, ils gagnent Philadelphie pour, disent-ils, honorer les Austin, un couple d'amis, de leur passage. Coïncidence : les Austin sont proches... des Kelly qui, justement, se proposent d'organiser le dîner de Noêl.

Le 5 janvier 1956, la nouvelle des fiançailles tombe. Grace, qui vient de déserter le plateau de Haute Société , quitte les Etats-Unis le 4 avril, à bord du paquebot Constitution . Le 18 suivant a lieu le mariage civil. La cérémonie religieuse est célébrée le lendemain, en la cathédrale Saint-Nicolas. Sous sa coiffe à la Juliet, Grace Kelly redevient la petite catholique irlandaise. La robe qu'elle porte doit sa splendeur à la virtuosité d'Helen Rose, la couturière de la MGM. Sa confection a nécessité quelque 46 mètres de taffetas, 90 mètres de tulle et 290 mètres de valenciennes de 1830 ! Le prince, pour sa part, a revétu l'uniforme de drap bleu des maréchaux d'Empire. Grace Kelly devient, par cette union, l'une des femmes les plus titrées du gotha. Absent ce jour-là , sir Alfred fulmine contre cette satanée Europe qui, après lui avoir volé Ingrid Bergman, lui rapte le plus chaud de ses diamants.

Septembre noir

Le 13 septembre 1982, Grace de Monaco quitte la propriété de Roc Agel au volant de sa Rover 3500. Près d'elle, côté passager, sa fille Stéphanie. Le chauffeur insiste pour les véhiculer mais la princesse refuse ses services, y va d'une boutade (" Vous pourrez rouler derrière nous ! "), et démarre. Fatale direction : la Moyenne Corniche. A la sortie d'un virage, la voiture se met à zigzaguer. Le camionneur qui la suit klaxonne pour alerter la conductrice qui, d'un coup, serre à droite pour, semble-t-il, le laisser passer. L'épingle suivante se fait de plus en plus proche mais, cette fois, la Rover marron ne ralentit pas. Pire, elle prend de la vitesse et, aimantée par le vide, elle finit par s'écraser une quarantaine de mètres plus bas. Les secours sont aussitôt alertés. Fortement commotionnée, la princesse Stéphanie paraît hors de danger. Sa mère, en revanche, ne réagit plus. Transportée à l'hôpital de la principauté, " toute possibilité thérapeutique dépassée ", elle s'éteint le lendemain sans avoir repris connaissance. Dès lors, fusent les hypothèses. Avec une complaisance souvent déplacée. Les experts sont pourtant formels : l'accident est consécutif à une hémorragie cérébrale. Triste année que celle où trois belles âmes du grand écran semblent s'étre donné la main pour tirer leur révérence : Romy Schneider, Ingrid Bergman et l'altesse de l'Ailleurs qui, pour le cinématographe, aura toujours nom Grace Kelly.

Portait de femme : document du 01/03/2003

Source : http://philippepoisson-hotmail.com.over-blog.com/article-36918269.html

 

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Published by Thomas Dalet - dans Irlande
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