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22 décembre 2012 6 22 /12 /décembre /2012 07:55

J’ai été invitée un jeudi soir de décembre, aux alentours de midi, à la suite d’un meurtre dans le temple de Salomon. Trois surprises m’attendaient ce soir là. La première était de pénétrer dans le temple à reculons, la seconde était de découvrir le temple tendu de noir, désorienté, et la troisième, et non la moindre, d’être soupçonnée du meurtre d’un homme que je ne connaissais pas.

Après disculpation, j’ai pris part à la reconstitution du meurtre d’Hiram. J’ai pris sa place en tant que victime. Morte une première fois avant mon initiation, j’ai vécu une seconde mort.

Le relèvement qui a suivi m’a profondément questionnée. Cette planche retrace le cheminement de ma pensée et le sens que j’ai pu donner à cet acte.

Le Mythe

L’action se déroule dans le temple de Salomon, première version, vers 960 avant JC, alors que les travaux s’achèvent, et qu’ Hiram termine son inspection journalière. En ce qui concerne les protagonistes, d’un côté trois compagnons, contrariés de ne pas être maîtres à l’approche de la fin des travaux. Trois mauvais compagnons dont on ne connait pas le nom, l’âge ou le métier, mais qui, par principe sont mauvais. De l’autre, Hiram, ou plus précisément Hiram Abi, célèbre Architecte, envoyé au roi Salomon par Hiram, roi de Tyr, pour diriger les travaux de construction du Temple. Les armes du crime sont trois outils de chantier : une règle pour un 1er coup porté à l’épaule gauche, un levier pour un 2ème coup porté à l’épaule droite et un maillet pour un 3ème et dernier coup fatal porté à la tête.

Le scénario maintenant : à l’approche de la fin de la construction du temple, trois Compagnons veulent connaitre les mots signes et attouchements des maitres et s’adressent à Hiram. Il aurait pourtant été plus simple de questionner n’importe quel autre maitre ... Trois mauvais compagnons, pas très futés, qui vont laisser des traces de sang dans le temple, qui vont déplacer le corps du mort , pour l’enterrer dans une position à mi chemin entre la position à l’ordre des compagnons et celle des maitres, en laissant des outils à côté de la tombe, et qui iront même jusqu’à marquer l’emplacement de la sépulture d’une branche d’acacia. Et pourquoi pas un panneau indicateur aussi? A première vue, c’est le crime de la bêtise.

Mais une telle accumulation de maladresses devient rapidement suspecte et m’incline à penser qu’il y avait une impérieuse nécessité à retrouver le corps d’Hiram…

Pour finir, la version officielle, sous forme allégorique, se termine sur une leçon de morale où les trois mauvais compagnons représentent l’ignorance, le fanatisme et l’ambition. Elle oppose le courage et l’incorruptibilité d’Hiram à la bêtise des trois assassins.

Ainsi, il y aurait donc d’un côté Hiram, le maitre exemplaire, et de l’autre trois mauvais compagnons particulièrement stupides et misérables. Le blanc, le noir. La lumière et les ténèbres. Tiens revoilà une association bien connue en F\M\…. Une juxtaposition des contraires qui me pousse à aller de l’avant dans ma réflexion.

Cette reconstitution du meurtre a suscité chez moi beaucoup de questions. Si Hiram était aussi sage et clairvoyant que l’on dit, il aurait dû déceler le complot. Il ne faut pas oublier qu’Hiram a embauché ces ouvriers, les a initiés et même élevés au grade de compagnons. Comment comprendre ce mauvais choix ? En était ce vraiment un ?

Il n’y a pas d’App et de Comp sans Maitre. Un Maitre qui n’a pu instruire que des Compagnons ou des Apprentis meurt avec eux. Mais lorsque le compagnon devient Maitre, alors le Maitre meurt comme la fleur meurt quand le fruit la remplace. Hiram meurt pour mieux renaitre au travers du Comp\ qui va être relevé. Hiram CHOISIT de mourir. En instruisant les mauvais compagnons, il instruit ses meurtriers. En emportant avec lui le mot des maitres, il initie la quête de la parole perdue et enclenche le cycle de sa recherche. Par sa mort, il devient un éveilleur de conscience. En tuant Hiram, et en m’identifiant à lui, je m’intègre et je renforce ce cycle.

Hiram meurt par les trois mauvais compagnons, qui participent ainsi à l’émancipation de l’ensemble des maitres. Dans cette optique, les trois mauvais compagnons et Hiram ne font qu’Un. Comme la fleur et le fruit ne font qu’un. Les trois mauvais compagnons ne disparaissent pas. Ils font partie d’Hiram. Ils sont toujours en nous, on pourrait dire qu’ils se transmutent en Hiram. C’est là tout le symbole de la branche d’acacia. Et l’obligation de retrouver le corps devient alors évidente. Hiram se fait assassiner par lui même. Il ne peut revivre que si son corps est retrouvé.

Il se fait relever par lui même puisque les Maitres qui le lèvent par les 5 points parfaits de la maitrise sont d’autres Hiram relevés. Les mauvais trois compagnons et les trois maitres sont les mêmes. Les trois compagnons et les maitres sont Un, c'est-à-dire l’unité.

La mort d’Hiram est similaire au schéma : mort par assassinat suivie d’une résurrection, opéré par Osiris et Seth

C’est une association paradoxale mais pourtant inséparable, une dualité réussie, un équilibre entre le civilisé et le barbare, qui s’opère en chacun de nous. En tuant son frère, Seth détruit ses formes révolues pour provoquer une mutation de son être. Il ne le verrouille pas, mais le libère de ses blocages, de son horizontalité. Il assure ainsi la dynamique de ses cycles régénérateurs.

Le Relévement

Grâce aux mauvais compagnons que je suis, je suis morte à moi même. J’ai quitté le plan horizontal pour être relevée. Je suis passée de l’équerre au compas. Les mauvais compagnons sont en moi, je me reconnais en eux comme en Hiram. Je dois apprivoiser ma part d’ignorance, de fanatisme et d’ambition. Espérer les faire disparaitre est pure chimère. Seth ne disparait jamais. Horus ne le tue pas. Et c’est un choix délibéré.

La force et la volonté qui émane des seuls Trois compagnons passés à l’acte, comme l’agressivité Séthienne doivent être jugulées, canalisées, contrôlées, pour être utilisée à de meilleurs dessins.

La mythologie Egyptienne là encore, me montre la voie, en plaçant Seth, l’Agressif, en protecteur, à la proue de la barque solaire, en lutte perpétuelle contre le chaos et le serpent Apophis.

Je dois apprendre à canaliser mon agressivité, à l’éduquer pour ne pas être emportée par elle. Apprivoisée, cette part destructrice sera, pour moi, une source d’énergie vitale et de dynamisme créateur. Les ténèbres et la lumière sont une seule et même chose.

Par la marche du M.M\, je suis passée de l’équerre au compas. Alors qu’App.App\ ou Comp.Comp\, ma marche se faisait sur un plan horizontal, vers l’avant, vers la lumière, désormais je change de dimension. La dimension spirituelle s’ouvre à moi. Je n’ai pas été relevée à l’issue de voyage. C’est la Maitrise elle même qui devient le voyage. Elle est même plus que cela.

Mes voyages de Comp.Comp\ n’avaient pas de but précis. L’errance n’était pas loin. J’ai mis du temps à comprendre que le voyage était avant tout intérieur et que c’est avant tout moi même que je cherchais. Désormais j’ai une quête à poursuivre. Celle de la parole perdue, celle de rassembler ce qui est épars. Mais est ce si différent de ma recherche précédente?

Je suis DEBOUT maintenant, sans Surveillant, en capacité pleine et entière d’agir, responsable de mes actes. Libre de parcourir le temple et le monde. A la merci des mauvais compagnons que je porte, mais aussi portée par la force d’Hiram dans lequel je me reconnais.

L’une des principales choses qui m’ait été transmise, c’est la possibilité de me révéler à moi-même. Quand je prends conscience de ce que je suis, de mes zones d’ombre et de lumière, je peux me développer, m’épanouir, selon mes désirs et mes capacités. Passer de la matière à l’esprit, de l’affectif au fraternel. Je dois conserver des mauvais compagnons la volonté de progresser, mais écarter ma violence, mes passions et mes vanités. Être en capacité de séparer l’essentiel de l’accessoire, le matériel du spirituel, voilà mon travail en chambre du Milieu.

Si je suis en capacité de faire cela, alors les forces en apparence opposées se résoudront dans l’Unité, dans l’axe vertical.

Debout, je suis un axe entre la terre et le ciel. Entre l’équerre et le compas. Entre l’ordre de la nature et celui de l’esprit. Juste milieu si difficile à réaliser et maintenir individuellement. Ce relèvement marque le dynamisme vainqueur de l’inertie. Je suis sortie de la léthargie de la mort. Je suis vivante, je suis debout. Mon chaos intérieur est, pour un instant, vaincu. Comme le pilier Djed, redressé lors de la résurrection d’Osiris, l’ordre intérieur est rétablit. ORDO AB CHAOS.

J’ai été reçue en chambre du Milieu. Ce qui m’a été donné, je dois non seulement le rendre, mais avant tout le faire fructifier. Je suis Hiram désormais et sa mission devient mienne. J’ai un Temple à construire. J’ai des devoirs.

Car Hiram n’a pas ressuscité. S’il se réincarne dans le corps du nouveau Maitre que je suis, c’est parce que JE CHOISIS de m’identifier à lui. Pas parce que je suis habitée ou hantée par l’esprit du maitre assassiné. J’agis par Devoir et non par Obligation car je le fait de ma libre volonté. En faisant ce choix, je fais vivre le mythe. Celui de la transmission.

Transmission et cycles

S’il fallait retrouver la tombe et le corps d’Hiram, c’est pour le relever, pour me relever. Hiram est mort pour renaitre à travers moi. Je devais être relevée pour intégrer le cycle.

Car le 3ème degré, plus encore que les précédents, renvoie aux cycles. Au passé, par la marche à reculons. Au futur, par le relèvement qui m’a fait mourir pour grandir.

Je sais désormais qu’il y a un temps pour chaque chose. Un temps qui me fait vivre plusieurs vies simultanément : je suis éplorée par le meurtre que j’ai moi même commis, je suis le gardien d’un tombeau où j’ai enseveli un corps que jadis j’occupai. Le jeune maitre que je suis a conscience de tous ces cycles : je suis dans le passé, le fruit de l’amour des Maitres qui m’ont précédée et m’ont instruite, le présent car j’ai la responsabilité de la construction du temple, et le futur par la transmission que je dois opérer vers les App.App\ ou les Comp.Comp\.

Quelle est la différence fondamentale entre la mort/renaissance de l'initiation au premier degré et celle de l'exaltation au 3ème ?

Dans le premier cas, le F\M\ renaît EN LUI-MÊME, après avoir traversé l'épreuve de la terre c'est-à-dire un voyage en lui-même.

Dans le deuxième cas, il renaît EN L’AUTRE. Il le fait après avoir connu la trahison, mais il le fait GRACE aux autres, pour se réincarner, non dans un message, mais dans une œuvre collective.

A mon sens, et c'est ce que j’ai découvert en tant que surveillant, en Maçonnerie, il y a non seulement une résonnance à trouver en soi, pour chacun de nos symboles, mais également à trouver dans la démarche initiatique elle même.

Après être mort à ses certitudes, avoir envisagé le fait que la lumière était chemin, avoir été à la rencontre des vérités des autres, avoir connu le doute, la trahison (celle souvent anecdotique des autres, celles, plus ennuyeuses de ses propres convictions), le M.M\ peut espérer sa survie dans l'autre. Comme ce n'est pas un gourou et qu'il ne s'agit pas de se réincarner dans quelques doctrines ou la foi de quelques fidèles, cette préservation, c'est grâce au travail des autres, dans la valeur et le sens qu'il saura donner à ce travail, qu'elle s'opère.

Il a fallu 3 MM pour relever Hiram. Ce relèvement c’’est la fraternité mise en acte. Isolée, je ne suis rien. J’ai été relevée par les 5 points parfaits de la maitrise, par l’action collective des M.M\ qui m’ont précédée et qui vont à travers moi, donner vie au travail qu’ils ont accompli.

Ainsi, au travers de cette transmission, le fil ténu qui lie les parts de vérités mises à jour au cours du temps, par les F\M\, court, de générations en générations et le Temple s’élève.

En me permettant de retrouver en lui I'Hiram qui sommeille en chaque initié dont la conscience est transcendée par la mise en œuvre du rituel, ce mythe m’apprend l'éternel recommencement de la vie en montrant que la mort d'un maître humain, aussi inspiré fut-il, est immédiatement suivie par la venue d'un nouveau maître auquel est transférée la capacité de ramasser les outils déposés par le précédent afin de poursuivre l’œuvre qui n'est jamais achevée.

Ce mythe constitue également une formidable leçon d'humilité en ce qu'il traduit de manière opérative l'impermanence et la relativité de la grandeur, réelle ou supposée, des hommes même les plus vertueux et les plus remarquables.

Conclusion

« Je sui mort parce que je n’ai pas le désir,
Je n’ai pas le désir parce que je crois posséder,
Je crois posséder parce que je n’essaye pas de donner,
Essayant de donner, on voit qu’on n’a rien,
Voyant qu’on n’a rien, on essaye de SE donner,
Essayant de se donner, on voit qu’on n’est RIEN
Voyant qu’on n’est rien, on désire devenir,
Désirant devenir, on VIT. »

René Daumal

Lors de mes impressions sur la cérémonie d’exaltation, je vous avais fait part de l’immense joie qui m’avait envahie, de voir ce soir là, réunis dans ce temple, tous les M.M\ qui avaient œuvré de près ou de loin, à mon instruction.

Avec le temps, je réalise que l’amour, solide et sincère, que vous me portez, me change profondément. Il m’a fait intégrer un cycle vertueux où je me construis PAR et AVEC vous.

Ce soir de décembre, il n’y pas eu de révélation. Juste une transmission. Celle d’une quête qui me concerne et m’est intime, mais aussi d’une autre bien plus grande, qui me nourrit et où je ne suis qu’un maillon.

Une chaine qui existait bien avant moi et qui perdurera bien après, mais à laquelle je choisis de travailler, car, debout, devant vous, ce soir de décembre, du meurtre au relèvement, l’amour a été plus fort que la mort.

T\R\M\ j’ai dit.

  

Source : www.ledifice.net

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Published by L\ T\ - dans Planches
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