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5 mars 2014 3 05 /03 /mars /2014 07:24

Il a semblé aux auteurs de ce texte que le meilleur moyen d'éviter le dog­matisme était de ne pas effacer les traces d'une dualité de points de vues ; ceux- ci seront représentés par les interlocuteurs imaginaires, Théophile et Philon, tous deux bien entendu francs-maçons du Rite Ecossais Ancien et Accepté. Ainsi, conformément à notre méthode maçonnique, le lecteur sera incité à trouver par sa propre réflexion, la voie qui peut le mener, non pas à « la » vérité mais à « sa » vérité. Les francs-maçons de la Grande Loge de France ouvrent et ferment leurs travaux à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers. Ils affirment et manifestent ainsi leur attachement à un Principe dont nous essayerons de dégager la signification. Ilne s'agit pas, à propos du Grand Architecte de l'Univers de vous apporter une vérité toute faite, mais de vous proposer d'effectuer avec nous une démarche intellectuelle et de vous inviter à une réflexion.

Théophile :

Puisqu'il s'agit aujourd'hui d'élucider une notion, celle du Grand Architecte de l'Univers, ne pensez-vous pas, mon cher Philon, qu'il faudrait commencer tout simplement par nous demander ce qu'est un architecte et pour cela, aller vers nos bibliothèques, et ouvrir quelques dictionnaires. Consultons, d'abord, le vénérable Littré. flue nous dit-il ? Ceci, que le mot architecte viendrait du grec AR K H I T EKTO N, mot qui peut se décomposer en ARKHO qui signifie commander et en TEKTON qui signifie artisan. L'architecte ce serait donc celui qui exerce en qualité de maître, l'art de bâtir, qui trace les plans et surveille l'exécution des constructions. Et si délaissant le « Littré « nous ouvrons le « Robert» nous trouverons un texte précieux de Fénelon qui écrit dans le Télémaque : « Celui qui taille des colonnes ou qui élève un côté d'un bâtiment n'est qu'un maçon... mais celui qui a pensé tout l'édifice et qui en a toutes les proportions dans la tête est le seul architecte ».

Philon :

Je ne vous démentirai point, mon cher Théophile, et j'ajouterai que ce Principe est essentiel dans la Franc-Maçonnerie : il en est même la clef de voûte (1). Mais s'il est essentiel, il est, vous en conviendrez, difficile à saisir, à comprendre, à définir. En lui viennent se rejoindre et se mêler des courants multiples et divers, les uns venant de la tradition religieuse, et d'autres de la tradition philosophique, sans oublier les courants alchimiques et hermétistes.

Théophile :

J'en conviens bien volontiers, mon frère. Si délaissant nôs dictionnaires, nous essayons de cerner les premiers balbutiements de la pensée humaine, nous constatons justement que lorsque cette humanité s'éveille à la réflexion elle se pose ces questions. D'où vient l'Univers ? D'où vient l'homme ? Et à ces questions l'humanité répond par des cosmogonies (2) et des théogonies (3). En effet, le monde, la nature, les êtres particuliers ne semblent pas tenir d'eux- mêmes leur existence et en remontant de cause en cause, la pensée en arrive à poser une existence absolue un être absolu qui se suffit à lui-même et qui est « cause de soi ». Cet être est considéré comme l'auteur, l'ordonnateur du monde, de la nature, des êtres particuliers. Cette idée nous la trouverions déjà chez des philosophes que l'on appelle Présocratiques. Diogène Laêrce prête à Thalès (4) cette sentence : « De tous les êtres le plus ancien c'est Dieu, car il n'a pas été engendré ; le plus beau c'est le monde car il est l'ouvrage de Dieu... » Certes nous sommes là peut-être en face d'un naturalisme panthéiste, d'une cosmologie peut-être naturaliste. Et l'idée d'un esprit qui présiderait à l'organisation de toutes les choses, qui serait l'organisateur des « séparations et des mélanges » apparaîtrait plus nettement chez Anaxagore de Clazomenes (500 av. J.-C.). « Tout ce qui possède une âme, pouvons-nous lire dans un de ses fragments qui nous a été conservé, tout est sous la domination de l'esprit (5). C'est également l'esprit qui ordonne la rotation de l'ensemble, de sorte qu'il est aussi la cause de cette rotation... Et Anaxagore ajoute, et je le cite, Philon, car je sais que vous êtes sensible à une certaine poésie cosmique : « Il arrangea aussi cette ronde qu'accomplissent actuellement les étoiles, le soleil, la lune, ainsi que l'air et l'éther qui sont en train de naître par séparation ». Certes on pourrait encore se demander ici si cet esprit d'Anaxagore est une force de la nature ou un être spirituel distinct de cette nature elle-même. Mais nous interroger sur la pensée d'Anaxagore, c'est déjà nous interroger sur la signification de notre propre pensée et sur le sens que nous donnons au Grand Architecte de l'Univers.

Philon :

Certainement, Théophile, mais nous sommes là comme vous le remarquiez vous-même, à l'aurore de la pensée grecque. En sera-t-il de même quand cette pensée aura atteint, si je puis dire, sa majorité ?

Théophile :

Justement, cette idée d'un esprit architecte qui s'exprime peut-être avec quelque obscurité chez des penseurs présocratiques, va trouver toute sa force chez Platon lui-même. C'est en effet dans le « Timée » que nous trouvons l'idée d'un être existant de toute éternité et qui réalise l'harmonie de l'Univers. « Le Dieu prit toute la masse des choses visibles qui n'était pas en repos, mais se mouvait sans règle et sans ordre et la fit passer du désordre à l'ordre estimant que l'ordre était préférable à tous égards ». (Timée : 29 a. Trad.: Chambry. Ed. : Garnier.) Et nombreux sont les textes des philosophes antiques qui reprendront la même idée, en l'enrichissant, en la modulant selon leur tempérament propre. Par exemple chez Aristote (Métaphysique : Texte A 7. Trad. : Tricot ; Ed.: Vrin). Le Premier moteur est un être nécessaire et en tant que nécessaire son être est le bien et c'est de cette façon qu'il est principe... ...A un tel principe sont suspendus le Ciel et la nature... » Citons encore et non pas dans un vain souci d'érudition, mais pour montrer la permanence d'une même pensée ce texte significatif que nous trouvons dans le recueil du philosophe Sextus Empiricus : « Il est nécessaire que le monde possède une nature intelligente qui le meuve d'une façon ordonnée et cette nature intelligente est finalement Dieu ».

Philon :

Je vous entends très bien, Théophile. Mais cette idée d'Architecte divin ne serait-elle pas liée à une certaine civilisation, ici la civilisation grecque ? Ne serait-elle pas l'expression d'une certaine époque de la pensée humaine et qui nous semble bien lointaine ? Et avec le progrès des sciences, cette idée d'architecte divin, ne va-t-elle pas disparaître ? ne risque-t-elle pas d'être « dépassée » ?

Théophile :

Il ne le semble pas, Philon. Certes le XVII° siècle et le XVIII' siècle voient renaître les mathématiques, naître et se développer considérablement les Sciences Physiques et pourtant nous retrouvons cette idée de l'Architecte divin dans les textes de quelques grands philosophes de ce temps. Oui, nous retrouverions non seulement l'idée mais l'expression elle-même chez Leibniz dans sa Monadologie (Art. 87) : « Nous devons remarquer une autre harmonie entre Dieu considéré comme Architecte de la machine de l'Univers et Dieu considéré comme monarque de la Cité divine des esprits » ou bien : Monadologie (Art. 90) : « Nous sommes attachés comme il faut à l'auteur de tout non seulement comme à l'Architecte et à la cause efficiente de notre être mais encore comme à notre maître et à la cause finale ». Et il ne vous déplairait pas de me voir citer Voltaire dans ses Dialogues d'Evhémère (6) : « Il n'y a point de nature... tout est art dans l'Univers et l'art annonce un ouvrier. Il faut qu'il y ait un artiste infiniment habile et c'est ce que les sages appellent Dieu. « Cet Architecte de l'Univers si visible à notre esprit et en même temps si incompréhensible quel est son séjour ? De quel ciel, de que soleil envoie-t-il ses éternels décrets à toute la nature ? Je n'en sais rien ; mais je sais que toute la nature lui obéit D. Nous remarquons chez tous ces philosophes de Platon à Voltaire que l'Architecte divin est chaque fois posé, affirmé au nom d'exigences purement rationnelles. La raison constate qu'il y a dans l'univers un certain ordre : elle s'étonne de cet ordre et en cherche l'explication. Celle-ci, elle la trouve dans le Principe même de l'Architecte. Celui-ci apparaît comme un organisateur, ou ordonnateur, ou géomètre ; comme une force d'ordre qui lutte contre le chaos, et substitue à celui-ci une harmonie. Ne serions-nous pas ici au cœur d'une idée chère à la Franc-Maçonnerie, qui veut réunir ce qui est épars, organiser et construire, mettre l'harmonie à la place du chaos.

Philon :

Sans doute, Théophile. Mais ne croyez-vous pas qu'il y ait dans cette notion de Grand Architecte de l'Univers, une autre idée que celle du géomètre, de l'ordonnateur, de ce que nous appelons le Dieu démiurge ? Ne peut-on y trouver aussi l'idée d'un Dieu créateur tel que nous le trouvons dans la Bible ? d'un Dieu qui n'est plus seulement principe d'intelligibilité et principe d'ordre, mais principe d'existence ? C'est ainsi que dans le tout premier chapitre de la Genèse il est écrit : « Elohim dit, qu'il y ait de la lumière et il y eut de la lumière. et dans le deuxième chapitre, il est écrit : « Telle fut la genèse des cieux et de la terre quand ils furent créés ». Et surtout dans les « Macchabée »: « Regarde le ciel et la terre, vois tout ce qu'ils contiennent et sache que Dieu les a créés de rien » (7). Ce principe du Grand Architecte de l'Univers a pour nous, francs-maçons, valeur d'analogie. Dans la mesure où l'univers peut être comparé à un édifice, c'est-à-dire à un ensemble ordonné, ayant forme et finalité, il y aurait à l'origine de cet ordre, un principe qui serait à l'Univers, ce que l'Architecte est à l'édifice. Et si nous prolongeons cette analogie, nous dirons ceci : de même que l'Architecte a ordonné l'Univers, et qu'Hiram a construit le Temple, de même tout franc-maçon doit comme Hiram et l'Architecte construire à son tour le temple extérieur et intérieur, selon la règle de la sagesse, de la force, et de la beauté.

Théophile :

Je ne vous savais pas, Philon, cette érudition. Il est bien vrai que cette idée de cause première, de cause absolue est essentielle à la pensée biblique. Dieu est ici considéré comme créateur « ex-nihilo ». Mais nous trouverions aussi dans cette pensée la même idée, déjà retenue dans la pensée grecque, celle d'un Dieu architecte, qui ordonne et organise le chaos (8).

Théophile :

Or ce sont toutes ces idées, les unes issues de la Bible, les autres issues de la tradition philosophique qui au XVIII° siècle viennent se rejoindre dans le Concept de Grand Architecte de l'Univers. C'est ainsi que les Premières Obligations feront référence à ce Dieu, Architecte et Créateur et qu'elles proclameront, Article I : « Un maçon est obligé par sa Tenure d'obéir à la loi morale et s'il comprend bien l'Art, il ne sera jamais un athée stupide, ni un libertin irréligieux ». Et comme un écho, nous retrouverions cette pensée dans le Rituel d'Initiation du 1er degré. Là sur l'invitation solennelle du Vénérable, l'Orateur rappelle le principe fondamental du Rite Ecossais Ancien et Accepté : « La Franc- Maçonnerie proclame comme elle a proclamé dès son origine, l'existence d'un Principe Créateur, sous le nom du Grand Architecte de l'Univers ».

Philon :

Théophile, vous m'effrayez. Ne craignez-vous pas de ressusciter ainsi dans nos Temples, le Dieu de l'intolérance et du fanatisme de certaines religions révélées ?

Théophile :

Rassurez-vous, mon frère. Nul plus que moi n'est l'adversaire de l'intolérance et du fanatisme. Oui, rassurez-vous et expliquons-nous. Le Grand Architecte de l'Univers peut, pour certains francs-maçons, être assimilé au Dieu de telle ou telle religion révélée ; mais il peut aussi pour d'autres francs-maçons être le Dieu des philosophes et des savants. Tel nous apparaîtrait par exemple le Dieu des grands rationalistes du XVII° siècle : par exemple de Malebranche, et de Leibniz. Tel aussi le Dieu de Newton, de Voltaire, de Rousseau.

Théophile :

Ainsi ces philosophes, et tout homme est philosophe qui conduit par ordre ses pensées, en arrivent à poser un être, ou un principe, source et cause de l'univers. Et pour le Franc-Maçon de la Grande Loge de France, cet être ou ce principe, il le nomme le Grand Architecte de l'Univers.

Philon :

Certes, Théophile : mais cet être, ce principe, quel est sa nature ? Comment le concevoir et le comprendre ? Peut-être à l'aide du symbole ?

Théophile :

Pourquoi pas ? Mais avant d'en venir à ce point, fidèle à notre méthode, force nous est de constater, entre les religions, et entre les philosophies, comme entre la tradition religieuse et la tradition philosophique, de remarquables convergences. S'il est vrai comme l'écrit Platon dans « le Sophiste » que le philosophe s'attache dans toutes ses raisons à l'idée d'être » il ajoute aussitôt « que si l'embarras est grand quand il s'agit de définir le non-être... Il est plus grand encore quand il s'agit de définir l'être lui-même » (250-e) (9). Aussi bien dans un autre dialogue, « le Parmenide » (167 b) nous dit-il que « quel que soit l'être qu'on saisira par la pensée, il est forcé qu'il se brise en menus morceaux, car on ne saisit jamais une masse sans unité » aussi « il n'y a pas de nom pour le désigner et l'on ne peut ni le définir, ni le connaître, ni le sentir, ni le juger. Il n'est donc ni nommé, ni exprimé, ni jugé, ni connu et aucun être n'en a la sensation » (142 a.). Or c'est encore ce que nous enseignent les métaphysiciens rationalistes du XVII° siècle : c'est Descartes qui écrit dans sa Méditation (troisième) (Edition Alquié : Garnier) « qu'il se rencontre en Dieu une infinité de choses que je ne puis comprendre ni atteindre, car il est de la nature de l'infini, que ma nature qui est fermée et bornée ne la puisse comprendre ». Et Malebranche reprenant la leçon de Descartes écrit dans ses Entretiens Métaphysiques [VIII] : « Je ne prétends pas vous faire clairement comprendre l'immensité de Dieu et la manière dont il est partout, cela me parait incompréhensible aussi bien qu'à vous ». Il ajoute quelques lignes plus loin : « L'Etre infiniment parfait, c'est l'Etre incompréhensible en toutes manières ». Et au XVIII° siècle Voltaire à travers les personnages de Lucrèce et de Posidorius exprimera une idée semblable.

Lucrèce :

« De quelque côté que je tourne mon esprit, je ne vois que l'incompréhensible. »

Posidonius :

« C'est précisément parce que cet Etre suprême existe que sa nature doit être incompréhensible ; car s'il existe il doit y avoir l'infini entre lui et nous. Nous devons admettre qu'il est sans savoir ce qu'il est et comment il opère ». Enfin J.-J. Rousseau dans « l'Emile « Profession de foi du Vicaire Savoyard » écrit à propos de Dieu « j'élève et fatigue en vain mon esprit à concevoir sort essence » et quelques lignes plus loin « l'idée de création me confond et passe ma portée ». Ainsi ce Dieu, cet Etre, pour nous ce Grand Architecte de l'Univers, notre esprit ne peut pas ne pas le poser et en même temps il est incapable de le définir, de le comprendre (en prenant ce mot dans son sens étymologique). Comme l'écrit si profondément F. Alquié « l'être ne serait connu que dans l'expérience d'une absence. Il y aurait à la fois évidence de l'être et absence de l'être ».

Philon :

De tout ce que vous avez dit, mon frère Théophile, il résulte m'a-t-il semblé que le Grand Architecte de l'Univers serait précisément ce « Dieu des philosophes et des savants » que Pascal opposait au Dieu d'Isaac et de Jacob, pour en écarter la notion d'ailleurs. Il ne m'est pas désagréable de penser, au demeurant, que le Dieu des philosophes et des savants a lui aussi droit à des Temples, qui seraient nos Temples Maçonniques. Mais la question que je me pose est celle-ci : Au XX' siècle les philosophes et les savants ont-ils encore un Dieu ? Il est bien difficile, me semble-t-il, d'être déiste, comme on pouvait l'être au XVII° et au XVIII' siècle. A cette époque beaucoup de savants, de philosophes, de gens cultivés, comme Locke, Newton, Clarke en Angleterre, Voltaire en France pensaient que l'existence et les attributs de Dieu, ou du Grand Architecte, puisque Newton emploie l'expression, pouvaient être établis par des arguments rationnels, toute révélation mise à part, et que par conséquent il y a une « Religion naturelle » qui est une sorte de dénominateur commun de toutes les croyances religieuses, une sorte de noyau rationnel qui apparaîtrait, une fois les religions débarrassées de leur gangue de superstition. Or dès le XVIII' siècle, David Hume dans ses « Dialogues sur la Religion nouvelle » a montré que le déisme ne repose, pas plus que les religions traditionnelles, sur la raison mais sur la croyance. Le principal argument déiste (chez Voltaire, Clarke, Newton) semble être très fragile. L'Univers serait analogue à une machine, à une structure ordonnée et organisée ; par analogie, on conclut qu'il y a une cause intelligente. Mais il est bien aventureux, remarque Hume, d'étendre à l'Univers tout entier la liaison entre ordre et intelligence que nous observons dans une petite région de l'Univers, étant donné aussi que la nature de l'intelligence et son mode d'efficacité sur les choses nous est obscure à nous-mêmes. Finalement, conclut Hume : « l'ensemble de la théologie naturelle se résout en une seule proposition simple, quoiqu'un peu ambiguë, ou du moins indéfinie, savoir : que la loi ou les causes de l'Ordre dans l'Univers présentent probablement quelque lointaine analogie avec l'intelligence humaine. ...Quelque étonnement en vérité, naîtra naturellement de la grandeur de l'objet, quelque mélancolie de son obscurité, quelque mépris de la raison humaine, de ce qu'elle ne puisse donner de solution plus satisfaisante en ce qui regarde une si extraordinaire et si magnifique question ». Ainsi au XVIII° siècle même l'argument voltairien du Dieu horloger ne convainquait pas tout le monde. De plus depuis le XVIII' siècle la science a évolué. Je pense que l'événement le plus important, du point de vue qui nous occupe est la théorie de Darwin. D'abord l'évolutionnisme en général constitue, comme l'a dit Freud, une deuxième humiliation pour l'homme, déjà débouté par Copernic de sa prétention à occuper une position centrale dans le Cosmos (la troisième humiliation étant celle que lui inflige cette découverte de la psychanalyse que sa conscience et sa raison ne sont qu'une petite région de la « psyché « au service de l'inconscient). Ensuite et surtout la théorie proprement dite de Darwin„ celle de sélection naturelle consiste à expliquer par de pures causes, sans faire intervenir de finalité, toutes les « merveilles de la vie ° qui constituaient pour les déistes du XVIII° siècle la principale preuve de l'existence d'un ouvrier suprême de la nature. Certes tous les biologistes (loin de là) ne pensent pas, comme Jacques Monod, que hasard et nécessité combinés constituent le fondement ultime de l'ordre biologique.

Théophile :

Et il semble bien, mon cher Philon, qu'il y a entre la pensée philosophique de Jacques Monod et celle de la tradition maçonnique une distance assez grande. De plus, me permettez-vous une remarque ? Pensiez-vous que l'on puisse et que l'on doive ordonner la pensée maçonnique à l'évolution des idées scientifiques ? Vous savez, mieux que moi, combien change et progresse la vérité scientifique. Dès lors vouloir ordonner une certaine conception du Grand Architecte de l'Univers à l'état de nos connaissances scientifiques du présent, ne risque-t-il pas d'entraîner nécessairement un vieillissement, un dépérissement de ce concept lui-même.

Philon :

Sans doute, mon cher Théophile. Cependant il est non moins évident que la Franc-Maçonnerie qui a pour vocation d'être une sagesse pour l'homme occidental, pour l'homme qui a inventé la science et la technique, ne peut pas négliger et reconnaître cette science et cette technique.

Théophile :

Nous en sommes d'accord.

Philon :

Aussi la Franc-Maçonnerie ne saurait imposer à ses membres une métaphysique particulière dont la convenance, l'adéquation à l'état présent de la science est à tout le moins contestable. Et pour en revenir au déisme, on pouvait voir dans celui-ci au XVIII' une philosophie apte à unir, comme une religion réduite à l'essentiel, des hommes de diverses croyances. Un juif, un chrétien, catholique ou protestant, un musulman pouvaient en se retrouvant en loge voir dans l'idée de Grand Architecte de l'Univers, identifié au Dieu de la religion naturelle l'expression adéquate de leur vision spirituelle du monde. Mais à notre époque si la Franc-Maçonnerie veut remplir son rôle qui est d'être le « Centre d'Union «, de rassembler les hommes « libres et de bonnes mœurs «, d'opinions différentes mais unis par la recherche de la vérité, alors il faut que l'idée de Grand Architecte de l'Univers puisse être interprétée d'une façon telle qu'un agnostique puisse accepter, sans avoir l'impression de renoncer à la liberté de conscience, l'idée qu'il travaille à la Gloire du Grand Architecte de l'Univers.

Publié dans le PVI N° 5

Source : www.ledifice.net

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