Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
20 décembre 2012 4 20 /12 /décembre /2012 08:49

Comme de nombreuses fêtes du calendrier moderne, nous célébrons la Chandeleur sans véritablement savoir ce que représente cette fête, ni qu’elle était déjà observée bien avant le christianisme dans le monde celtique, et notamment en Bretagne et en Irlande.

Il n’est pas lieu ici par manque de place de faire un exposé sur le calendrier celtique ancien. Contentons-nous de dire ou de rappeler qu’il s’agissait d’un calendrier fondamentalement lunaire (comme le calendrier juif par exemple) articulé autour du calendrier solaire. Ainsi l’ancienne année celte comptait 12 mois lunaire de 28 jours et introduisait régulièrement (tous les cinq ans environ) des mois intercalaires pour s’accorder avec le calendrier solaire.

De ce fait, autour des deux solstices aisément remarquables – et remarqués par l’archéologie plus que par la littérature –, la tradition mythique celtique et notamment irlandaise mentionne quatre grandes fêtes celtiques – remarquées, elles, davantage par la littérature que par l’archéologie – à savoir (en donnant plusieurs de leurs appellations) : Samhain-Samonios (1er-2 novembre), Imbolc-Brigantia (1er-2 février), Beltaine-Beltan (1er-2 mai), Lugnasad-Lammas (1er-2 août).

Remarquons plusieurs choses : 1. Elles durent deux jours comme la plupart des fêtes traditionnelles anciennes (sans oublier que les journées de quasiment toutes les anciennes sociétés du monde commençaient au crépuscule de la veille : ainsi la fête de Samhain commençait au crépuscule du 31 octobre, devenu la fête d’Halloween, littéralement en français la « vigile de Toussaint » et le 2 novembre est devenu la fête des morts). 2. Elles reviennent régulièrement tous les 3 mois. 3. En revanche, les dates données ci-dessus se réfèrent à un calendrier solaire moderne. Anciennement, avec un calendrier lunaire, elles n’étaient pas fixes, mais tombaient à la pleine lune la plus proche. 4. Ces quatre fêtes seraient liées à la célébration de l’année agricole.

 

Pour en revenir spécifiquement à la fête de début février, on la connaît sous différents noms : Imbolc ou Oimelc, Brigantia, Birgit… Autant de terminologies qui, finalement, confine aux mêmes idées.

Imbolc était la contraction d’imb-folc, évoquant une idée de lustration ou de purification.[1](Oimelc, l’une des appelations irlandaises, n’est ostensiblement qu’une déformation d’Imbolc). A travers cette étymologie, on en a fait une fête de célébration de la lactation des brebis, ce qui participe de cette même idée de purification, à travers l’aspect blanc, immaculé, du lait (en pensant qu’en celtique ancien, les mots pour « blanc » veulent aussi dire « sacré ». Voir gwen en breton.) Et cette idée de blancheur ou de pureté, nous renvoient à l’autre nom de la fête Birgit ou Brigantia qui n’est autre que celui de la grande déesse cosmique celtique qui signifiait « la très brillante » ou la « très noble ».

Comme le soulignait Miranda Green (Les mythes celtiques, Le Seuil, Coll. Points Sagesse, 1995), « cette fête se rattachait au culte de Brigite [autre nom de Birgit/Brigantia] déesse aux fonctions multiples, qui protégeait les femmes en couches, présidait à la récolte des céréales servant à faire la bière et était également associée à la poésie et à la prophétie. » Elle était aussi la détentrice de la coupe de souveraineté et de connaissance – une des origines du mythe du Graal –, la gardienne du feu (purificateur), donc du foyer. Et c’est là que cette fête est particulièrement intéressante par rapport à Kildare, puisque cette grande déesse tutélaire de l’Irlande Birgit/Brigitte est devenue, avec la christianisation, sainte Brigitte, patronne de l’Irlande (avec saint Patrick), toujours célébrée le 1er février (mais nous allons y revenir).

 

Imbolc était l’équivalent pour le monde celtique des lustrations romaines (autre fête de purification comme leur nom l’indique), des Lupercales et autres fêtes de Proserpine célébrées à la même période). Pour remplacer dans l’esprit des fidèles ces fêtes païennes romaines importantes – où, précisément on portait des cierges et des torches –, le pape Gélase Ier instaura la Chandeleur, la « fête des chandelles » célébrant la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple. Le célèbre moine catholique érudit Bède de Jarrow, dit Bède le Vénérable (VIIème-VIIIème siècle en Angleterre), dit lui-même que la Chandeleur n’a fait que remplacer les fêtes païennes. Cette fête était très importante jadis (au Moyen-âge) puisqu’elle faisait partie des fêtes chômées.

 

Pour en rester pour l’instant sur le symbolisme d’Imbolc, cette fête était donc notamment dédiée à la grande déesse Mère, la Vierge céleste Birgit, et à son fils Oengus, le jeune Soleil (réapparaissant particulièrement en cette période de début de l’hiver où les jours rallongent visiblement. La galette ou la crêpe que l’on prépare pour cette fête sont une évocation solaire). Il  n’est pas étonnant par conséquent que la chandeleur soit devenue la fête de la purification de la Vierge et de la présentation de son fils au Temple.

 

Comme le notait Raymonde Reznikov dans Les Celtes et le druidisme : racines de la tradition occidentale, Dangles, St Jean de Braye, 1994, « Imbolc fut certainement la plus désagréable des fêtes du calendrier celtique pour les moines irlandais qui s’employèrent à en occulter totalement le sens. »

 

Alors, reparlons justement de Brigitte et de Kildare. Cette fête d’Imbolc est importante pour la ville irlandaise qui est chère à notre comité. Brigitte, la déesse comme la sainte, est intimement liée à cette ville (au demeurant, signalons que la vraie sainte Brigitte au regard de l’église post-Vatican II est la Brigitte suédoise bien ultérieure : 1303-1373 ; Vatican II ayant supprimé quantité de saints anciens de sa liste, saints bien souvent très populaires, tels que saint Georges, saint Hubert ou saint Nicolas, sous prétexte qu’il n’était pas attesté et n’étaient que des réminiscences de dieux païens. Dans les faits, assez subtilement, ils ont été rangés dans les personnages à « mémoire facultative », car il n’était naturellement pas possible de supprimer immédiatement des personnages aussi populaires auprès des fidèles qui n’auraient pas compris, mais il ne devenait plus officiel dans l’Église comme le sont les saints faisant l’objet, selon leur rang d’importance, de « fête » [les apôtres ou Etienne] ou « mémoire obligatoire » [p. ex. Jeanne d’Arc, Thérèse de Lisieux ou Vincent de Paul]).

Le site de Kildare fut, anciennement, celui du culte de la grande déesse cosmique liée au chêne (arbre cosmico-céleste s’il en est).

A Kildare, se trouvait le couvent de la mythique sainte Brigitte (patronne de l’Irlande, morte théoriquement en 525) Elle se serait retirée en ermitage à l’intérieur d’un chêne creux (le chêne étant dédié chez les Celtes d’Irlande à la triple déesse mère), en somme dans la « cellule du chêne », en irlandais ancien, Kill-dara (qui donna son nom au monastère et à la ville qui se développèrent autour). Dans ce couvent brûlait un feu éternel[2], comme dans le temple de la déesse romaine Vesta (Vesta, la pure, la vierge, d’où l’idée de purification renforcée par la puissance purificatrice du feu), feu que fit éteindre l’archevêque Harry de Dublin sous prétexte qu’il était (à juste titre) une pratique païenne. Il fut ensuite rallumé et ne s’éteignit définitivement que sous le règne de Henry VIII d’Angleterre.

Il y aurait beaucoup à dire naturellement sur Imbolc, Birgit et tous les mythes fabuleux qui y sont associés. Mais ayant été déjà suffisamment long, permettez-moi de conclure par cette vieille invocation d’Imbolc, issue du fond des âges et rapportée par le semi-légendaire Colum Cill (devenu saint Colomba en transcription moderne) où le nom de Brigitte – la sainte – a remplacé celui de Birgit – la déesse :

« Que Brigide, la vierge et la bonne,

Brigide notre flambeau et notre soleil

Brigide, la rayonnante et l’invisible,

Nous conduise au royaume éternel. »

 

Arnaud



 

 

Partager cet article

Repost 0
Published by Arnaud - dans Irlande
commenter cet article

commentaires

Présentation

  • : Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Loge de Recherche Laurence Dermott
  • Contact

Blason de la RL Laurence Dermott

Loge-Dermott.gif

        729 ARTICLES

                    603    ABONNES 

Recherche

St Patrick blessing

God save the Ireland

           

Michaël Collins