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24 mars 2013 7 24 /03 /mars /2013 08:09

Au risque de me perdre, je me laisse submerger par ce tourbillon d'idées. Il surgit sans crier garde et je plonge dans un autre univers. Cette musique m'entraîne loin d'ici, dans un monde irréel.
Au risque de me perdre, je la laisse m'imprégner. Il me plait d'écrire et mes doigts s'hasardent et glissent au rythme de leurs accents rocailleux. Mille paysages viennent se heurter aux yeux de mon âme. Tantôt de belles vallées moqueuses, tantôt des monts et des prairies à perte de vue. Tout en nuances, rien n'est là par hasard.
Au risque de vous perdre, ne vous y fiez pas. Sous ce chapelet de mots rauques, cette voix sibylline cache de la rondeur tout en dissimulant de la douceur. Leurs mots gutturaux résonnent tout en me parlant de cette terre que j'affectionne tant. Ce voyage glauque prend alors une destination particulière. Avec délice, je prends mon envol.
Au risque de nous perdre, il n'est qu'illusion sinistre mais fouler ce sol caillouteux s'avère goûteux. Désir réel de tout connaître, de les comprendre, de les aimer, découvrir leurs mythes et leurs légendes, parcourir les monts, les landes restent pour moi, mon paradis.
Au risque de me perdre, je songe pourtant à leur enfer et à tout ce sang versé pour que ce soir, le chant du rossignol me parvienne jusqu'au cœur de mon âme. Au passage, je respire l'air frais. L'iode de la mer flotte et m'apporte bien plus qu'un bien être certain. Inconfortable situation qui m'anime par tant de découvertes. La haine flirtant avec l'amour qui cohabite avec cette folle passion. Poison violent que tout ceci m'entraîne bien plus loin encore.
Au risque de me perdre, j'étale sur ces pages les soubresauts qui me blessent et qui m'attristent. Ils m'attisent tant que je me sens déchirée entre l'envie de rire ou de pleurer. Sensation étrange qui pourtant me plaît. Je patauge dans la rosée du petit matin qui tarde à se lever. Immobiles petites choses blanches, petits murets ou moutons endormis ? Le voile du brouillard titille mon champ d'observation.
Au risque de me perdre, je plane dans cet air nouveau qui vient de loin. A l'ouïe, je la suis. J'arrive aux portes de cette bourgade. La musique m'invite. Des rires moqueurs n'interloquent. Ne soyez pas étonné si cela vous choque. C'est ainsi par ici. Rien n'est semblable et tout reste amical. Du fond de leurs yeux, remarquez bien cette petite flamme qui vacille. Ne vous méprenez pas, le vent n'a rien à y voir.
Au risque de ne pas les perdre, je n'hésite pas le moins du monde à les suivre. Comme il est tentant de les accompagner dans leurs délires! Avec cette envie soudaine qui vous prend, laissez-vous aller et vous serez surpris par le tambourinement de vos mains que vous croyez non-expertes. Vous serez sans doute encore plus étonnés de voir que vos pieds les accompagnent par leurs rythmes endiablés.
Au risque de me perdre, je survole Dublin, ses contrées sauvages.
Je monte de plus en plus haut, au risque de me brûler les ailes. Un souffle d'air encore tiède me ramène. Réceptive, je ne peux que tout entrevoir. Mystérieux changements qui amorcent ma chute vertigineuse, je passe en rase motte sur les feuillages des arbres: destination inconnue. Telle l'aiguille d'une boussole, je vacille. Descente brusque mais sans heurts violents, tout n'est que stratagème. Un filet d'or m'accapare. Inutile de me débattre, je ne suis pas en danger.
Au risque de me perdre, je me promène dans un vaste parc. Musique, chants, tout est douceur et candeur. Des ombres fugitives se dessinent et jouent. J'essaie de les suivre. Trop tard, ils déploient leurs ailes et me quittent. Terre de mythes et de légendes, qui étiez-vous, petites ombres fragiles ?
Au risque de me perdre, j'avance droit devant moi. Ne pas souhaiter rentrer, sans jamais me retourner. Tout me semble furtif et pourtant les cris plaintifs sont bien réels. Dans ce parc qui m'appelle et m'interpelle, je me laisse guider par les pleurs. Je reste là à écouter les doléances de tout cet être qui s'élance tel un cierge vers le ciel. Imposante stature qui me garde captive. Seules les odeurs vagabondent. Je reste attentive, les yeux tournés vers le firmament. Rien ne peut venir me distraire. J'écoute et j'apprends. Personne n'entend. Seul, le bruissement du feuillage couvre le récit de son lourd secret.
Au risque de me perdre, je vous livre son affliction qu'il a cru bon me narrer.
Cet arbre qui hurlait son désespoir d'avoir dû par un beau soir d'été, prendre le dernier souffle de ses valeureux guerriers. Que de larmes n'a-t-il pas déjà versés ! Toi qui reste le dernier témoin silencieux de tant de lâcheté des hommes, tu dois savoir pour l'avoir vu que le genre humain est des plus cruels.
Au risque de me perdre, j'aimerais vous raconter ce qu'il m'a dit un soir d'hiver. Son cœur en lambeau, déchiré par tant de haine gratuite, avide de cupidité, je sais qu'il sait. Et si les pas de danses résonnent si fort, n'est-ce pas pour apprendre au monde entier qu'ils sont toujours là ?
Au risque de vous perdre, je crois bien que cela vous poussera loin d'ici mais tant pis, je ne vous pousserai pas aux limites du supportable. Au risque de me perdre, je ne peux pas vous révéler tant de chagrin et tant de laideur et pourtant, il faudrait bien que vous sachiez qu'avec tant de rancœur, on ne rebâtit pas le monde.
Au risque de nous perdre, sachez pourtant que ses branches auraient voulu céder pour ne pas les perdre. Ils sont pourtant partis et l'arbre n'est pas guéri malgré les ans, malgré le vent qui a séché ses pleurs et même les rayons du soleil n'ont pas pu le faire refleurir. Le faisceau qu'il aime est émit par la lune qui par ce soir de bonne fortune lui a narré une histoire triste qui se termine par des chants et des jeunes gens qui dansent sur cet air vieillot d'autrefois. Une flûte résonne surmontant le souffle jaloux du vent. Cet air enjôleur déploie avec courtoisie sa rage de vaincre. Lui se laisse émouvoir et déploie ses feuilles pour atteindre son orateur. Pour quelques heures, il se laisse bercer dans le vent flatteur.
Au risque de ne pas le perdre, arrêtez-vous si vous passez à Dublin.
Vous le reconnaîtrez. Il est le gardien du passé qui ne veut pas se perdre dans l'insouciance du futur. Il n'a plus guère de larmes à verser et pourtant, au risque de me perdre, je garderai au plus profond de mon âme, ses lourds secrets.
Au risque de ne pas les perdre, j'imprime dans ma mémoire, les visions d'horreur que mon cœur ne supporte plus. Que d'horreur pour leur honneur qui les a conduit dans les ténèbres de la nuit. Au risque de me perdre, je veux rester sur une dernière note d'espoir et je vous demande pardon d'avance si vous avez risqué vous aussi, de vous perdre.
Il est loin pourtant, ce temps où les hommes se faisaient la guerre en Eire. Je ne parviendrai pas à me taire pour que cette paix fragile tienne. Prenez garde à vous, messieurs les coquins qui la jalousent. Elle est le trophée tant espéré de tout ce sang versé. Issue fatale pour tous ceux qui n'ont eu cesse d'espérer et d'obtempérer. Soyez enfin apaisé car la paix tant convoitée est arrivée. Les couleurs flottent dans un ciel qui n'est pas toujours gris. La pluie qui mouille vos routes et pavés sont les larmes de joie qui vous parviennent d'entre les cieux. Elles rendent plus vertes vos vallées et augmentent de plusieurs tons votre gamme déjà large de verts. Du firmament là-haut, je sens bien qu'ils en sont fiers. N'entendez-vous pas ce bruit de fond qui s'étend à l'infini ? Ont-ils eu le temps de prendre une dernière Guinness avant de rejoindre l'au-delà ?
Au risque de me perdre, j'espère qu'ils poursuivront leur route sans se perdre. Que leurs chants les accompagnent partout où ils se rendront !
Au risque de nous perdre, je préfère songer qu'il en restera ainsi jusqu'à la nuit des temps. Que le frère du Sud embrasse celui du Nord. Que celui du Nord enlace le Sud et qu'il ne fasse plus qu'une grande famille des plus unies. Qu'importe que tu croies, à tort où a raison, que le plus fort l'emportera. Diviser n'est pas gagner.
Lui, il a pris le risque de se perdre en regagnant Cork, son comté.
En passant dans les rues de Dublin, sans se faire prendre. Il savait bien qu'un jour ou l'autre, les ailes de la mort viendraient le frôler. Son vélo ne pouvait le perdre et il est passé de ci de là, sans se soucier qu'il pouvait perdre à ce petit jeu-là. Michael, tant que tu restais sur tes gardes en jouant avec tes espoirs et tes peurs, celles-ci te préservaient de la mort. Pourquoi as-tu cessé de douter ?
Eux, tes compagnons qui croyaient te perdre t'ont poussé à te rendre sur cette terre hostile. Que de débats, que de temps pour te rendre compte que le droit, tu n'en avais pas vraiment. Issue sans espoir, tu as bien fini par t'en rendre compte mais bien trop tard.
Au risque de se perdre, se démêlant dans ce complot, il lui a fallut de l'audace pour tenir en haleine ses adversaires. Le culot a payé. Tu as gagné leur retrait mais tu savais déjà que tu t'étais vendu. Pour ceux qui n'avaient pas compris, c'était ça mais toi, tu savais car tu voyais bien plus loin. Dans cette tourmente, au risque de te perdre, tu allais comme l'agneau t'offrir en sacrifice afin que plus jamais, sur le sol irlandais, des morts ne viennent émailler les pavés.
Lui, il ne pouvait les perdre et il a dû trancher.
Statuer devenait dangereux surtout lorsque le choix est épineux.
Personne n'a voulu comprendre mais il a tenu envers et contre tous.
Au risque de les perdre, eux qui se disaient leurs amis, ils t’ont laissé te débattre dans l'autre camp afin de ramener le traité qui devait faire d'elle une nouvelle république mais qui n'a eu que l'ombre de celle-ci.
Pourtant, au risque de déplaire, il a tenu bon et a relevé le défi.
Ils peuvent aujourd'hui, se balader le long des quais sans être inquiétés
Mais qui songe à cet homme qui a prit le risque de tout perdre ?
Au risque de me perdre, il m'a souvent épaté par ses façons de faire.
Et il a su les faire taire même s'il savait d'avance qu'il prenait des risques de se perdre. Et qui viendra démentir qu'il savait avant de rentrer, qu'il avait signé son arrêt de mort. Pour lui, perdre sa vie pouvait le faire renaître dans les générations suivantes. Il était sans nul doute, en avance sur son temps. Il a joué, aimé et n'a pourtant pas obtenu de l'or.
Plus tard, l'Europe est ainsi née avec son manteau de réconfort. Je souhaite qu'elle aussi ne prenne pas le risque de nous perdre, qu'elle console les cœurs embrumés de douleur qui ne veulent plus mourir sur le champ d'honneur, qu'elle brise le sceau des complots et qu'elle garde dans son sein ses derniers enfants orphelins de bonheur.
Afin de ne pas nous perdre, qu'elle soit vigilante, qu'elle aide les miséreux et qu'elle conserve avant tout les vraies valeurs.
Au risque de ne pas se perdre, elle prend tous ces peuples sous son aile.
Qu'importe qu'il soit du Nord, du Sud, de l'Est ou de l'Ouest. L'heure est venue de nous serrer les coudes afin de ne plus nous perdre au jeu terrible et peu convenant de la guerre.
Territoire d'autrefois, il a fallu du temps aux hommes de bonnes volontés pour s'accepter les uns les autres sans se chercher ni de les perdre afin d'agrandir leur vanité.
Lui n'a pas son nom écrit en long et en large dans toutes les rues de son pays, et pourtant, avec son humour, il a fait gagner le droit de la liberté.
Poussant le vice jusqu'à leur souhaiter la bonne journée puis s'en est allé vers la fin de son voyage avec sa destinée sur la pointe des pieds.

Source : http://mon-irlande.skynetblogs.be/archive/2008/04/19/poeme-sur-l-irlande.html

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Published by Ansty - dans Irlande
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