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10 janvier 2010 7 10 /01 /janvier /2010 17:43

Par Francis DELON

Une abondante littérature a été écrite sur Ahiman Rezon de Laurence DERMOTT, mais les détails des expressions hébraïques qu’il utilisa n’ont pas été suffisamment prises en considération.
Laurence DERMOTT (1720-1791)
Laurence DERMOTT fut initié en 1740, à l’âge de 20 ans, dans la Loge n°26 (Constitution Irlandaise) à Dublin. Il fut exalté à l’Arc Royal comme le note le registre de l’Arc Royal des Anciens, en accolant la mention suivante à son nom : n°26, Dublin, 1746.
Quelque temps plus tard, il partit pour Londres. On raconte qu’en 1748 il fut employé comme peintre, travaillant habituellement douze heures par jour. Un peu plus tard, il aurait été marchand de vin et dut connaître un succès raisonnable car il offrit un trône au Grand Maître, d’un coût de 34 livres. Avec ses droits perçus sur Ahiman Rezon, Il participa aussi à une œuvre de charité de la Grande Loge des Anciens.
Selon le Bibliothécaire de la Grande Loge d’Irlande, il n’existe aucun portrait connu de DERMOTT.
La Grande Loge des Anciens est généralement considérée pour avoir été fondée en 1751. Son premier Grand Secrétaire, MORGAN, resta seulement en fonction une année. En 1752, DERMOTT postula avec succès à cette charge, ayant défait au moins un autre postulant. Dès le début, il s’identifia, d’un manière sans précédent, avec les affaires de sa « Grande Loge ». C’était une personne zélée, efficace, honnête, probablement pas facile à vivre et un adversaire féroce et peut-être même acariâtre.

Les connaissances de DERMOTT en Hébreu
On sait peu de choses sur l’éducation de DERMOTT et ses connaissances dans des matières telles que le Latin, le Grec et l’Hébreu furent probablement celles d’un autodidacte, comme le mentionne l’historien CHETWODE CRAWLEY : L. DERMOTT avait seulement des notions de latin et d’hébreu.
Le Révérend Morris ROSENBAUM a répertorié la liste des Juifs Francs- Maçons du XVIIIème siècle. Ainsi, à l’année 1760, on trouve un certain Isaac BELISARIO, maître d’école. S’il a connu DERMOTT, il est probable qu’il l’ait aidé en Hébreu, mais aucune preuve ne permet d’étayer cette hypothèse.

Les Constitutions de la Grande Loge des Anciens
La Grande Loge des Anciens fut fondée en 1751 sous le titre distinctif de « La très Honorable Société des Maçons Francs et Acceptés selon les Anciennes Constitutions ».
A la différence de la Première Grande Loge et des Grandes Loges d’Ecosse et d’Irlande, les Anciens dénommèrent d’un titre inhabituel leur « Livre des Constitutions » : Ahiman Rezon, ou Aide à un Frère. Il fut compilé par DERMOTT, leur Grand Secrétaire. La première édition fut publiée en 1756 après qu’il eut lancé une souscription dans une annonce parue le 16 novembre 1754, où il indiquait que son livre serait essentiellement un recueil d’extraits d’ouvrages d’autres auteurs tels que ANDERSON, DESAGULIERS, PENNELL et SPRATT.
L’ouvrage eut un impact considérable car, entre 1756 et 1838, il connut pas moins de 44 éditions : 9 en Angleterre, 21 en Irlande et 14 en Amérique.

L’origine du nom « Ahiman Rezon »
Le Frère ROSENBAUM, dans son article Ahiman Rezon le Fidèle Frère Secrétaire publié dans les AQC 23 en 1910, signale que DERMOTT utilisa fréquemment la très populaire Bible de Genève, la reprenant mot à mot chaque fois qu’il citait un texte biblique. Cette traduction contient en outre ... un Index particulier des Noms et Mots Hébreux, Chaldéens, Grecs et Latins cités dans la Bible ..... Cette liste alphabétique ne dépasse pas 7 pages dans l’édition originale de 1560, mais celle de 1589 est accompagnée d’un index de pas moins de 63 pages, recensant tous les noms propres cités dans la Bible, avec leurs significations et les chapitres et les vers où ils apparaissent.
Le titre, hors du commun, de DERMOTT a donné lieu à quelques amusantes contrefaçons telles que « A. Himan Rezon », « Highman Rezon », et « Iman’s Reasons ».

La signification de Ahiman
La signification donnée est : Frère instructeur (préparateur ?) (prepared, trained brother), Frère de la main droite ou mon Frère est un don.
Ahiman était, avec Shallum, Akkub et Talmon, le quatrième des portiers (gardiens du seuil de la Tente) cités dans le Premier Livre des Chroniques (9, 17).
Le Frère ROSENBAUM considère que lorsque DERMOTT décida de l’explication « Frère de la main droite », il se réfère spécifiquement au verset 18 du Psaume 80 Prière pour la restauration d’Israël : ... Ta main sur l’homme de ta droite, où le même terme est utilisé. Le mot hébreu pour « droit » est Yamin, qui est apparenté à Emunah signifiant « Foi » et à Amen (Ainsi soit- il).
L’option par ROSENBAUM de Frère loyal est donc parfaitement plausible.

La signification de Rezon
DERMOTT ne nous donne même pas un soupçon d’explication.
En fait, Rezon est un personnage biblique mentionné dans le Premier Livre des Rois (11, 23). ... A Salomon, Dieu sucita aussi comme adversaire Rezon, fils d’Elyada. Il avait fui de chez son maître Hadadézer, Roi de Golan.
C’était un puissant adversaire contemporain du Roi Salomon. Il n’existe aucun lien apparent entre lui et un des quatre portiers. Le mot est fondé sur la racine hébraïque signifiant « secret ». ROSENBAUM se réfère à l’index de la Bible de Genève qui donne les définitions suivantes : « petit », « caché », secret », « secrétaire », « privé ».
Le mot hébreu pour « secret » est Raz, se prononçant comme l’Anglais « jazz ». Quelquefois, le mot Rezon est donné sous la forme Retzon. Dans ce cas, une consonne hébraïque différente, pas très dissemblable en son, a été utilisée, donnant un mot avec une signification différente. Le sens de Retzon est « volonté ». Des tentatives ont été faites pour combiner « volonté » avec « Ahiman », parvenant ainsi à cette locution : « La volonté d’un Frère prêt », mais cette hypothèse n’est guère convaincante.
En fait, l’utilisation par DERMOTT du mot Rezon, par un hasard heureux ou après un examen scrupuleux de la Bible de Genève, servit admirablement ses objectifs car l’expression Ahiman Rezon peut se traduire, selon ROSENBAUM, par Le Fidèle Frère Secrétaire (Faithful Brother Secretary). Cette interprétation met bien en valeur le sujet de DERMOTT, l’excellence de la discrétion qui apparaît sur la page de titre d’Ahiman Rezon.

La Guématrie
ROSENBAUM avance également comme hypothèse que DERMOTT apprit, auprès d’amis juifs érudits, les rudiments de la méthode de la Guématrie, ce système connu des anciens Babyloniens et Grecs, consistant à attribuer à chaque consonne une correspondance numérique. Un certain d’auteurs juifs du Moye- Age prirent d’ailleurs l’habitude de choisir le titre de leur livre de manière que leur total numérique corresponde à celui de leur nom.
Dans le cas d’Ahiman Rezon, le total est de 372 tandis que celui de DERMOTT, mentionné en Hébreu dans son registre des procès- verbaux des années 1752-1760, est 371, une différence véritablement insignifiante. Toutefois, ROSENBAUM ne considère pas cette explication valable.

Les Gardiens de la Porte
Dans son introduction à Ahiman Rezon, DERMOTT se réfère à un songe au cours duquel il rencontra les quatre portiers du Temple (les Gardiens de la Porte).
Leurs noms étaient : Shallum (le Chef), AkKub, Talmon et Ahiman. Ils mentionnés dans cet ordre dans le Premier Livre des Chroniques (9/17). La signification de ces quatre noms est précisée par la Bible de Genève. Celle d’Ahiman ayant déjà été donnée, les trois autres sont les suivantes :
- Shallum : pacifique, parfait, adepte de la paix ;
- Akkub : domination ;
- Talmon : cadeau de la rosée, à peine prêt.
On ignore toutefois si DERMOTT prit connaissance de la mention de ces Gardiens des Portes en lisant directement les Chroniques ou en consultant simplement l’index de la Bible de Genève.
On peut simplement noter qu’il fit un usage ingénieux de cette histoire, puisqu’il fit dire à Ahiman dans son rêve : ... à partir du jour de la consécration du Saint- Temple jusqu’à l’époque actuelle, je n’ai jamais vu une histoire de la Maçonnerie ... Ainsi, il écartait la possibilité d’avoir à compiler une histoire, comme par exemple l’avait fait ANDERSON, inspirée sans doute des traditions des « Old Charges » des Guildes du Métier.
Dans l’Histoire Sainte, Ahiman est le quatrième et dernier des portiers, tandis qu’à la page XI de son introduction, Le rédacteur au lecteur, DERMOTT le range à la seconde place, reconnaissant tout de même la primauté de Shallum, comme il est mentionné dans les Chroniques. Puis, il en vient à en faire le porte- parole des quatre, en lui attribuant, à travers son rêve, une parfaite connaissance de la langue anglaise.
La raison de cette préférence donnée à Ahiman se trouve dans la Bible de Genève. Elle indique, dans ses Concordances, que le mot hébreu « Ach » signifie « Frère ». On a recensé 26 mots composés comprenant cette syllabe. DERMOTT les a probablement bien examinés et, comme dans les noms des quatre portiers, seul Ahiman comportait cette syllabe, il fut finalement choisi.

Les prières maçonniques
ANDERSON considérait que la Franc- Maçonnerie devait être : ... le centre d’union et le moyen de faire naître une amitié fidèle parmi des personnes qui auraient pu rester perpétuellement à distance ...
Le concept maçonnique d’un Dieu universel conduit tout à fait naturellement à l’usage de prières dans les rituels maçonniques. Selon les termes de William PRESTON, ... c’était une preuve appropriée de gratitude. Les « Old Charges » des anciennes confréries de bâtisseurs opératifs indiquaient que leur travail commençait par une invocation trinitaire.
Nous savons, par les Illustrations of Masonry de PRESTON (1772) que la Première Grande Loge utilisait des prières lors des cérémonies d’ouverture, d’initiation et de fermeture.

Prière en usage à l’ouverture des Travaux
 « Puisse la faveur du Ciel s’étendre sur cette heureuse assemblée ; puisse-t-elle commencer, se dérouler et finir dans l’ordre, l’harmonie et l’amour fraternel. Amen. »
Prière en usage à la fermeture des Travaux
 « Puisse la Bénédiction du Ciel être sur nous et tous les Maçons réguliers ; pour nous embellir et nous unir avec chaque vertu morale et sociale. Amen. »
Prière en usage lors de l’Initiation d’un candidat
 « Accorde  moi ton aide, Père Tout- Puissant et Suprême Gouverneur du Monde, à cette assemblée ; et fais que ce candidat à la Maçonnerie puisse dédier et dévouer sa vie à ton service et devenir ainsi pour nous un authentique et fidèle Frère. Revêts- le de la compétence de ta divine Sagesse, que par les secrets de cet art, il soit encore davantage capable de dévoiler les mystères de l’Impiété en ton Saint- Nom. Amen. »
Les divulgations du XVIIIème siècle apportent des indications précieuses sur le rituel maçonnique et donnent des explications plausibles sur l’usage ou le non- usage des prières. Par exemple, si La Maçonnerie disséquée de PRITCHARD (1730) n’en comprend aucune, Les Trois Coups Distincts (1760) et Jackin et Boaz (1762) contiennent une prière chrétienne pour la réception d’un nouveau Frère. D’ailleurs, une des accusations des « Anciens » à l’encontre des « Modernes » portait justement sur l’omission, par ceux- ci- des prières ou leur limitation au premier degré.

La Règle d’or de Michée
Dans son introduction à Ahiman Rezon, DERMOTT affirme que son livre était destiné à .... montrer à la partie du Monde dans l’erreur, que les vrais Principes de la Franc- Maçonnerie sont d’aimer la Miséricorde, de faire Justice, et de se tenir humblement devant Dieu.
Il attire l’attention sur un passage (Chap. 6/8) du Livre prophétique de Michée, auquel on donne fréquemment le nom de Règle d’or de Michée.
 « On t’a fait savoir,
homme, ce qui est bien,
ce que Yahvé réclame de toi :
rien d’autre que d’accomplir la justice,
d’aimer la bonté
et de marcher humblement
avec ton Dieu »
Bien que Ahiman Rezon ne comporte pas de prière fondée sur ces assertions à vocation fortement universaliste, il existe, en effet, de telles prières en usage dans la Franc- Maçonnerie comme celle mentionnée par Wellins CALCOTT dans A Candid Disquisition (1769).

Prière en usage lors de l’admission d’un Frère
 « O Dieu très glorieux et éternel, qui êtes l’architecte en chef de l’univers créé ! Exauce nous ; tes serviteurs qui sont déjà entrés dans cette très noble, ancienne et honorable fraternité, que nous puissions être solides et prudents, et toujours avoir le souvenir de ces choses sacrées et saintes que nous avons reçues, et faire notre possible pour instruire et former les autres dans le secret, afin que rien ne puisse être illégalement obtenu ; et que cette personne qui doit maintenant être reçue Maçon, puisse être un digne membre, et puisse-t-il, comme nous, vivre comme des hommes, envisageant la grande fin pour laquelle ta bonté nous a créés ; O Dieu, donne nous de la sagesse pour venir à bout de toutes choses, de la force pour supporter toutes les difficultés, et de la beauté pour orner ces demeures célestes où ton honneur se tient, et accorde, O Seigneur, que nous puissions vivre ensemble dans l’amour fraternel et la charité, et dans toutes nos relations dans le monde, faire justice à tous les hommes, aimer la charité et cheminer humblement avec toi, notre Dieu ; et enfin, puisse un merveilleux accueil nous être réservé dans ton royaume, O Grand Jehovah. Maintenant à toi, le roi éternel, immortel, invisible, le seul vrai Dieu, être le royaume, le pouvoir et la gloire à jamais. Amen.
La même prière se trouve dans The History of Masonry or the Free Masons Pocket Companion (3ème edition, Edinburgh, 1772) variant seulement par l’emploi du pluriel dans l’expression “ces personnes”.
Un commentaire sur Le Livre de Michée extrait du Pentateuque mentionne que le prophète s’adresse à toute l’humanité en insistant sur l’universalité. Développant cette idée, il met l’accent sur le fait que l’amour de la miséricorde est une des obligations de l’homme envers son créateur et que l’amour de la justice est une des obligations de l’homme envers ses frères. Les premiers devoirs correspondent aux cinq premiers commandements et les derniers aux cinq suivants. Se tenir humblement devant Dieu consiste à faire preuve de la pureté et de l’humilité conduisant à une vie vertueuse, afin de réaliser les desseins de la miséricorde et de la justice.
DERMOTT devait certainement apprécier les enseignements de Michée et il est tout à fait remarquable que dans ses deux prières universelles, il ne fasse aucune allusion à ce texte bien connu du Prophète. »

Les quatre prières dans Ahiman Rezon
Elles sont spécifiquement chrétiennes. D’ailleurs PENNELL, dans son commentaire sur son Livre irlandais des Constitutions (1730), ne voit rien d’incongru dans le fait d’insérer une forme de prière nettement chrétienne.
En effet, de telles prières se trouvaient dans les Constitutions Irlandaises pour les trois premiers grades et étaient constamment utilisées, principalement dans les loges de l’Irlande intérieure, jusqu’à très récemment, sauf si elles risquaient d’offenser un Frère présent.
DERMOTT a donc fait une contribution importante en élaborant des prières susceptibles d’être utilisées par les Juifs et les Chrétiens.
La Première Grande Loge n’était pas intéressée par une telle idée et ce fut le Duc de SUSSEX, après l’Union de 1813, qui se vit chargé de mettre au point des prières acceptables par tous.

Première prière. Prière dite à l’ouverture des travaux par les Francs- Maçons de confession juive
 « O Seigneur, excellent es-Tu dans Ta vérité, et rien n’est grand en comparaison avec Toi ; à Toi la Louange pour toutes les Œuvres de tes Mains, à jamais.
Illumine nous, nous t’en supplions, de la vraie Science de la Maçonnerie ; Par la Douleur d’Adam, le premier homme créé ; Par le Sang d’Abel le Saint ; Par la Justice de Seth, en qui tu t’es complu, et par l’Alliance de Noé, dans le Bâtiment de qui il t’a plu de sauver la Semence de tes biens- aimés, ne nous compte pas au nombre de ceux qui méconnaissent tes Commandements et les divins Mystères de la secrète Cabale.
Mais accorde, nous t’en supplions, à Celui qui dirige cette Loge, d’être revêtu de Science et de Sagesse, afin de nous instruire et nous expliquer ses Mystères secrets, comme notre Saint Frère Moïse fit (en sa Loge) à Aaron, à Eleazar et Ithamar (les fils d’Aaron) et aux soixante dix Anciens d’Israël.
Et accorde nous de comprendre, apprendre et observer tous les Commandements et Décrets du Seigneur et conserver son saint Mystère pur et sans tache jusqu’à la fin de notre vie. Amen Seigneur. »
Tandis que la page de garde d’Ahiman Rezon mentionne Loges Juives et Chrétiennes, l’intitulé se limite à la première catégorie. Or, en Franc- Maçonnerie, il n’y a jamais eu de loges juives. Ceci peut signifier qu’une loge comprenant un nombre significatif de Frères israélites peut préciser, dans ses statuts, que les menus, lors des agapes, doivent être en accord avec la diététique juive et qu’il ne doit pas y avoir de tenues lors des fêtes religieuses. D’ailleurs, le nombre total de Juifs Francs- Maçons, pendant cette partie du 18ème siècle, resta insignifiant. En 1759, trois ans après la publication d’Ahiman Rezon, la Lebeck’s Head Lodge n°246 constitua un atelier à majorité israélite. Mais, il est difficilement concevable que DERMOTT ait anticipé de telles loges quand il rédigea son livre. Peut- être avait-il en tête qu’un Frère de confession juive puisse, lors de l’ouverture des travaux, se dire à lui- même cette forme de prière suivant la première obligation des Constitutions de 1723 : ... en laissant à chacun d’eux son opinion particulière .... Cela aurait, dans ce cas, témoigné d’une forme de coexistence entre des Frères de différentes confessions.
DERMOTT, dans une note infra- paginale à cette prière, renvoie, pour une explication plus détaillée, à la préface de la Mishna, un important livre juif de référence recensant tout le corpus de la loi orale en opposition avec les textes écrits de l’Ancien Testament.
L. GINZBERG, dans son livre Les Légendes des Juifs (1909, tome III, p. 142), recense tous les souvenirs des personnages bibliques recueillis par leurs successeurs et qui sont mentionnés dans la note infra- paginale de DERMOTT.
Le mot hébreu pour la prise en compte de cette tradition est Kabbale, terme désignat les enseignements ésotériques ou mystiques du Judaïsme médiéval. Il y eut une Kabbale chrétienne au Moye- Age exprimant les tentatives d’érudits chrétiens pour expliquer le Christianisme en s’inspirant des techniques Kabbalistiques.
MACKEY, dans son Encyclopédie de la Franc- Maçonnerie, la définit ainsi : doctrine philosophique reçue des Anciens ou interprétation mystique de l’Ecriture, comprenant les vérités les plus profondes sur la religion.
On retrouve également à la page 146 de l’œuvre de GINZBERG le Midrash (ou légende) cité par DERMOTT. Ce dernier assimile à une cérémonie maçonnique la transmission par Moïse de la tradition orale à Aaron, à ses fils et aux Anciens, ajoutant même, entre parenthèses, dans sa loge. De plus, il qualifie de la même épithète notre saint frère Moïse et Abel.
Dans le même tome de GINZBERG, page 481, un trouve un autre Midrash considérant Moïse comme Homme de Dieu, sous- entendant une sainteté particulière, comme l’indique d’ailleurs le sous- titre du psaume 90 : Prière de Moïse, homme de Dieu.
Enfin, cette prière, qui ne figure pas dans la liturgie hébraïque, est certainement le résultat d’une compilation réalisée par DERMOTT.

Seconde prière. Prière en usage parmi les Maçons Chrétiens primitifs
 « Que la Puissance du Père des Cieux et la Sagesse de son Fils glorieux, par la Grâce et la Bonté du Saint- Esprit, étant trois Personnes en un seul Dieu, soient avec nous à notre Commencement et nous donnant la Grâce de nous gouverner dans notre vie de telle sorte que nous puissions parvenir à sa Béatitude qui n’aura jamais de fin. Amen. »
Cette prière destinée à accompagner l’ouverture des travaux soulève une question. Pourquoi DERMOTT utilise le terme de Chrétiens primitifs.
On peut mentionner qu’ANDERSON qualifiait ainsi les Catholiques romains, avant la Bulle d’Excommunication de 1738.
Le texte de DERMOTT est identique à la prière sise dans le Grand Lodge MS n°1 de 1583.

Troisième prière. Prière plus spécifiquement réservée à la Réception et à l’Ouverture

 « Très saint et glorieux Seigneur Dieu, Toi, Grand Architecte du Ciel et de la Terre, qui est le Donateur de tous Dons et de toutes Grâces, et qui a promis que là où deux et trois seraient réunis en Ton Nom, tu seras au milieu d’eux ; en Ton Nom nous nous assemblons et nous nous réunissons te suppliant humblement de nous bénir dabs toutes nos Entreprises, afin que nous puissions te connaître et te servir justement, et que toutes nos Actions servent à ta Gloire et au Salut de nos Ames.
Et nous te supplions, O Seigneur Dieu, de bénir notre présente Entreprise, et accorde à notre nouveau Frère de dédier sa vie à ton Service, qu’il soit un vrai et fidèle Frère parmi nous. Revêts- le de la divine Sagesse afin qu’il puisse au moyen des secrets de la Franc- Maçonnerie, être capable de découvrir les Mystères de la Piété et du Christianisme. Nous t’en supplions humblement, au Nom et pour l’Amour de notre Seigneur et Sauveur JESUS CHRIST. Amen. »
C’est également une prière pour Chrétiens et elle comprend une citation de l’Evangile de Saint Mathieu (18/20 : ... que deux ou trois, en effet, soient réunis en mon Nom, je suis là au milieu d’eux, qui s’avère bien appropriée pour une cérémonie d’ouverture. Le second paragraphe n’est qu’un reflet du rituel du premier degré actuel, à l’exception de la dernière phrase d’inspiration chrétienne.

Quatrième prière. AHABATH OLAM (Prière reprise dans la Loge de l’Arc Royal à Jérusalem)
 « Tu nous a aimés, O Seigneur notre Dieu, avec un Amour éternel ; tu nous a ménagés avec une grande et extrême Patience, notre Père et notre Roi pour l’amour de ton grand NOM et pour l’amour de notre Père qui a confiance en toi, auquel nous devons d’enseigner les Règles de la Vie, afin qu’ils suivent les Règles de ton bon Plaisir avec un Cœur Parfait.
Sois miséricordieux envers nous, O notre Père, Père miséricordieux qui montre la Miséricorde ; témoigne de la Miséricorde envers nous afin que nous puissions t’implorer, et mets de la Compréhension dans nos Cœurs, afin que nous puissions comprendre, être prudents, écouter, apprendre, enseigner, garder, faire et accomplir tous les Mots de la Doctrine de Ta Loi d’Amour, et éclaire nos Yeux sur tes Commandements et permets à nos Cœurs de trouver ta Loi et unis les dans l’Amour et la Crainte de ton NOM ; nous n’aurons jamais honte, ni ne confondrons, ni trébucherons jusqu’à la fin des siècles.
PARCE QUE nous avons confiance en ton SAINT, GRAND, PUISSANT et TERRIBLE NOM, nous nous réjouirons et nous serons heureux de ton Salut et de la Miséricorde, O Seigneur notre Dieu, et la Multitude de tes Miséricordes ne nous abandonnera jamais, Selah ; Et maintenant, Dépêche- toi et apporte nous une Bénédiction et la Paix des quatre Extrémités de la Terre, car tu es un Dieu qui travaille à notre Salut et nous a élus parmi les autres Peuples et autres Langues ; et toi, notre Roi tu nous a initiés à être fidèles à ton grand NOM, à te prier dans l’amour, à être unis à toi, et à aimer ton NOM : Bénis- nous, O Seigneur, qui a choisi ton Peuple Israël avec Amour. »
Dans une note infra-paginale, DERMOTT renvoie le lecteur aux commentaires du Docteur WOTTON sur la Mishna.
Ce qu’il a effectivement en tête lorsqu’il insère cette prière est la Maçonnerie de l’Arc Royal. Il poursuit avec cette explication : Ayant .... mentionné cette partie de la Maçonnerie communément dénommée « l’Arc Royal », que je crois fermement être la Racine, le Cœur et la Moelle de la Franc- Maçonnerie .... Pour DERMOTT, la référence de l’en- tête , Une Prière reprise dans la Loge de l’Arc Royal à Jérusalem, signifie probablement que cette prière pouvait être employée tant dans une Loge bleue que dans un Chapitre. L’expression Loge de l’Arc Royal s’explique certainement par le fait que nous sommes aux prémices de la Maçonnerie de l’Arche Royale et que les termes n’étaient pas définitivement fixés. L’expression A Jérusalem correspond très probablement à ce que les rituels actuels décrivent comme Le Grand et Saint Chapitre de l’Arc Royal de Jérusalem.
La notre infra- paginale de DERMOTT concernant « Ahabath Olam » renvoie aux commentaires sur la Mishna du Docteur WOTTON (et non WOOTON comme l’écrit DERMOT avec inexactitude).

William WOTTON (1666-1726)
On raconte qu’à l’âge de 13 ans, il maîtrisait déjà l’Hébreu, le Chaldéen, le Syriaque, l’Arabe, le Grec et le Latin. Après des études à Cambridge, il fut élu, en 1685, à l’âge seulement de 19 ans, Fellow du Collège Saint- Jean. Entré par la suite dans les Ordres, il obtint, en 1707, son Doctorat de Sciences Religieuses.
En tant qu’hébraïste, il se rattache à la tradition de l’époque Tudor quand l’apparition du Puritanisme et le fort développement des études sur l’Ancien Testament éveillèrent un grand intérêt pour l’apprentissage de l’Hébreu.
En 1718, il publia Miscellaneous Discourses to the Tradition and Usages of the Scribes and Pharisiens in our Blessed Saviour’s Jesus Chist’s time, comprenant des traductions et des commentaires sur certains des 523 chapitres de la Mishna.
Son ouvrage fut fréquemment mentionné dans des œuvres théologiques postérieures et était encore probablement d’actualité lorsque DERMOTT compila son Ahiman Rezon.
Si sa maîtrise de l’Hébreu est parfaite, ses commentaires sur la religion juive n’offrent pas toujours l’objectivité souhaitée et manquent également de précision. Ainsi, page 178, il fait du grand Rabbin SHAMMAI un adepte de la secte karaite alors qu’il combattit rigoureusement leurs idées.
La Mishna est un des plus importants ouvrages juifs, le catalogue de toute la loi orale fondée sur le Pentateuque. Son élaboration débuta à l’époque de la naissance du Christ et ne s’acheva que deux siècles plus tard.
« Ahabath Olam » est une des sept bénédictions citées par WOTTON, précédant et suivant la très importante prière de Sh’ma qui est l’objet particulier de sa recherche. La traduction, en Français, du premier vers de cette prière est Deutéronome (6/4-9) :
Ecoute, Israël : Yahvé notre Dieu est le seul Yahvé. Tu aimeras Yahvé ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme et de tout ton pouvoir. Que ces paroles que je dicte aujourd’hui restent dans ton cœur ! Tu les répèteras à tes fils, les leur diras aussi bien assis dans ta maison que marchant sur la route, couché aussi bien que debout ; tu les attacheras à ta main comme un signe, sur ton front comme un bandeau ; tu les écriras sur les poteaux de ta maison et sur tes portes.
Elle est considérée comme la Profession de Foi d’Israël. C’est l’affirmation la plus claire possible du Monothéisme ; elle reconnaît la Paternité de Dieu et par conséquent la Fraternité de l’homme.
Cette dernière assertion se retrouve d’ailleurs dans le Lévitique (19/18) : Tu aimeras ton prochain comme toi- même.
Dans le Nouveau Testament, ces thèmes sont surtout présents dans Matthieu (22/34-38) :
Apprenant qu’il avait fermé la bouche aux Sadducéens, les Pharisiens se réunirent en groupe, et l’un d’eux lui demanda pour l’embarrasser : Maître, quel est le plus grand commandement de la Loi ? Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu de tout ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit et de toute ta force ........ Voici le second : Tu aimeras ton prochain comme toi- même. Il n’y a pas de commandement plus grand que ceux- là.
Les sept bénédictions se rapportent au Psaume 119/164 : Eloge de la Loi divine : Sept fois le jour je te loue pour tes justes jugements.
Les sept bénédictions citées par WOTTON ne sont pas seulement présentes dans la Mishna, mais devaient être très anciennes et très connues pour être répertoriées dans ce catalogue. Dans une note infra- paginale du premier tome de son ouvrage, page 186, il soutient qu’il les a trouvées dans un livre de prières juives se rattachant à la tradition sépharade, Seder Tephilloth, traduit en Répertoire des Prières, imprimé à Venise en 1544 et à Amsterdam en 1636. (Les Sépharades, regroupant les Juifs portugais et espagnols, constituaient une minorité à l’intérieur du Judaïsme anglais en opposition avec les Ashkénazes originaires d’Europe Centrale et Orientale).
La prière d’introduction de la Sh’ma est « Ahabath Olam ». C’est très vraisemblablement pour cette raison, en plus de la richesse de son enseignement, qu’elle retint l’attention de DERMOTT. Il est d’ailleurs remarquable que les premiers et derniers mots hébreux de cette prière soient les mêmes, à savoir l’Amour.
Dans l’édition de Belfast de 1782, DERMOTT a modifié l’extrait suivant ... ton Saint, Grand, Puissant et Terrible Nom comme suit : Parce que nous avons confiance dans l’Esprit- Saint, Puissant et Terrible Nom, donnant ainsi à la prière une connotation chrétienne.

Conclusion
Le premier rituel maçonnique anglais avait une forte connotation chrétienne. Il avait probablement atteint sa maturité dès l’époque des loges de maçons opératifs. Les « Old Charges », qui étaient utilisés, débutaient par une invocation trinitaire et on trouve de nombreuses références chrétiennes dans les premiers catéchismes maçonniques.
La première Obligation d’ANDERSON formulée dans ses Constitutions de 1723 ouvre une voie aux non- Chrétiens rejoignant la Fraternité. Sa phrase (... des personnes qui auraient pu rester perpétuellement distantes) peut s’appliquer aux Chrétiens autres que les membres de l’Eglise établie, mais correspond en fait à ce que nous appelons aujourd’hui l’universalité. L’utilisation, par DERMOTT, de la prière « Ahabath Olam » et sa référence à une prière dite par les Maçons juifs portent le témoignage de cette universalité.
Un des meilleurs jugements sur la période s’étendant de 1717 à 1813 reste probablement celui du Frère William WAPLES, cité par John DASHWOOD dans Remarques sur les premiers procès- verbaux de la Grande Loge des Anciens (AQC 70, page 176).
.... adaptant un système établi de Maçonnerie vers des principes monothéistes. Son progrès fut d’abord prudent et lent, jusqu’à ce qu’enfin la reconnaissance d’un Dieu universel s’impose.

Publié par R. Raczynski

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