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12 août 2009 3 12 /08 /août /2009 18:07

Le premier degré en franc-maçonnerie représente la première occasion pour le candidat de visualiser l’intérieure d’une Loge maçonnique au travail. Ses premières impressions resteront avec lui pour toute sa vie, et il est donc de première importance que le Vénérable Maître et ses Officiers lui donnent le meilleur départ possible dans sa carrière maçonnique.

Le rituel dans une Loge écossaise est exécuté par coeur, ce qui est déjà un travail considérable, même s’il est plus facile pour les uns que pour les autres.  Certains des participants vont se sentir nerveux, mal à l’aise,  même avec un peu de trac, mais l’essentiel est de se focaliser sur la communication du message au candidat : toute autre considération quant à nos aptitudes, ou de ce que pensent nos Frères en Loge, ne sont que très marginales par comparaison.

Il serait facile de considérer la transmission du degré par coeur comme un rite de passage en soi-même, mais elle est d’une importance beaucoup plus frappante, car c’est la transmission d’un message primordial à quelqu’un qui se sent, lors de son initiation, plutôt perdu. Il est donc crucial de projeter l’attention uniquement sur le candidat et d’oublier toute autre considération.  Imaginons la cérémonie comme elle sera perçue par lui seul.

Le contenu du message est plus important que l’exactitude du texte du rituel et l’accent doit être mis sur l’expression du fond du message plutôt que de donner une prestation à cent pourcent exact mais dépourvu d’émotion. Ceci dit, la signification du message ne passera que si elle est contenue dans une structure adéquate –c’est à dire le rituel – et ci celui-ci n’est pas suffisant bien maîtrisé, le candidat trouvera difficile de suivre les idées qui lui sont présentées. Comme disait Herbert von Karajan, au sujet de la musique, “quand on viole la forme, on nuit au contenu”.

Faire le rituel par coeur n’est pas une épreuve d’exactitude, c’est une question de ‘feeling’, une tentative de donner au candidat la conviction qu’il est le point focal de quelque chose de sérieux.  Les symboles que nous dévoilerons devant lui – et la dextérité avec laquelle nous les dévoilerons – vont influencer, pour le reste de sa vie, sa conception de la Loge qui l’initie, et aussi de la maçonnerie toute entière.

L’initiation au degré d’Apprenti est le premier pas dans nos mystères.  Elle représente la transition du monde profane de tous les jours vers l’univers du symbolisme.

Le Candidat laisse derrière lui le monde des phénomènes matériels pour entrer dans un monde où œuvrent les nivaux les plus profonds de ses pensées : les nivaux symboliques.  En regardant le candidat avec ses yeux bandés, n’oublions pas que l’origine du mot « mystère » se trouve dans le mot grec « mustes », un initié, provenant à son tour du verbe « muein » qui possède trois significations : fermer les yeux, fermer les lèvres, et initier.

L’univers du symbole s’ouvre au Candidat non seulement quand on lui explique les symboles les plus évidents du premier degré – les outils de travail, la planche à tracer, les colonnes des Surveillants et du Vénérable – mais dès le moment où il entre en Loge. À ce moment, à un niveau subconscient, il est obligé à se fier à tous ses sens à l’exception de la vue ; donc c’est son corps entier, à travers ses pieds, qui lui apprend la première leçon en progression géométrique. ainsi il apprend d’une façon physique, que le point, en se rejoignant à un autre point, devient une ligne ; et que la ligne, en changeant de direction chaque fois qu’il change de direction en traçant la forme rectangulaire de la Loge, devient surface.

À sa toute première entrée dans la Loge il est arrêté à un certain point par le Couvreur qui marque cet acte en tenant contre lui la pointe aiguisée d’un épée ou d’un poignard. Dans une Loge écossaise c’est souvent un sghian dhu. Ensuite il s’avance par une série de lignes droites, mais chaque fois qu’il change de direction la nouvelle orientation est marquée par un coup de maillet. Un peu comme le coup du bâton que le maître zen inflige sur le novice pour lui rappeler qu’il doit faire attention et ne pas s’endormir pendant la méditation, pour qu’il reste conscient de tout ce qui passe autour de lui.

Une fois ce plan géométrique tracé dans l’esprit du candidat, son voyage initiatique vers la lumière peut commencer, et on lui présente peu à peu les symboles psychologiques, les outils de travail dont il aura besoin pour pouvoir tailler la pierre brute, ainsi que son plan de travail, la planche à tracer.

Ces outils, nous avons vu, sont le maillet, le ciseau et la règle à vingt-quatre pouces. Le maillet représente sa propre motivation (l’impulsion du cervelet, le cerveau primordial, primitif et reptilien). Le ciseau symbolise le raffinement de cette force brute en action précise guidée par l’intelligence, la mise en fonction du néo-cortex, si on veut ; et la règle le besoin de mesurer la précision des actes accomplis pour pouvoir bien estimer leur utilité.

Rappelons que la règle est divisée, non pas en centimètres ou en dix pouces, mais en vingt-quatre pouces.  Sa base est duodécimal, pas pour reprendre bêtement les anciennes mesures anglaises, mais parce que depuis l’époque de l’Egypte antique une longueur divisée en douze unités représente la façon la plus directe de construire un triangle ayant des côtés qui ont trois, quatre et cinq unités de longueur – la forme la plus élémentaire du triangle à angle droit, comme nous enseigne Pythagore. Le chiffre vingt-quatre souligne l’importance non seulement de la mensuration linéaire mais aussi celle de la quatrième dimension, le temps.

La structure de la cérémonie d’initiation offre au candidat un drame psychologique qui se joue à un niveau très profond de son esprit ; et ceci est suivi d’une explication plus traditionnelle et rationnelle. Donc un premier message subliminal renforcé par une série de messages à base d’images et de paroles.

Nous créons ici une sorte de théâtre primitif, dans laquelle le publique et le protagoniste sont identiques. Au lieu de la scène, nous avons la surface de la Loge, et au lieu du rideau nous avons le bandeau qui est retiré des yeux du candidat au point crucial du drame quand il voit devant lui la Loge entière dévoilée et au premier plan les trois grandes lumières de la franc-maçonnerie.  C’est à ce moment là que nous nous efforçons de convaincre au candidat de ne pas diluer l’expérience qu’il vient de vivre en le communiquant aux profanes : la valeur du secret.

Un des éléments les plus frappants est celui du nombre, un des éléments les plus puissants et les plus essentiels de notre langage symbolique.  Au premier degré nous trouvons les deux thèmes numériques de la maçonnerie symbolique, le trois et le quatre.

Le quatre symbolise le carré de la Loge, représentation du monde physique tel qu’il est perçu par le nouveau né : une espace créée par le contraste entre l’horizontal et le vertical, les deux paramètres de base de notre tout premier univers perceptuel.  Le trois représente les composants de notre personnalité, qu’ils soient les ‘ego’, ‘super ego’ et ‘id’ freudiens ou bien l’Enfant, l’Adulte et le Parent de l’Analyse transactionnelle, ou même les trinités divines de plusieurs religions.  Contre la toile de fond carrée de sa Loge, le candidat rencontre les trois éléments essentiels de sa propre personnalité reflétés en les personnes du Vénérable et des deux Surveillants chacun avec sa colonne symbolique : la Beauté, la Force et la Sagesse.

Mais ceci n’est que le début, car au fur et à mesure que nous observons l’initiation au premier degré nous retrouvons une multitude de symboles à des niveaux de plus en plus profonds.

Avant de conclure, permettez-moi de vous donner un extrait d’un discours donné en 1988 par le Grand Secrétaire, à l’époque, de la Grande Loge Unie d’Angleterre. C’était le Commandeur Michael Higham qui s’adressait à un publique profane, aux Compagnons d’un des Guildes de la Cité de Londres :

“La franc-maçonnerie nous livre ses leçons dans une série de drames qui se déroulent au moyen d’un rituel – des pièces de théâtre en un acte si vous voulez – chacune ayant deux scènes, la première l’histoire et la seconde l’explication.

Les cérémonies maçonniques donnent une immense satisfaction aux participants – toujours différentes puisque les participants ne sont pas toujours les mêmes ; toujours exigeantes, puisqu’elles doivent être mémorisées par cœur (et la cérémonie la plus courte dure une heure au moins), et toujours très impressionnantes pour le candidat, car il est le centre d’attention dans une assemblée d’hommes qui travaillent ensemble pour lui donner un message, un message fascinant.

(Il continue avec ….) Une petite observation personnelle : j’ai trois souvenirs permanents de mon initiation dans la franc-maçonnerie: la main de l’amitié qui m’a accueilli lors de mon entrée en Loge; l’impression que chacun présent focalisait sur ce qui m’arrivait à moi ; et les conseils apparemment spontanés mais dictés par le rituel, qui m’ont été donnés lors de la seconde partie de la cérémonie. “  

Voilà. J’espère que j’ai pu vous offrir un petit goût de ce que le Candidat a pu éprouver dans une Loge écossaise, et je vous remercie bien vivement pour votre attention.

 

Bro. Peter Smith PM,

Lodge Allegiance N° 1465 (SC)

Avril 2006

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Published by Thomas Dalet - dans Rites et rituels
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