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7 août 2009 5 07 /08 /août /2009 06:27

L'Arche Royale fit son apparition en Angleterre durant les années 1740. S’il est permis de supposer que les graines de cette nouvelle cérémonie avaient commencé à germer quelques années avant les premiers rapports officiels, rien ne permet toutefois de remonter plus tôt dans la datation de l'Arche Royale.

À la question : «Pourquoi l'Arche Royale est-elle apparue ?», la réponse proposée est qu'une cérémonie supplémentaire, ou un «quatrième degré» distinct, était inévitable, ce qui peut s'expliquer par la connaissance que l'on a aujourd'hui de l'évolution des trois degrés symboliques.
En remontant dans l'histoire de la Franc-Maçonnerie anglaise, au temps où les degrés ou grades maçonniques se développaient encore, il apparaît presque certain que la première cérémonie maçonnique fut réalisée pour le Compagnon maçon, c'est à dire l'artisan entraîné et accompli.
Le système des Apprentis fait ses premières apparitions en Angleterre au XIIIe siècle, et il n'est pas interdit de penser que l'autre degré fut développé comme cérémonie d'admission pour les Apprentis.
À ce moment, et jusqu'au crépuscule du XVIIe siècle, le Métier ne proposait que deux cérémonies d'admission : l'une pour les «Apprentis» ou les «Apprentis Reçus», l'autre pour les «Compagnons» ou «Maîtres». Le désir de création de cérémonies distinctes pour les Compagnons et les Maîtres était donc logique; les deux s'égalaient par leurs compétences techniques, mais les Compagnons étaient des employés, et ceux d'entre eux qui étaient assez méritants pour devenir Maîtres allaient naturellement désirer un degré qui leur serait propre.
Le troisième degré apparut donc en Angleterre vers 1724-1725 et, en 1730, il était relativement répandu, bien que rarement pratiqué.
À ce stade de l'évolution des grades, les trois degrés du métier possédaient chacun leur propre cérémonie; seul un seul degré n'était pas représenté. Il n'existait en effet aucune cérémonie propre aux hommes qui avaient présidé une Loge, c'est à dire, les Maîtres de Loges. Une telle cérémonie devait fatalement apparaître vers 1740.
Si ceci peut être considéré comme une simplification à outrance de l'histoire, elle se base cependant sur des fondements historiques et les dates mentionnées ici sont supportées par des preuves documentaires.

En excluant les détails mineurs, il est possible de résumer les bases de la cérémonie de l'Arche Royale à deux histoires :
  • L'histoire biblique véridique décrivant le retour de Babylone et la construction du Temple.
  • La légende ancienne décrivant la découverte du caveau voûté, de l'autel et du Mot Sacré.
La portion biblique est de l'histoire pure. La légende, dans sa forme écrite, remonte au temps des premiers Pères de l'Église. Vers l’an 400 après J.-C., Philostorgius, décrivant la reconstruction du Temple, rapporte la découverte du caveau voûté. Cette version semble constituer la charpente de la légende qui a survécu. Neuf cents ans plus tard, au XIVe siècle, Nicephorus Callistus, dans sa description de la construction du quatrième Temple, étaye le compte-rendu de Philostorgius. Cette histoire est rapportée avec tant de détails saisissants qu'elle mérite une reproduction textuelle :
Au moment de la pose des fondations, ainsi que je l'ai dit, il y avait une pierre parmi les autres, à laquelle la base des fondations était fixée, qui glissa de sa place et révéla la bouche d'une caverne qui avait été creusée dans le roc. Le plancher de la caverne se perdait dans l'obscurité de sa profondeur. Les surintendants, désireux d'en apprendre davantage, attachèrent l'un des ouvriers à une longue corde et l'y firent descendre. Celui-ci, atteignant le fond, y trouva de l'eau qui lui arrivait à mi-jambes et, fouillant tous les recoins de ce lieu creux, conclut, aussi sûrement qu'il le pouvait par le sens du toucher, qu'il s'agissait d'un carré. Retournant vers l'ouverture, il heurta un petit pilier, guère plus haut que le niveau de l'eau, et, l'illuminant, y trouva déposé un livre, enveloppé d'un linge léger et propre. L'ayant pris, il indiqua par la corde qu'ils devaient le remonter. Sitôt remonté, il leur montra le livre qui suscita leur admiration, ayant été découvert immaculé et intact, en un lieu obscur et sombre. Le Livre, ouvert, stupéfia non seulement les Juifs, mais aussi les Grecs, par ce qu'ils lurent sur ses premières pages, écrit en lettres sublimes : 'Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, et le Verbe était Dieu.' En termes clairs, ces écrits contenaient visiblement tout l'Évangile que la langue divine du Disciple-Vierge avait énoncé.
Ceci est la traduction de l'original, telle qu'il apparaît en anglais, en 1659, dans l'ouvrage de Samuel Lee, intitulé Orbis Miraculum.

Deux points méritent particulièrement d’être mentionnés. D'abord, que la forme actuelle de la légende de l'Arche Royale n'est ni pure invention ni innovation récente; il s'agit bien d'une parcelle d'une légende religieuse remontant au cinquième siècle après Jésus-Christ, et probablement même plus ancienne.

Ensuite, le Livre Saint découvert dans le caveau voûté n'était pas l'Ancien Testament, avec les mots usuels : «Au commencement, Dieu créa...»; il s'agissait de l'Évangile selon St Jean, un texte purement chrétien, et, au moment de sa première apparition, le degré de l'Arche Royale était également purement chrétien.
Jusqu'à aujourd'hui, les cérémonies contemporaines de l'Arche Royale débutent par une prière chrétienne, et le travail entier est empreint de symbolisme et d'idées trinitaires, si bien que, malgré son inspiration issue de l'Ancien Testament, une très forte influence chrétienne y demeure manifeste.
Il est impossible de préciser avec certitude le pays d'origine de l'Arche Royale, mais il semble probable que la cérémonie ait été importée en Angleterre en provenance de l'Irlande. Plusieurs des premières références à l'Arche Royale proviennent, sans conteste, d'Irlande et, quand la Grande Loge des Anciens fut fondée en 1751, celle-ci reconnut l'Arche Royale comme un ajout plus ou moins essentiel aux degrés symboliques.
Il existe toutefois une autre possibilité voulant que la cérémonie trouve ses sources en France, où une myriade d'innovations maçonniques firent leur apparition au début des années 1740. En particulier, il existe une référence, dans le Sceau Rompu daté de 1745, à une classe supérieure de Maçons avec une cérémonie commémorant les maçons ayant œuvré «une truelle à la main, une épée au côté». Plusieurs preuves similaires étayent l'opinion selon laquelle certaines caractéristiques particulières de la cérémonie de l'Arche Royale, quel que soit le nom qu'elle portait, étaient déjà connues sur le Continent à une date antérieure, mais ceci ne peut être considéré comme une preuve de filiation.

La première Grande Loge, dite des «Modernes», n'offrit aucune reconnaissance officielle ni aucun support à la cérémonie, bien qu'elle fût pratiquée par plusieurs loges de «modernes», et il est intéressant de noter que, quoique la cérémonie ne fût pas considérée comme une composante intégrale des trois degrés symboliques, elle était néanmoins pratiquée dans les loges ordinaires. Les Chapitres de l'Arche Royale n'existaient pas encore comme organisations indépendantes pour l'octroi de ce nouveau grade et il n'existait, bien évidemment, aucune instance dirigeante.

Le premier Grand et Royal Chapitre de l'Arche Royale de Jérusalem («Modernes») fut constitué en juillet 1767. Les «Anciens», qui avaient toujours considéré la cérémonie comme «le fondement, le cœur et la moëlle de la Maçonnerie», n'avaient pas réalisé le besoin d'un organisme dirigeant distinct, et les minutes de leur premier Grand Chapitre débutent en 1782, après une série de résolutions adoptées dans leur Grande Loge en décembre 1771.
En ce qui concerne le développement de la cérémonie de l'Arche Royale, il y a tout lieu de croire que celle-ci fut conçue initialement pour les Maîtres de Loge ou pour les hommes ayant déjà été Vénérables d'une Loge, et quoique les opinions sur ce point divergent quelque peu, il existe une pléthore de preuves pour supporter cette affirmation. En 1744, le Dr Fifield Dassigny publia un livre doté d'un titre interminable, A serious and impartial enquiry to the cause of the present decay of Freemasonry in the kingdom of Ireland (Une enquête sérieuse et impartiale sur les causes du déclin actuel de la Franc-Maçonnerie au royaume d'Irlande), dans lequel, évoquant l'Arche Royale, il la décrit comme «une organisation d'hommes ayant déjà été Vénérables d'une Loge».

Douze ans plus tard, Laurence Dermott, Grand Secrétaire de la Grande Loge des Anciens, mentionnait avec dédain ceux qui «se pensaient Maçons de l'Arche Royale sans avoir été Vénérables d'une Loge dans la forme régulière» (Ahiman Rezon, 1756, p. 48). Toutefois, à cette époque, la Franc-Maçonnerie n'étant pas aussi répandue qu'elle l'est aujourd'hui, une telle restriction — si elle avait vraiment été appliquée — aurait rendu la nouvelle cérémonie quasi impossible, puisqu'il n'y aurait jamais eu suffisamment de candidats pour la maintenir vivante. Ainsi, nous découvrons très tôt les preuves de l'apparition d'une sorte de «degré de Vénérable», artificiel, auquel les membres postulant l'Arche Royale recevaient un semblant d'Installation dans le but de se qualifier pour le degré de l'Arche Royale.
Les minutes de la première époque de l'Arche Royale (de 1740 à 1760 environ) sont rarissimes et peu informatives, mais il existe des registres d'une réunion d'urgence tenue à Bolton en 1769, durant laquelle trois hommes furent successivement installés comme Vénérables, après quoi le Maître effectif de la Loge fut réinstallé. À la Loge Mount Moriah de Londres, il fut résolu, en juin 1785, que «… le Frère Phillips passera Vénérable le jour de la St Jean pour obtenir le Suprême Degré de l'Arche Royale …». À la Philanthropic Lodge de Leeds, les minutes de mai 1795 rapportent que «le Frère Durrans passa Vénérable pour recevoir l'Arche Royale». Plusieurs rapports de nature similaire rendent évidente l'existence d'une cérémonie fictive de «passage du Vénérable», qui fut largement pratiquée durant la deuxième moitié du XVIIIe siècle.
Quand les Grands Chapitres rivaux furent unis en 1817, le «degré de Vénérable» fut officiellement aboli, mais son existence se perpétua à divers endroits jusqu'aux années 1850.
Jusqu'à aujourd'hui, dans plusieurs juridictions américaines, les préliminaires à l'Arche Royale forment une cérémonie brève qui contient des éléments évidents du travail d'Installation.

Quant au rituel de l'Arche Royale, il est surprenant de constater que, hormis les inévitables enrichissements et les changements graduels de style et de présentation, les éléments essentiels demeurent, de nos jours, largement identiques à ce qu'ils étaient durant les années 1760. Les plus anciennes références de cette période indiquent que le candidat découvre un parchemin qui contient les premiers mots de l'Évangile de St Jean : «Au commencement était le Verbe …». Les Séjournants interprétaient l'histoire de la «découverte», et le restant de la cérémonie, comme les degrés symboliques de nos jours, consistait en un catéchisme de quelques 18 à 20 questions et réponses. Ceci peut être considéré comme le rituel de l'Arche Royale de la première période.
La deuxième période couvre approximativement les années 1780 à 1835. Dans les degrés symboliques, cette période a apporté les plus grandes évolutions stylistiques dans la présentation des éléments symboliques et illustratifs du rituel. Quant à l'Arche Royale, l'essence de sa cérémonie demeura essentiellement inchangée mais, au lieu de 18 à 20 questions dans le catéchisme, il y en avait alors 80 à 100, exigeant de longues réponses couvrant la majeure partie de ce qui constitue, de nos jours, les conférences traditionnelles, symboliques et mystiques. La quasi totalité des éléments actuels des conférences se retrouvait, non sous forme de dissertations, mais de questions-réponses.
Le Nom Ineffable n'était pas «partagé»; le «mot composé des quatre langues» l'était. Il n'y avait encore aucune lettre aux angles du T∴, et le Triple T n'apparut que vers 1820. La cérémonie de l'Arche Royale connut alors de multiples avatars, sujette aux variations locales et aux capacités et limitations de ses interprètes. Apparemment, les deux Grands Chapitres ne firent aucune effort pour diffuser un rituel standardisé, et ce n'est qu'en 1817, avec l'union des deux rivaux, que les circonstances devinrent favorables à l'uniformisation du rituel.
Le premier pas vers ce but s'effectua au début des années 1830, quand un comité fut nommé par le Grand Chapitre Suprême. Le travail semble avoir été dominé par le Rev. G. A. Browne, à un certain moment Grand Chapelain de la Grande Loge Unie, qui fut nommé spécifiquement lors d'une réunion, avec remerciements spéciaux pour ses services. En novembre 1834, les cérémonies furent répétées et approuvées par le Grand Chapitre Suprême, et un Chapitre de Promulgation fut constitué en 1835, pour une durée de six mois, avec le mandat d'agir comme Chapitre d'Instruction et, plus spécifiquement, d'assurer l'uniformité du rituel à travers l'Ordre. Il effectua des démonstrations des formes nouvellement approuvées des cérémonies d'Installation et d'Exaltation durant une série de réunions tenues de mai à août 1835. En novembre 1835, pour éviter toute méprise, le Grand Chapitre «résolut et déclara que les cérémonies adoptées et promulguées par le Grand Chapitre spécial les 21 et 25 novembre 1834, constituent les cérémonies de notre Ordre et qu'il est du devoir de tout Chapitre de les adopter». Les différentes versions des rituels actuels, dont Domatic, Aldersgate et Standard, sont toutes issues du rituel de l'Arche Royale de novembre 1834.

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Published by Thomas Dalet - dans Rites et rituels
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