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2 janvier 2013 3 02 /01 /janvier /2013 07:54

Le roi d'Angleterre Henri II a obtenu du pape, en 1155, la suzeraineté sur l' Irlande. Mais cette suzeraineté va longtemps demeurer plus ou moins formelle, l'Irlande conservant ses traditions, ses coutumes et sa langue (le gaélique).

Vitalité irlandaise

Jusqu'à la fin du Moyen Âge, les Anglais s'en tiennent à l'occupation de la région littorale, autour de Dublin, le Pale. Quelques barons en profitent pour s'approprier les meilleures terres mais eux-mêmes, pour la plupart, ne tardent pas à s'assimiler à leur conquête et à devenir plus irlandais que quiconque !

Cette tendance ne manque d'ailleurs pas d'inquiéter les rois d'Angleterre qui craignent que ne s'érode la fidélité de leurs vassaux. Par les «statuts de Kilkenny», en 1366, le roi Édouard III tente d'interdire aux Anglais de l'île d'épouser des Irlandaises, de parler le gaélique, d'entretenir des bardes ou des musiciens irlandais etc.

C'est un apartheid avant l'heure qui montre combien fut précoce l'hostilité des Anglais à l'égard des Irlandais et intense leur crainte d'être subvertis par la culture indigène. Soulignons que la question religieuse n'y a aucune part puisqu'au Moyen Âge, les uns et les autres sont de fervents catholiques.

Colonisation et spoliations

Tout bascule sous la dynastie des Tudors, au pouvoir à partir de 1485... C'est qu'à partir de ce moment-là, l'Angleterre est en rivalité quasi-permanente avec la France et d'autres puissances du Continent. Elle désire assurer ses arrières et prévenir tout risque d'invasion par l'Irlande. Cette préoccupation va devenir, jusqu'à la Première Guerre mondiale, le fondement de sa politique vis à vis de l'Irlande.

En 1494, sous le règne d'Henri VII, Poynings, vice-roi d'Irlande, aligne la législation irlandaise sur celle de Londres : toute loi votée par le Parlement de Dublin devra désormais être ratifiée par celui de Westminster et porter le sceau du roi d'Angleterre. C'est, de fait, la fin de l'autonomie irlandaise. En 1541, le roi Henri VIII substitue à son titre modeste de seigneur d'Irlande («dominus Hiberniae») celui de roi d'Irlande.

Sous le règne de Marie Tudor, fille d'Henri VIII, se met en place la «politique des Plantations». Il s'agit de confisquer les terres des Irlandais et de les remettre à des colons venus de Grande-Bretagne.

Poursuivie et intensifiée au siècle suivant, cette politique dépossède les Irlandais de la quasi-totalité de leurs terres et les transforme en tenanciers, autrement dit en fermiers révocables à merci, au service de grands propriétaires absentéistes, le plus souvent établis en Angleterre !

Elle conduit aussi à l'installation de fortes minorités de colons en provenance d'Angleterre et d'Écosse. C'est le début de tensions encore brûlantes dans le nord de l'Ulster.

Soulignons encore que la religion n'a rien à voir avec cette politique, laquelle est inaugurée par une reine catholique, prompte, en Angleterre, à persécuter les protestants... Mais il va sans dire que les Irlandais, humiliés au plus profond d'eux-mêmes, vont être moins que jamais disposés à suivre les souverains d'Angleterre dans leur rupture avec Rome.

Ils vont dès lors puiser dans l'attachement à l'Église catholique et à la papauté la force spirituelle qui leur permettra de résister pendant quatre siècles à la colonisation et aux mauvais traitements.

Révoltes et défaites

Les Irlandais et les nobles anglo-irlandais en partie celtisés ne restent pas sans réagir. Ils se soulèvent à partir de 1559, sous le règne d'Elizabeth 1ère, pour la «défense de l'Irlande et de la Foi».

La reine, en butte à la menace espagnole, craint que l'Irlande catholique ne serve de tête de pont aux armées du roi Philippe II d'Espagne. Après avoir défait en 1588 l'Invincible Armada, elle décide d'en finir avec les rebelles irlandais, notamment les comtes Hugh O'Donnel et Hugh O'Neil qui, en Ulster, ont levé l'étendard de la révolte.

Le comte d'Essex, jeune favori de la reine, préfère négocier plutôt que combattre. Cela lui vaut l'échafaud. Là-dessus, les forces royales sont prises en main par un soldat énergique, Mountjoy, qui ravage avec méthode le pays et organise la famine. Les insurgés doivent déposer les armes. La répression aboutit en 1607 à la «Fuite des Comtes», autrement dit à l'exil des chefs nobles les plus capables de combattre l'occupant.

Dès lors, la «politique des Plantations» s'intensifie avec l'arrivée au nord de l'île, en Ulster, de petits paysans écossais de confession presbytérienne (une confession proche du calvinisme). Ces paysans animés par une foi fervente vont en remontrer à leurs voisins et rivaux catholiques.

La colonisation est financée pour partie par des guildes de Londres. L'une de ces associations de marchands, ayant investi à Derry, a le culot de rebaptiser la ville Londonderry, appellation que rejettent aujourd'hui les Irlandais.

Livré à lui-même, le peuple irlandais se révolte en 1641. Plus de 10.000 colons écossais ou anglais sont massacrés. Pendant ce temps, l'Angleterre, au terme d'une dramatique guerre civile, tombe sous la dictature républicaine d'Oliver Cromwell.

Celui-ci prend la tête d'un corps expéditionnaire, débarque en Irlande et réprime sans état d'âme la jacquerie. Le point d'orgue est le massacre de la garnison de Drogheda, au nord de Dublin, le 10 septembre 1649. Le pieux Cromwell se justifie en y voyant le jugement de Dieu et en ajoutant que «cette amertume épargnera d'autres effusions de sang».

Le dictateur publie un nouveau règlement territorial qui octroie les bonnes terres aux Anglais et confine les anciens propriétaires dans les landes du Connaught. On leur offre le choix. C'est : «En enfer ou en Connaught !»

La dernière rébellion armée survient à la chute de Jacques II Stuart, dernier roi catholique d'Angleterre. Réfugié en France auprès du roi Louis XIV, le roi déchu convainc ce dernier de l'aider à reprendre son trône.

Comme Jacques Stuart est assuré de la fidélité du vice-roi d'Irlande, le comte de Tyrconnell (un Anglais catholique), c'est par là qu'il décide d'entamer la reconquête de son trône. Il réoccupe presque toute l'île mais se heurte à la résistance énergique des protestants de l'Ulster et notamment de Londonderry.

Finalement, l'armée des Irlandais et des «Jacobites» est écrasée sur les rives de La Boyne, non loin de Drogheda, le 12 juillet 1690. Tandis que le prétendant Stuart s'en retourne finir ses jours en France, le reste de l'armée irlandaise est battue à Aughrim en juillet 1691. La dernière résistance militaire des Irlandais prend fin avec la reddition de Limerick et le traité signé le 3 octobre 1691 dans la même ville, qui promet la liberté religieuse aux Irlandais et des garanties concernant leurs terres...

L'entrée dans les ténèbres

Las, le roi Guillaume III et la reine Anne qui lui succède en 1702 bafouent sans attendre le traité de Limerick, preuve s'il en est du mépris quasiment «raciste» dans lequel les Anglais et eux-mêmes tiennent les Irlandais catholiques. Tout simplement, le gouvernement anglais prend le parti d'ignorer les Irlandais catholiques (80% de la population de l'île), n'acceptant d'autre interlocuteur que les protestants de souche britannique.

Deux mois après le traité de Limerick, celui-ci est une première fois violé par une loi qui ne permet l'accès au Parlement de Dublin qu'aux seuls protestants.

Ensuite viennent les «lois pénales» qui parachèvent la mise au ban des catholiques : interdiction de porter l'épée ou d'avoir un cheval, d'envoyer les enfants s'instruire à l'étranger, d'entrer dans l'armée ou la marine etc. Les prêtres qui refusent de jurer fidélité au roi protestant sont bannis ou pendus. Qui plus est, les exportations vers l'Angleterre sont soumises à des taxes exorbitantes...

Écrasés et réduits à la misère, les catholiques sont hors d'état de se révolter... Et c'est des protestants que montent, dans un premier temps, les revendications politiques car ils sont eux-mêmes affectés par le mauvais sort qui est fait à leur île (freins au développement...). C'est une situation que l'on retrouvera en Amérique où les colons se soulèveront contre la métropole cependant que les indigènes (Indiens) et les esclaves noirs s'en tiendront à la résignation.

Parmi ces révoltés inattendus figure l'écrivain Jonathan Swift, auteur célébrissime des Voyages de Gulliver.

En 1720, dans un Appel pour la consommation exclusive de produits irlandais, cet anglican de Dublin lance la formule : «Brûlez tout ce qui vient d'Angleterre, hors le charbon» (c'est déjà une forme de boycott... mais on en reparlera).

En 1775, un jeune élu au Parlement de Dublin, Henry Grattan, demande l'abrogation des «lois pénales» et même de la loi Poynings de 1494. Il va être favorisé par le soulèvement au même moment des colons des Treize Coloniesd'Amérique du Nord et l'entrée en guerre de la France, l'ennemie héréditaire, à leurs côtés.

Londres, qui manque de troupes, accepte la formation d'une armée irlandaise de 80.000 hommes, les «Irish Volunteers» (en grande majorité protestants) et Henry Grattan se prévaudra de la loyauté de ces troupes pour faire enfin abroger la loi Poynings en 1782 et accorder l'autonomie législative à l'Irlande l'annéesuivante.

Arrive la Révolution française. Les libéraux irlandais, sensibles à ses idéaux d'égalité, se font les champions de l'égalité des droits entre catholiques et protestants.

Le jeune avocat Theobald Wolfe Tone, fils d'un protestant et d'une catholique, fonde à Belfast en octobre 1791 la société des «Irlandais Unis», révolutionnaire et pluriconfessionnelle.

Il obtient des améliorations juridiques pour les catholiques. Ainsi, en 1793, le Premier ministre William Pittaccorde aux catholiques le droit de vote... Mais dès 1794, les dérapages de la Révolution française (Terreur, guerres) entraînent en Irlande la défaveur des libéraux et un raidissement des extrémistes protestants.

Les «pogroms» contre les catholiques se multiplient. Une rixe meurtrière en Ulster débouche en 1795 sur la fondation de l'Ordre d'Orange, une franc-maçonnerie protestante ainsi nommée en souvenir de Guillaume III, le vainqueur de La Boyne.

La «Grande Rébellion»

Wolfe Tone, exilé en France, pousse le Directoire à intervenir. Le général Hoche tente un débarquement le 23 décembre 1796 avec 15.000 hommes et 42 vaisseaux. Mais il échoue, victime de la tempête... et de la mauvaise volonté des officiers de marine.

Là-dessus, le 23 mai 1798, les «Irlandais Unis» déclenchent une insurrection générale. Ils s'emparent quelques jours plus tard de Wexford. L'île s'embrase. Au sens propre. On ne compte pas les incendies et les massacres des deux côtés. Mais dès le 21 juin 1798, les Anglais reprennent le dessus et contraignent à la reddition les rebelles, pour la plupart de misérables paysans sans armes ni discipline. La répression par l'Ordre d'Orange sera impitoyable, terrible.

Le Directoire croit bon d'en profiter pour tenter un deuxième débarquement le 22 août 1798. Mais, sur place, il n'y a plus guère de rebelles pour soutenir le contingent français et celui-ci doit se rendre aux Anglais. Wolfe Tone, qui avait aussi tenté de débarquer, est capturé et condamné à la pendaison comme un vulgaire criminel. Il se tranche la gorge en prison.

Pour le Premier ministre anglais, William Pitt le Jeune, il est temps d'en finir avec le statut d'autonomie de l'île qui menace la sécurité du royaume. Il surmonte l'opposition de l'élite protestante irlandaise (l'Ascendancy), notamment d'Henry Grattan, et, à coup de pots-de-vin, convainc le Parlement de Dublin de s'autodissoudre le 7 juin 1800.

L'Acte d'Union proclame l'avènement à compter du 1er janvier 1801 du «Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande», qui est encore aujourd'hui l'appellation officielle du pays. Désormais, le gouvernement de Londres va devoir gérer en direct sa colonie, avec ses contradictions et son lot de menaces.

1801 à 1916

La Question d'Irlande

En guerre contre la France pendant la Révolution, le gouvernement anglais mesure le danger que représente l'Irlande, sa plus ancienne colonie, avec ses 4 millions d'habitants, dont 3 millions d'indigènes catholiques et 1 million de colons protestants.

Humiliée, opprimée depuis plusieurs siècles, la majorité catholique et celte de l'île est prête à se rebeller et soutenir un éventuel envahisseur en vertu de l'adage : «England's difficulty is Ireland's opportunity» (Les difficultés de l'Angleterre sont des occasions à saisir pour l'Irlande).

Mais les protestants qui possèdent 90% des terres et défendent avec âpreté leurs privilèges vont contrarier toutes les tentatives de réforme.

L'Acte d'Union

Le Premier ministre William Pitt Le Jeunevoit avec raison dans le Parlement corrompu de Dublin et l'autonomie législative de l'île des outils au service de l'oligarchie des colons protestants (l'Ascendancy).

Il obtient l'autodissolution du Parlement puis, le 1er janvier 1801, par l'Acte d'Union, l'union de l'Irlande à la Grande-Bretagne au sein du «Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande». Les affaires de l'île seront désormais examinées par le Parlement de Westminster.

Pitt ne veut pas en rester là. Il souhaite en finir avec les discriminations de tous ordres qui frappent les catholiques irlandais et leur ouvrir les portes du Parlement. Mais il se heurte à l'opposition irréductible du roi George III et des colons protestants et doit en conséquence démissionner dès mars 1801 (ce qui fera l'affaire d'un certain Napoléon Bonaparte, Premier Consul de son état !).

En définitive, contrairement aux attentes de Pitt, l'Acte d'Union va aggraver la situation des Irlandais. Au Parlement de Westminster, les députés irlandais seront impuissants à se faire entendre et leurs homologues britanniques utiliseront tous les artifices possibles pour limiter les libertés publiques en Irlande même. Par ailleurs, l'union douanière va tuer dans l'oeuf l'industrie irlandaise, incapable de rivaliser avec l'industrie britannique.

Quant aux héritiers des «Irlandais Unis» et de Wolfe Tone, ils ressentent avec amertume la disparition du Parlement de Dublin (le Dail en gaélique), ultime symbole de l'antique indépendance de l'île !

La question religieuse

Depuis la rupture avec Rome, il n'y a plus dans le royaume qu'une Église «établie» (officielle). C'est l'Église anglicane. Aussi les catholiques irlandais sont-ils tenus de payer la dîme, autrement dit l'impôt religieux, à une Église qui leur est hostile.

Le gouvernement tente, à défaut d'autre chose, de régler cette question religieuse et propose au clergé catholique de bénéficier lui aussi du statut d'Église établie... mais à la condition que le roi ait un droit de regard sur la nomination des évêques.

Un jeune avocat fortuné, Daniel O'Connell, s'élève aussitôt contre ce marché de dupes et convainc les évêques de ne pas se vendre au gouvernement. Fort de ce premier succès, il fonde une Association catholique et réussit pour la première fois à enrôler le clergé sous la bannière patriotique.

Orateur charismatique et agitateur-né, O'Connell réunit des foules considérables et parvient à faire élire au Parlement de Westminster des protestants favorables à l'émancipation politique des catholiques. C'est ainsi que, le 13 avril 1829, ceux-ci obtiennent enfin le droit d'être élus députés....

Là-dessus, O'Connell lance une offensive contre la dîme payée à l'Église anglicane et aboutit en 1838 à un compromis acceptable. Roi non couronné d'Irlande, il s'engage dès lors dans la lutte pour le rappel de l'Union, autrement dit l'autonomie de l'Irlande.

Il annonce à cette fin un meeting géant sur le site de Clontarf, près de Dublin, le 8 octobre 1843. Un million de personnes sont attendues. Mais le gouvernement, inquiet, fait interdire la manifestation et O'Connell, par crainte des dérapages, se résout à l'annuler. Lui-même est arrêté mais, faute de charge crédible, libéré peu après. Abandonné par une bonne partie de ses troupes, il quitte la scène politique et meurt le 15 mai 1847, à 72 ans, lors d'un pèlerinage à Rome.

La Jeune Irlande se donne un drapeau

Quelques Irlandais romantiques de différentes religions s'unissent en 1842 en vue d'une émancipation de leur île, au besoin par la violence. Ils revivifient et exaltent la culture gaélique et le souvenir des Saints et des Héros.

Le 15 avril de la même année, ces «Jeunes Irlandais» se donnent un drapeau tricolore : vert pour représenter les catholiques, orange pour représenter les protestants et blanc pour signifier l'espoir d'une trêve permanente entre les deux communautés ! Ce sera le drapeau de l'Irlande républicaine.

La Grande Famine

Une catastrophe fait taire pour un temps les revendications politiques : la Grande Famine. L'île était devenue l'un des pays les plus densément peuplés d'Europe avec près de 9 millions d'habitants. La majorité paysanne se nourrissait presque exclusivement de pommes de terre, réservant les céréales et la viande à l'exportation. Or voilà qu'une maladie mystérieuse frappe le tubercule plusieurs années de suite, de 1845 à 1849. C'est le mildiou, dû à un champignon minuscule.

Le gouvernement anglais de Robert Peel importe du maïs américain pour nourrir les Irlandais et fait voter l'abolition des droits sur le blé pour en diminuer le prix. Les organisations caritatives se mobilisent également. Mais ces mesures se révèlent insuffisantes et sont en partie annihilées par la mauvaise volonté des propriétaires (les landlords) et de leurs régisseurs. Beaucoup n'ont pas de scrupules à expulser les tenanciers incapables de payer leurs fermages... et ceux qui font preuve de mansuétude ne tardent pas à se ruiner eux-mêmes et à devoir vendre à des spéculateurs encore plus féroces !

Au final, un million et demi de pauvres gens meurent de faim ou de maladie (choléra, dysenterie, typhoïde). Près d'un million d'autres émigrent aux États-Unis ou... en Angleterre dans des «bateaux cercueils», dans des conditions aussi épouvantables que les émigrés qui fuient aujourd'hui l'Afrique noire.

C'est le début d'un impressionnant courant d'émigration qui ne va plus cesser jusqu'au milieu du XXe siècle et va faire de Boston (Massachusetts) la principale ville irlandaise du monde (les émigrants s'arrêtaient là faute d'argent plutôt que de poursuivre leur voyage jusqu'à New York, traditionnelle porte d'entrée des États-Unis).

La Grande Famine a pour effet collatéral d'abaisser de deux ou trois millions à seulement 600.000 le nombre de locuteurs du gaélique. L'anglais devient la langue dominante de l'île.

La question agraire

Sans surprise, c'est aux États-Unis, chez les émigrés, que resurgissent les revendications irlandaises et, cette fois, il ne s'agit plus de gagner l'autonomie par la voie parlementaire mais d'obtenir une république indépendante par l'insurrection armée. En 1858 est ainsi fondée la Fraternité Républicaine Irlandaise (Irish Republican Brotherhood, IRB), plus connue sous le nom gaélique de mouvement «Fenian» (les Fianna sont des guerriers celtes mythiques).

Les Fenians multiplient les attentats meurtriers dans les grandes villes anglaises et même au Canada mais la répression a vite raison de leur mouvement.

En décembre 1868, William Gladstone, le chef du parti libéral (whig), entre au 10, Downing Street. Le nouveau Premier ministre, animé par de très fortes convictions religieuses, déclare d'emblée : «Ma mission est de pacifier l'Irlande».

Il commence par clore la question religieuse en dispensant complètement les catholiques du paiement de la dîme à l'Église établie.

Par ailleurs, Gladstone comprend que l'autonomie (le «Home Rule») ne peut être octroyée à l'île sans qu'ait été réglée au préalable la question sociale, à défaut de quoi le pouvoir retomberait aux mains de l'oligarchie protestante. Le 15 février 1870, il fait voter une première loi agraire qui améliore quelque peu la situation des tenanciers...

En 1872, le Ballot Act impose le secret du vote aux élections. Dès lors, comme les paysans ne votent plus sous la menace de leur propriétaire, il s'ensuit aux élections législatives de 1874 une percée des députés favorables à l'autonomie de l'Irlande (le «Home Rule») ! Ceux-ci exploitent une faille du règlement parlementaire (l'interdiction d'interrompre un orateur) et paralysent le travail parlementaire en discourant sans fin sur tous les sujets, avec au besoin de longues citations de la Bible ! Mais l'on finit par modifier le règlement et limiter le temps de parole des orateurs...

En 1879, indigné par les abus persistants des landlords, un ancien Fenian, Michaël Davitt, fonde la Ligue agraire (Land League) avec le soutien du clergé.

Il en confie la présidence à un député plein de talent, Charles Stewart Parnell, issu d'une famille de landlords protestants (!). La Ligue se porte au secours des tenanciers et plaide pour la réforme agraire.

Dès lors va s'amorcer un partage des tâches entre Parnell et le Premier ministre Gladstone. Le premier lance des revendications et menace ; le second supplie les représentants des propriétaires de bien vouloir accepter des concessions pour éviter le pire.

Pauvre M. Boycott !...

Le 17 septembre 1879, Charles Parnell, président de la Ligue agraire, inaugure une tactique nouvelle pour faire plier les propriétaires et les régisseurs qui maltraitent ou dépouillent leurs tenanciers : la mise en quarantaine.

La première «victime» est un certain capitaine Charles Boycott, régisseur d'un grand propriétaire. Du jour au lendemain, il ne trouve plus aucun employé ni commerçant qui accepte de traiter avec lui ou seulement de lui parler. Pour éviter que ses récoltes ne pourrissent sur pied, il fait venir des paysans protestants de l'Ulster sous la protection de l'armée. Finalement, il jettera l'éponge et quittera l'Irlande, laissant son nom à la postérité ;-)

Gladstone reprend les revendications de la Ligue dans une deuxième loi agraire déposée le 22 août 1881, qui, cette fois, accorde de sérieuses protections juridiques aux tenanciers.

En faisant alliance tantôt avec les conservateurs (tories), tantôt avec les libéraux (whigs), Parnell obtient de nouvelles améliorations de la loi agraire. Cela ne va pas sans de sérieux troubles dans le pays. Pour finir, aux élections de 1885, il impose à ses alliés libéraux de s'engager en faveur du «Home Rule». Cela réveille les haines en Irlande. L'Ordre d'Orange refait surface, prend la tête des unionistes (partisans de l'Union) et s'oppose aux home rulers (partisans de l'autonomie). Son slogan favori : «Home rule is Rome rule !» (l'autonomie, c'est le gouvernement par Rome).

Un premier compromis déposé par Gladstone est rejeté deux fois de suite en 1886 du fait de la défection d'une partie des libéraux, les «libéraux-unionistes». L'opinion anglaise se déchaîne contre Parnell et celui-ci est accusé par le Times de complicité dans un double assassinat terroriste à Dublin, en 1882. Le procès révèle que l'accusation est le fait d'un faussaire et Parnell est disculpé en 1890 avec les honneurs.

De façon inattendue (peut-être un coup monté ?), il va être rattrappé par une affaire d'ordre privé : la révélation d'une relation adultère avec la femme de l'un de ses lieutenants ! Discrédité cette fois pour de bon, il doit se retirer et, découragé, meurt le 6 octobre 1891 à seulement 45 ans.

Deux ans plus tard, le 1er septembre 1893, Gladstone réussit à faire voter le «Home Rule» par les Communes mais le texte est bloqué par la Chambre des Lords. Ce nouvel échec ravive les troubles en Irlande.

En 1903 enfin, le secrétaire d'État pour l'Irlande George Wyndham rétablit le calme par une ultime loi agraire qui permet aux tenanciers d'acheter leurs terres à de bonnes conditions. Grâce à quoi les Irlandais qui ne possédaient plus que 5% des terres en 1878 en possèderont de la sorte 67% en 1914.

En résolvant la question agraire, les conservateurs britanniques espéraient étouffer les revendications autonomistes. Mais il est trop tard. Les Irlandais catholiques, toutes classes confondues, ne sont plus disposés à y renoncer -

Source : http://www.herodote.net/1801_a_1916-synthese-37.php

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Published by André Larané - dans Irlande
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