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Loge de Recherche Laurence Dermott

Rechercher dans la Fraternité et la Tolérance.

29ème degré REAA : Mort, Régénération et Sagesse par la Croix de Saint-André

Publié le 23 Février 2018 in Rites et rituels

La croix de Saint-André, qui a la forme de la lettre grecque X (khi), est l’hiéroglyphe du scintillement des étoiles, de la dispersion rayonnante de tout ce qui brille, éclaire, irradie. Aussi en a-t-on fait le sceau, la marque de l’illumination et, par extension, de la révélation spirituelle. Elle apparaît à l’avant-dernier des degrés d’Aréopage, où culminent les idées fondatrices du REAA et la traduction de l’Œuvre spirituelle des Maçons à travers l’ésotérisme chrétien, la philosophie grecque, et la symbolique alchimique. La croix synthétise la Tradition chevaleresque, « issue elle-même de la sublimation de la Tradition salomonienne » (Manuel d’instruction 30ème degré REAA). Si pour les Chrétiens la croix est au premier abord le symbole de la mort et de la résurrection du Christ, elle rayonne en Sagesse dans le cœur des Adeptes qui s’appuient sur elle comme sur la Pierre de l’opus alchimique pour accomplir leur régénération.
Mais cette Œuvre nécessite d’abord un état d’esprit, un élan intérieur vers une totalité dépassant les limites de la conscience, un embrasement par lequel les Grands Ecossais de Saint-André vivent « en communauté » leur communion au sein d’une autre dimension spirituelle. Ils sont surtout en état de recevoir ce que « Dieu sème dans le « noûs » humain, la vertu, la raison et la gnose. La régénération intérieure de l’homme procède de la sagesse intelligible et de la semence du bien qui vient de Dieu. » ( Scott, Hermetica) Celle des Grands Ecossais de Saint-André se traduit ainsi par la re-connaissance de leurs devoirs : Respecter la Raison, Servir la Vérité, Défendre la Vertu, Combattre pour le Droit.
Cette régénération « en » Esprit est illustrée par le diptyque mort-renaissance et représentée notamment dans la mythologie égyptienne par le dieu Aker, un lion à double tête, qui jouait un rôle important dans le culte des morts. Lors des cérémonies d’embaumement, dans ses bras se renouvelait le dieu du soleil, et avec lui le mort. Ce couple soleil et mort se retrouve au 29ème degré sur les décors du Frère Expert qui porte un triple triangle avec en son centre un soleil radieux au-dessus duquel se trouve une tête de mort. De même un tombeau avec à sa tête un soleil, et entre les deux un compas, figurent sur la Chambre du Milieu du Tableau de Loge. Sans doute le compas est-il ouvert à angle droit, car pour faire le « signe du Soleil » le Grand Ecossais de Saint-André forme avec sa main un compas ouvert à l’équerre tout en disant « Je compasse jusqu’au Soleil », le pouce de la main droite sur l’œil droit.
L’ensemencement, celui du blé en particulier, est un thème qui renvoie aux mystères égyptiens d’Orisis et traduit un processus de résurrection ou de régénération « post mortem » dans lequel l’un donne naissance au multiple et qui exprime l’identité secrète des « semblables ». Ces grains sont semés en Franc-Maçonnerie dès le degré de Compagnon dont le mot de passe est représenté par un épi de blé. Dans le langage des Pères de l’Eglise, qui a conservé ces images dans leur interprétation antique, on retrouve le blé, symbole du Fils de Dieu, c’est-à-dire du Christ, et spécialement le « grain de blé » qui, en mourant porte beaucoup de fruits (Jean, 12, 24). Ephrem le Syrien appelle le Christ un agriculteur spirituel qui « confia, tel un grain de blé, son propre corps au champ stérile. De même que le grain de blé tombe en terre, le Christ est tombé dans le monde inférieur et s’est élevé comme une gerbe de blé et comme le pain nouveau. Béni son sacrifice ! Il fut enfoui dans les profondeurs par ses meurtriers, comme le grain de blé par le paysan, pour y ressusciter et en éveiller beaucoup d’autres avec lui ».
Ainsi, dit Honoré d’Autun, « De même que le pain est fait de nombreuses graines, de même que le corps du Christ est composé de nombreux élus, le vin est composé de nombreux grains de raisin et il est foulé dans le pressoir. Le corps du Christ est formé d’un grand nombre de justes et il est supplicié sur l’échafaud de la croix. » Et dans la résurrection, dit Petrus Bonus, « le corps devient totalement spirituel, comme l’âme elle-même, et ils deviennent un comme l’eau mêlée à l’eau et ils ne sont plus jamais séparés, car en eux il n’est aucune diversité, mais plutôt unité et identité de nous trois, à savoir, de l’esprit, de l’âme et du corps, sans séparation dans l’éternité. Ainsi sont réellement manifestées l’identité et l’unité dans la Très Sainte Trinité de Dieu, à savoir du Père, du Fils et du Saint-Esprit, qui sont un et le même en Dieu lui-même, avec la distinction des personnes, mais sans diversité dans la substance. »
Pour marquer cette union de la multiplicité dans la substance au 29ème degré, sur le bijou porté par tous les Frères sont figurés au centre d’une croix de Saint-André une pomme de pin et une clé. De même le Président de la Loge, le Patriarche, « le premier parmi ses égaux », passe un anneau au doigt du Grand Ecossais de Saint André au terme de son initiation, et s’en passe un autre à l’annulaire. Ils s’inscrivent ainsi dans la communauté de tous ceux qui ont été illuminés par le Saint-Esprit, dont Dieu habite la « tente », le tabernacle. C’est pour garder et entourer ce trésor universel qu’ils sont « conduits » à « croiser » au cours de l’histoire d’autres Chevaliers chargés de construire ou rebâtir des édifices chrétiens. Dans l’ancien Rite de Perfection au 18ème siècle, le Tableau de Loge des « Chevaliers de Saint-André » est justement le « Camp du Rendez-vous », dont le centre est un triangle équilatéral et l’anneau périphérique une suite de neuf « tentes ».
La croix de Saint-André synthétise à trois niveaux à la fois les démultiplications dans l’union sacrée des Chevaliers, les sublimations alchimiques successives réalisées dans l’opus, et la résurrection du corps spirituel, soit l’Œuvre total de régénération. Cette démultiplication des « 3 en 1 » est symbolisée et s’opère par le signe de croix de la multiplication (X) et le nombre 3. Les nombres 3, 9, 27 et 81 (soit 3 « puissance » 1, 2, 3 et 4) constellent ainsi tous les degrés ou presque du REAA pour symboliser le temps de l’œuvre et son espace sacré. Ils se conjuguent aussi au 29ème degré avec le nombre 1000 (symbole de béatitude) pour traduire par le nombre 27000 l’esprit des 27000 « Croisés » chevauchant vers la Palestine sous la bannière de Saint Louis.
Le baron de Tschoudy, rédacteur présumé du premier rituel du 29ème degré, souligne dans l’« Etoile Flamboyante » sa place essentielle en Franc-Maçonnerie : « L’Art Royal strictement dit est renfermé dans les grades d’Apprenti, Compagnon, sanctifié dans celui de Rose-Croix, complété et développé dans le seul écossisme possible, celui de Saint-André d’Ecosse. » Mais cette Maçonnerie qui « n’est pas faite pour être aperçue », « dépend de la découverte de la circulation des trois principes chimiques, sel, soufre, mercure, formés eux-mêmes par des principes ou éléments principiés. Oserai-je ajouter que de leur action résulte le carré dans le triangle ? Le carré est le symbole des quatre éléments qui sont contenus dans le triangle des trois principes chimiques, ce qui réuni, forme l’unité absolue dans la matière première. » Si le 29ème degré est de Tradition solomonienne pour l’inscription de Salomon, « le roi le plus sage », dans la légende du grade, il l’est aussi pour la Sagesse de la Tradition alchimique, la « Sapientia Dei », la Pierre de l’opus, essentielle dans l’esprit du Grand Ecossais de Saint-André.
La Pierre symbolise sa structure intérieure et les trois pierres angulaires du Tableau de Loge du 29ème degré, nées de sa subdivision, symbolisent à la fois ses vertus et sa totalité, des aspects particuliers d’une seule et même chose. Dans son cheminement intérieur, le Grand Ecossais de Saint-André saisit à quel point la figure de la Sagesse de Dieu, de la Pierre, est « cruciale », car il découvre que ce qu’il cherchait depuis son initiation au premier degré du Rite n’est pas seulement une idée, mais une réalité qui manifeste son existence physique dans un sens beaucoup plus profond, qui peut lui tomber dessus comme la foudre. Sur le Tableau de Loge elle peut ainsi « fondre » du centre du cercle « sur » sa périphérie et atteindre en passant par trois petites colonnes les pierres cubiques dont la pointe repose sur chaque colonne, faisant rayonner la lettre G en leur « milieu ». Au 29ème degré la Pierre, la Sagesse de Dieu, n’est pas seulement un concept intellectuel, mais elle peut se révéler bouleversante, saisie de façon réelle, actuelle et tangible.
L’irruption de la Sagesse, qui confère ainsi à l’âme de l’alchimiste non seulement la connaissance, mais aussi une efficacité dans le domaine de la matière, est précédé d’un certain « amor » ou « appetitus naturalis » allant du sujet vers l’objet de la connaissance. « Selon Bernard de Claivaux, même notre amour de Dieu, et donc tout amour supérieur, commence d’abord par la « concupiscentia », l’instinct de tout être vers son accomplissement individuel. Selon Saint-Thomas également, l’instinct naturel de toute créature tend finalement vers sa perfection, et donc vers la ressemblance divine. Ce désir naît par la connaissance de ce qui est désiré, la contemplation du bon et du beau (et du triptyque Sagesse, Force, Beauté pour les Maçons dès le premier degré du REAA). Le mouvement de l’amour est donc circulaire et l’amour est la vertu unitive proprement dite. La Sagesse de Dieu illumine l’homme qui trouve la vérité dans la nature, dont l’essence la plus authentique est justement de nouveau la Sagesse. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
L’idée d’un processus de connaissance circulaire joue également un rôle central dans l’alchimie, où c’est la nature elle-même qui réalise l’œuvre avec l’aide de l’Artiste. Une telle connaissance « naturelle » est obtenue par une intense méditation sur la matière et elle parfait en retour la réalisation de la conscience chez l’alchimiste. Dans le langage alchimique, c’est l’ « extraction » de la « vérité » hors de la matière par l’intermédiaire de conceptions symboliques efficaces, de symboles, d’« aimants » justes. Cette Vérité à extraire est personnifiée par la Sagesse, « la nature très véritable qui ne s’induit pas en erreur ». Grâce au contact de la Sagesse de Dieu, la nature humaine « s’écoule » et commence à suivre son désir le plus naturel qui la porte vers son propre accomplissement et la connaissance de Dieu.
Elle s’accomplit dans l’espace-temps sacré où souffle « à midi » l’Esprit-Saint, l’Esprit de Vérité, l’ « auster », ce vent du sud chaud et sec « qui échauffe toutes choses par le feu de l’amour et provoque l’exaltation, qui lorsqu’il touche les esprits des élus les libère de toute tiédeur et les rend fervents (et semblables aux Grands Ecossais de Saint-André dont les qualités sont le zèle, la ferveur et la constance), afin qu’ils réalisent le bien qu’ils désirent, où sont les ordres cachés des anges (les anges des quatre éléments du 29ème degré), et les replis très secrets de la patrie céleste, que remplit la chaleur du Saint-Esprit. Là, tout le jour, comme à l’heure du midi (soit depuis « midi plein » jusqu’à « l’entrée de la nuit », heures d’ouverture et de fermeture des travaux du degré), le feu du soleil brûle intensément, car l’éclat du Créateur qu’obscurcissent pour l’instant les brumes de notre condition mortelle est vu dans une clarté plus grande et, tel un rayon de la sphère, s’élève vers les espaces supérieurs, car la « vérité » nous illumine de par en part. Là, la lumière de la contemplation intérieure est aperçue sans que s’interpose l’ombre de la mutabilité. » (Von Franz, Aurora Consurgens)
La Sagesse est dans l’Aurora Consurgens (d’origine attribuée à Saint-Thomas d’Aquin) non seulement une hypostase ou un attribut de Dieu, mais un être spirituel qui a une existence autonome auprès de Dieu. De même, dans le Corpus Hermeticum, la Sophia est citée comme Archê (principe originel incréé) indépendante auprès de Dieu. Le Patriarche, Président de la Loge au 29ème degré, est ainsi celui qui détient la mémoire et la marque originelle de sa lignée. Chez Philon d’Alexandrie aussi bien que dans la Sagesse de Salomon, la Sophia a la capacité spirituelle de pénétrer tel un souffle dans l’homme, et de le remplir de sagesse, de vénération, de vertu ou de passion. La Sophia devient donc clairement la Mère par laquelle le Tout fut réalisé. Elle est en même temps identique à l’esprit de Dieu qui planait sur les eaux, parce qu’elle représente le savoir de Dieu.
« Sache, mon fils, dit Alphidius, que cette Sagesse est en un lieu et que ce lieu est partout. Le lieu en est les quatre éléments, et ils sont quatre portes… Cette maison est une maison aux trésors dans laquelle sont amassées toutes les choses sublimes de la science ou de la sagesse, ou les choses glorieuses que l’on ne peut posséder. Elle est fermée de quatre portes, ces quatre portes ont quatre clés, chacune la sienne. Sache donc, mon fils, et note que celui qui ne connaît qu’une seule clé et ne connaît pas les trois autres et ouvre alors la maison avec son unique clé et ne voit pas ce qui est dans la maison, celui-là va à sa perte ; car la maison a une superficie qui tend à une contemplation infinie. Il faut donc ouvrir les quatre portes avec les quatre clés jusqu’à ce que la maison entière soit remplie de lumière, alors chacun peut y entrer et prendre le trésor. »
Les Grands Ecossais de Saint-André doivent ainsi saisir « ensemble », en les unifiant dans le même espace-temps de conscience, les symboles qui se présentent par quatre, ou « par le nombre » quatre, au 29ème degré : les éléments (Terre, Eau, Air, Feu), les croix de Saint-André aux quatre angles de la Loge, les attouchements, les anges et les mots de passe, l’âge (soit la puissance quatre du nombre trois), les coups de maillet du Patriarche sur le cou du candidat durant son initiation. Il peuvent alors goûter les fruits de l’Œuvre, et rejoindre le sens du grade qui constituait à l’origine « la fin de la vraie Maçonnerie et la récompense des travaux d’un vrai Maçon ».
Patrick Carré
mai 2012

Source : http://www.patrick-carre-poesie.net/